Colombie Partie 2: Salento

Le chauffeur fait jouer de la musique country pleine d’accordéon tout le long du trajet, mais sinon tout se passe assez normalement, pas bin différemment des nombreux autres voyages en autobus de nuit que j’ai faits en Amérique du Sud. L’autobus est moderne et propre et à l’heure et la gare est animée mais quand même bien organisée. On arrive à Armenia en matinée, et on prend un minibus pour Salento avec quelques gens du coin et d’autres blanchâtres en linge de hippie.

Salento semble en effet être un endroit populaire, j’avais jamais entendu parler de ce bled avant de planifier mon itinéraire colombien mais c’est de toute évidence un arrêt sur la Gringo Trail. Le village se marche d’un bord à l’autre en 10 minutes, et même à ça, la majeure partie est tranquille et endormie et l’action se concentre autour de la place principale et une rue qui est une succession de restos, magasins pour touristes et petits hôtels. Il est genre 8h30 quand on arrive, la chambre qu’on a réservée est encore occupée mais on dépose nos sacs et on va prendre une bonne marche qui nous emmène vite en campagne. C’est charmant et on-ne-peut-plus tranquille, comme on est en droit de s’imaginer. Après une demi-heure de marche on arrive à une plantation de café, mais le jeune bonhomme avec un chapeau de paille nous quote un prix de crosse franchement farfelu pour nous faire visiter. Il a pas l’air trop déçu quand je réponds avec un monosyllabique “Ha!” et tourne les talons, tsé c’est une question d’offre et de demande, j’imagine que chaque jour des agences y déversent des dizaines de touristes avec plus d’argent dans leurs poches que de common sense dans leur crâne.

On retourne en ville et on admire la vue déjà fantastique des montagnes qui surplombent la plaza. Demain ce sera encore plus malade, quand on ira dans la vallée. Puis on bouffe un dîner classique colombien remplissant mais avec peu de saveurs avant d’aller à l’auberge. On a eu une nuit pas super reposante dans le bus de nuit, donc on compte aller faire un petit somme dès qu’on peut prendre possession de la chambre.

Elle est vacante, avec la porte grande ouverte et les draps en boule sur le lit, la seule chambre privée sandwichée entre deux dortoirs. Le gars du comptoir nous dit de s’asseoir sur le couch et attendre jusqu’à 14h, plus de deux heures dans le futur. La fille qui change les draps s’affaire dans un des dortoirs même si on est là à attendre, visiblement crevés. “Bêêêêêh, c’est la rèèèèègle, ça dit là que le check-in est à 14h”, qu’on me répond quand je demande poliment si y aurait pas moyen de faire notre chambre en premier. Hell, au pire on va faire le lit nous-mêmes, que je propose. L’esti de cunt se contente de juste tapoter la feuille pinnée sur le mur, alors qu’il est assis à son ordinateur en train de rien calisser. Ça me met foutument en tabarnak et ça me rappelle que j’ai toujours pas écrit de review négative à leur sujet. Attendez, laissez-moi ouvrir HostelWorld…

Bon c’est fait. Est-ce que c’est moi qui est “entitled” et pense qu’un service extra lui est dû? Fuck cette façon de penser. Et fuck cette petite auberge de mes deux et leur cunt réceptioniste chauve. Quand on a finalement la chambre, je prends une douche et m’éffouaire dans le lit pour une sieste, mais le cunt fait jouer de la musique à son bureau juste en face de notre porte. Je lui demande de baisser ça, mais l’esti, je le jure, monte le son. Après quelques minutes à me retourner dans le lit, je sors, en beau calisse, et y est même pas là, alors je ferme son onglet de YouTube. J’ai quasiment le goût de vider un verre d’eau sur son clavier ou de fucker avec le logiciel de planification d’hôtel ouvert, mais je vais me coucher au lieu. Je m’attends à ce que le cunt revienne et reparte sa musique, mais je m’endors pour un bon deux heures et ça fait du bien.

On glande le reste de l’après-midi et on profite qu’on ait une cuisine pour faire un chaudron de pâtes, avant d’aller au bar de tejo. Le tejo est supposément leur sport national, c’est comme jouer aux poches mais avec des charges explosives qui pètent quand tu frappes la cible. Ma curiosité était bien piquée alors on se rend là et on paie les quelques piasses pour avoir notre allée. Le gars nous prépare ça, on reçoit des roches plates à lancer vers une tablette d’argile, et celui qui est le plus proche du milieu gagne un point. Il y a un anneau de métal encastré et des petits triangles de papier émettant une forte odeur de poudre à fusil, si on les frappe directement ça peut exploser et on gagne des points bonus.

