Ma chérie et moi venons de terminer un périple de deux semaines en Irak, et ce fut absolument merveilleux. J’ai fait une série de neuf vlogues sur ma chaîne YouTube que je vous encourage à aller visionner si ç’pas déjà fait, et là je me suis dit que je ferais un complément écrit, avec des considérations logistiques ou organisationnelles ou juste des pensées d’extra qui fittent pas dans le format vidéo.
1- Bon, premièrement, la question à 100 piasses, c’est-tu safe? Chus-tu fou braque d’aller là-bas en vacances?! En terme de sécurité dans les rues, 100%, y a zéro pis une barre des problèmes qu’on rencontre en Amérique Latine ou en Afrique ou dans les grosses villes “culturellement enrichies” de l’Occident. Le danger peut venir de la situation politique volatile, alors check les nouvelles, mais une semaine avant qu’on y aille il y a eu une attaque de drone venant de l’Iran et j’ai brièvement considéré canceller mon voyage, avant de me faire dire par du monde sur le terrain que tout roule comme d’habitude. On a pas eu un seul problème.

2- Il y a des vols vers Bagdad (Baghdad en anglais, sur les sites aggrégateurs) de pas mal de places avoisinnantes. Il y a aussi moyen de rentrer par la route de tous les pays voisins à part la Syrie. Erbil et Basra ont aussi des aréoports internationaux.
3- En arrivant, tu reçois un visa. À l’aréoport de Bagdad (qui est pas très gros) tu vas au comptoir, tu donnes ton passeport et $80 US, tu remplis un formulaire, et une quinzaine de minutes après tu reçois ton passeport avec un visa assez rigolo écrit à la main en arabe qui occupe une page. Fafa-bébé, comme dirait mon neveu de sept ans. Ça s’applique pour pas mal de nationalités.

4- Leur devise est le dinar (IQD). Il s’échange à 1500:1 avec le USD, et tu peux en changer à bin des places, genre les comptoirs d’hôtels et des bonhommes dans la rue avec des comptoirs qui changent de l’argent. Si tu l’échanges à l’aréoport ou à la banque, tu auras un taux de 1300:1, même chose si tu vas au guichet (et que t’es chanceux de tomber sur un qui fonctionne avec les cartes étrangères). Alors emmène des piasses amarécaines vartes, et change juste ce dont tu as besoin à l’aréoport pour prendre un taxi en ville. Aussi, des fois ils prennent pas les petites coupures, ou les changent à un taux un peu plus bas, essaie d’avoir juste des $100.

5- Il y a un groupe Facebook nommé le Iraqi Travelers’ Café, qui est bien actif avec des voyageurs et des gens du coin. Mine d’or d’info. Si tu as une question, les chances sont qu’elle a été posée et répondue déjà, utilise la fonction recherche. Aussi il y a plein de jeunes Irakiens anglophones qui veulent rencontrer des touristes, certains juste pour jaser et faire visiter la place, d’autres qui offrent leurs services (rémunérés) comme guide ou chauffeur.
6- Oublie booking.com, y a juste les gros hôtels business hors de prix qui y sont. Cherche des hôtels sur le terrain ou sur Iraqi Travelers’ Café. On a toujours payé entre 25K-60K IQD, genre 15 à 40 USD, pour une chambre double. Les standards variaient, des fois c’était pas super propre, mais le lit l’était au moins.
7- Pour se déplacer d’une place à l’autre, tu vas au “garage”, un gros parking plein de bonhommes qui gueulent leur destination. En ordre croissant de prix, il y a des minibus, des pick-ups et des taxis partagés. Le véhicule part quand y est plein, ce qui prend jamais longtemps, vu que y a pas mal de monde. Pas besoin de stresser ou arriver super tôt. Les routes sont en général excellentes et y a peu de gros bouchons à part autour de Bagdad.
Il y a aussi un train de nuit de Bagdad à Basra. Il est parti drette à l’heure, à 19h, et est arrivé à 5h le lendemain. Le retour, fuck, je cherche en ligne et j’ai cinq réponses sur cinq sources. Même chose pour le Bagdad-Basra en fait, alors confirme sur les lieux. Tu peux pas acheter les billets d’avance, tu vas à la gare et tu le prends sur le champ.

8- Dans les villes, il y a des taxis, des vieux bazous jaunes poqués. Un trajet coûte entre 3K-6K IQD. Il y a pas de taximètre, confirme un prix avant, mais les chauffeurs vont rarement essayer de t’en passer une belle (plus à ce sujet ci-dessous). Tu peux télécharger l’app Careem ou Baly, des genres de Uber locaux, l’interface est en anglais mais les noms de places sont en arabe, des fois il faut cross-vérifier avec Google Maps pour être certain.
9- La barrière de langue est pas impénétrable, mais quand même considérable. L’arabe est malheureusement pas dans mon carquois linguistique alors des fois on en arrachait un peu. Il y a des randoms qui parlent anglais ici et là, à différents niveaux, mais pas mal plus de gens qui en parlent pas un mot. Google Translate a été notre ami plusieurs fois.
10- Tu peux acheter une carte SIM et des données et minutes facilement, c’est pratique pour Google Translate et autres. Le WiFi varie d’excellent à à peine potable, et est sujet aux pannes d’électricité, qui arrivent quasi chaque jour mais durent jamais plus qu’une minute ou deux.
11- Les prises électriques sont des cossins bizarres avec trois gros prongs rectangulaires, comme en Angleterre je pense. Emmène un convertisseur.

