Colombie Partie 3: Manizales

On marche dans la froideur matinale jusqu’à la petite station de bus. Vu que Salento est assez petit, il y a peu ou pas d’autobus directs, et donc on a transféré à Armenia à l’aller, et là il faut se rendre à Pereira. Au début quand je planifiais le voyage je pensais peut-être passer quelques heures dans ces deux moyennes villes tant qu’à être là mais j’ai laissé tombé, et là à les traverser en autobus on voit que j’ai bin fait finalement, et qu’elles semblent dénuées d’intérêt véritable et pas riches-riches.

Pas que Manizales, notre destination pour les deux prochains jours, soit riche comme Monaco non plus. On approche de la ville et on passe dans des bidonvilles abjects sur le bord de la route, genre des planches accotées sur des arbres, des chaudières pour chier et des piles de déchets, là où des réfugiés de l’est du pays (et j’imagine pas mal de Vénézuéliens, depuis un bout) se sont installés, dans des conditions à briser le coeur et font paraître le reste de la ville, pourtant 95% composée de cubes de béton asymétriques avec des toits de tôle rouillée, d’un meilleur oeil. Le bus nous débarque à la gare, dans le fond de la vallée, avec le centre-ville quelques centaines de mètres en haut d’une côte. Et c’est là qu’on comprend pourquoi Google Maps montrait le trajet en pointillés, à vol d’oiseau: il y a un téléphérique qui part d’où on est, une partie de leur réseau de transport en commun, comme à La Paz. Ma copine est toute excitée, et moi aussi je suis bien fébrile. C’est vrai que c’est vachement cool, et logique aussi, j’imagine que ça coûte moins cher à construire, opérer et réparer qu’un métro par exemple, et que c’est une bien meilleure façon de grimper une aussi grosse colline que avec des bus qui serpentent dans des rues en zig-zag, comme on voit de notre gros oeuf de plexiglas suspendu à un câble. La vue plongeante qu’on a sur ces quartiers est fascinante, et on a la face collée aux vitres.

On arrive à la grande plaza de la ville, bondée de monde, donnant sur une rue piétonnière commerciale où on va manger dans un “restaurant chinois” (hmmm j’ai pas vu de Chinois à part nous depuis notre arrivée), un genre de buffet de plein de sortes de riz frit. Puis on se rend à l’auberge, et après l’expérience un peu aigre-douce avec celle de Salento, cette fois on a la totale: un jeune réceptionniste poli nous fait visiter les lieux, avec salle de cinéma maison, PlayStation et Xbox, balcon sur le toit, et cuisine géante et salle à manger à notre disposition. La chambre elle-même est simple et en boiseries mais mauditement jolie et le tout est donc une belle aubaine. Il y a aussi une table de pool, mais une bizarre sans trous et avec juste trois balles, on essaie d’apprendre les règles mais ça demande beaucoup trop de skillz.

On a pas beaucoup de temps, parce qu’il faut qu’on se dirige vers le stade de soccer. La veille, je lisais distraitement des infos sur la ville de Manizales, ils disaient qu’ils ont une équipe, et par un bel adon il y a une game cet après-midi. J’avais essayé d’acheter des billets sur leur site en vain, vu qu’ils demandent un numéro de carte d’identité nationale, mais après un sacre ou deux j’ai juste demandé à une jolie demoiselle à l’air vaguement latina dans l’auberge si elle est colombienne et elle m’a gracieusement aidé en me laissant utiliser son numéro de “cedula nacional”, son adresse et numéro de téléphone. En espérant que ça fuck pas une fois rendu au stade, je me dis qu’ils devraient comprendre.

Ça nous prend environ une heure à pied, avec une petite escale bière dans un dépanneur pour laisser passer la pluie. La marche est plaisante, des fois on regarde en contrebas de la rue principale et on voit des quartiers assez chaotiques et pauvres mais il y a aussi quelques parcs bien jolis et pas mal d’architecture espagnole qui manque jamais de charmer.