En tout cas c’est ça qui arrive dans les autres allées, de temps à autre on entend un POW! et le monde qui rit et se fait des high-fives, mais de notre bord c’est une daube. Au début j’ai un peu peur d’aller chercher les poques de roche plantées dans l’argile molle de peur de toucher un des triangles de papier, mais après quelques hits directs qui résultent pas en explosion, j’essaie toutes sortes de configurations sans succès, jusqu’à en être rendu à garrocher les roches du plus fort que je peux comme un lanceur au baseball. Tejo moi l’sac.

On profite pas du sommeil le plus réparateur cette nuit-là. Non seulement l’auberge est administrée par un esti de cunt bête qui fait jouer sa musique fort et va te faire poireauter des heures pour son plaisir, mais elle est drette sur la rue principale qui est envahie de monde qui parle fort, de bars qui font jouer du gros beat de Latino, de crews de construction avec des marteaux-piqueurs et scies à métal, et de véhicules bruyants. Ah bin. Hakuna matata. On finit par s’endormir pareil.

Le lendemain on va à la place principale et on prend place dans un des Jeeps qui servent à emmener les touristes dans la Vallée de Cocora. On marche la loop au complet, et le tout est stupidement beau, avec des collines toutes en verdure surmontées des plus grands palmiers j’ai vu de ma vie.

À un des belvédères, j’observe le paysage et aussi les autres touristes, surtout des filles en pantalons de yoga qui se font prendre en photo par leurs amies avec la pose Instagram typique 3/4 de dos avec le cul sorti et la tête tournée vers la caméra. Ça faisait longtemps j’étais pas allé où les backpackers typiques congrèguent, et depuis on est arrivés à Salento je remarque que les femelles sont en bin plus grand nombre que les mâles: il y a des couples, des groupes de filles allant parfois jusqu’à cinq ou six, et quelques gars solitaires surtout du type hippie. Je me demande où les touristes mâles sont, probablement ils restent dans les grosses villes, se mettent des gilets tights et du gel dans les cheveux et vont dans les nightclubs espérer pas se faire empoisonner à la scopolamine.

Pour le chemin du retour, le Jeep est rempli à craquer alors je suis debout sur le bumper arrière, agripé à une échelle. Le vent dans la face et la légère sensation de danger font du bien, et j’ai une conversation intéressante avec l’Espagnol dans la même position que moi. De retour à Salento, on se douche, on se repose un peu puis on va manger de la truite dans un restaurant cute et abordable avec une terrasse qui donne sur la rue principale animée. Puis même si on a marché pas mal déjà, on grimpe les 200-quelques marches vers le parc qui surplombe cette petite bourgade charmante profiter de la vue et boire une petite cerveza de microbrasserie achetée au dépanneur.

On entend de la musique qui sort d’un bar voisin de l’auberge, ma douce va se coucher, épuisée, mais moi je vais y jeter un coup d’oeil. La pièce est nue, pas de bar, pas de tables, pas de décoration sur les murs, juste des chaises de patio et une scène avec six gars à chapeaux de cowboys qui jouent de la cumbia. J’avais jamais entendu parler de ce style de musique avant d’aller en Amérique du Sud, mais c’est absolument huge en Colombie, Pérou et Argentine, ou en tout cas ça l’était il y a 50 ans, à voir l’âge des couples en train de danser. De ce que j’ai compris c’est vu comme de la musique de p’tits vieux par la jeunesse colombienne bien plus intéressée au reggaeton, à la salsa et au crisse d’esti de rap mexicain down-tempo avec du autotune, mais moi j’ai pris goût à la cumbia. Les musiciens se présentent comme Orgulho Campesino (Fierté Paysanne) et entonnent toune par-dessus toune, reconnaissables à leur beat “tchik-tchik-a-tchick, tchik-a-tchick” de bâton qui frotte une boîte en métal avec des petites chaînes. Le gars qui joue de cet instrument bizarre a la job la plus facile au monde. Je suis très diverti par ce concert, et je vais déposer quelques billets dans leur case de guitare.

La partie 3 s’en vient sous peu!

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