Puis on arrive au stade, entouré de centaines de fans avec leur gilet de Once Caldas, l’équipe locale, et la présence de nombreux cops armés jusqu’aux dents (dont une ligne d’une dizaine à cheval) font l’effet habituel d’être à la fois rassurant et un peu inquiétant. Une odeur piquante de marijuana flotte dans l’air, et je vois même des gars faire de la coke. On obtient les billets sans trop de problèmes, mais une fois rendus à la porte pour notre section ils nous laissent pas entrer avec notre petit sac à dos, même si on montre qu’il contient rien à part une bouteille d’eau. On se fait dire qu’une cantine de l’autre bord de la rue peuvent nous le garder en consigne pour quelques cennes.

Après être retournés à la gate, quand ils nous séparent pour se faire inspecter par un policier de notre sexe, ma copine me jette un regard de panique. Elle parle pas espagnol, et la sexy mais patibulaire policière que je vois à plusieurs mètres dans la foule dense en train de la tâter et de lui donner des karaté chops entre les seins pour s’assurer qu’il y a pas d’arme cachée là semble pas concevoir que la fille au phénotype très est-asiatique devant elle parle pas cette langue, faque elle fait juste répéter plus fort et plus agressivement quand ses questions sont sans réponses. Je dois aller lui porter renfort. Puis les cops nous demandent quelle équipe on supporte, ce qui me prend un peu au dépourvu, mais je comprends qu’ils mettent les fans visiteurs dans leur propre section clôturée. La fille qui m’avait aidé la veille venait de Cali, et a dit en blague qu’elle m’aiderait juste si je promets de prendre pour son équipe, mais je me dis que j’aimerais mieux être du bord du team local, pour être du côté plus nombreux si ça vire en émeute de hooligans.

Au début, les fans de Cali FC paquetés dans leur cage agitent leurs bannières et font bin du bruit, mais à mesure que la partie avance et que leur équipe perd, ils deviennent de plus en plus silencieux. Ça finit 4-0 pour Manizales et la foule jubile. Puis on retourne à pied par un autre boulevard, on achète un poulet rôti pour souper, et on organise notre visite organisée pour le lendemain.

Après déjeuner, un Jeep vient nous ramasser. Une Belge prénommée Anne-Lise (ou une version hollandaise écrite bizarre avec des voyelles superflues) s’est rajoutée dernière minute, ce qui nous fait économiser un peu, et vu qu’elle parle pas espagnol et que le chauffeur Alonzo est unilingue (comme 99.9% des Sud-Américains) je suis en charge de la communication. On traverse la ville par des rues accidentées comme ça se peut pas, puis après quelques dizaines de kilomètres dans une vallée on amorce la montée vers le volcan Nevado del Ruiz. La température descend et la végétation change, il reste presque juste du gazon et des plantes excentriques uniques à cet endroit. Ce sont des lointains parents du cactus, on dirait des ananas allongés, un genre de tube couvert d’écailles et surmonté d’une touffe de feuilles. Après une escale dans une petite cabane où on boit quelques coupes de thé au coca sucré, on se fait donner un tour du parc national et plusieurs arrêts pour se dégourdir les jambes et admirer le paysage extraterrestre.

Alonzo explique en quoi ces plantes bizarres consistent et je traduis pour les filles, en gros c’est un tube adapté à ces conditions ardues en montagne et qui absorbe l’eau du sol, il grandit très lentement et la seule partie vivante sont les feuilles vertes en haut, la partie brune-grise étant toute sèche. Ceux qui ont pas de feuilles sont morts, et si on donne un coup de pied dessus ça part en poussière, ce qui est bien divertissant.

Un dîner de truite, riz et salade suivi d’une visite aux sources thermales où on macère dans un ruisseau à l’eau chaude sulfureuse complètent ce sympathique day-trip. Puis on retourne à Manizales et on passe une soirée relaxe à jaser avec les quelques autres touristes à l’auberge avant de se diriger vers Medellín.

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