12- La bouffe est superbe! Kebabs, brochettes, shawarmas, falafels, pains plats, cornichons, salades, pois chiches, riz, et autres aliments classiques arabes/proche-orientaux. C’est pas cher et c’est bon et ça se trouve en grande quantité partout dans toutes sortes de restaurants et de stands de rue. Il y a aussi des desserts assez décadents merci, si tu as une dent sucrée.
13- Pour ce qui est de boire, le thé noir/rouge foncé est roi. Ils vont mettre un demi-pouce de sucre dans le fond à moins que tu leur demandes de pas en mettre. Le café est de la poudre instantannée médiocre. Quant à l’alcool, oui il y en a, on trouve des bottle shops ici et là, reconnaissables aux pancartes de whisky Glenfiddich ou Grant’s, ou de bière turque Efes. C’est étrange de voir des monsieurs arabes en pyjama avec un keffieh sur la tête s’acheter une bouteille de vodka. J’ai goûté à quelques bières locales et ce sont des lagers ordinaires cheap. Boire en public est extrêmement mal vu, apporte ton sac à ta chambre d’hôtel.
14- Pour ce qui est de l’habillement, je portais des manches longues au cas où ils voient d’un mauvais oeil mes tattoos, et pour fondre dans la masse en général. Et aussi, bin, il faisait frisquet, souvent. Ma chérie était aussi habillée modestement, mais se couvrait rarement les cheveux, et personne l’a jamais regardée croche. Elle traînait un foulard, au cas, et quand ça semblait être une bonne idée elle se le mettait comme un hijab. À deux reprises, on visitait un site religieux et elle s’est fait prêter un tchador, une robe lousse avec juste le visage qui sort.

15- Leur culture est… très, TRÈS différente de la nôtre, disons. Que ce soit bon, mauvais ou neutre dépend de toé, et de chaque aspect individuelle de cette dite culture, mais en tout cas on peut pas dire que c’est pas intéressant.
16- Les gens sont des coeurs, et peut-être la chose qui a rendu notre visite au pays aussi enrichissante. Quasiment partout où on allait, on recevait des thumbs up, des “Welcome to Iraq!”, des sourires, et des demandes de photos de groupes ou selfies. Mon téléphone est plein de numéros d’inconnus qui me disaient de les contacter si on a besoin de quelque chose. On recevait même des invitations à rester à leur maison, et souvent le monde des restaurants ou les chauffeurs de taxi voulaient pas qu’on paye!
17- Parlant de ça, je l’ai adressé dans mon vidéo à Mosul, mais dans une trallée de pays arabes touristiques, les arnaques, le double-pricing et les mouches à marde fatiguantes sont la norme plus que l’exception. Pas en Irak. J’écris ceci alors que je suis en Jordanie, et je m’ennuie en tabarnak de cet aspect de leur pays voisin. La seule chose que je trouve un peu niaiseuse est comment ils chargent 25 000 IQD aux étrangers pour leurs musées mais 1000 pour les locaux.
18- Je parle de l’Irak depuis tantôt, mais en fait c’est deux pays en un. Il y a l’Irak Fédéral, au sud, qui est à prédominance arabe, pas super riche, plat comme une crêpe et dull en crisse en terme de paysages, et le Kurdistan, au nord, qui est kurde (duh!), plus moderne et développé, montagneux et magnifique. Le Kurdistan est techniquement une partie de l’Irak avec Bagdad qui a une certaine autorité dessus, mais ils ont aussi un gros degré d’autonomie, en tout cas je pourrais pas expliquer chaque petite nuance et c’est somme toute pas si pertinent ici autre que dire que ça vaut crissement la peine et qu’aussi en terme de logistique, tu peux aller au Kurdistan sans problèmes avec un visa irakien, mais que si tu arrives au Kurdistan en premier, genre si tu atterris à Erbil ou traverses la frontière turque, ils te donneront un visa kurde qui est pas valide en Irak Fédéral.

19- Notre itinéraire fut:
- Bagdad: grosse ville, musée national, longues promenades pour juste absorber la vibe de cet étrange et dépaysant endroit
- Samarra: aller-retour de Bagdad, ruines de mosquées et forteresses vieilles de 1000 ans, notamment les minarets qui ressemblent à des énormes gâteaux
- Basra: ville affluente pas loin du Koweit épargnée par les conflits plus récents (ISIS et tout ça), vieux quartier assez charmant, longue allée piétonnière de bord de rivière
- Chibayish: une journée et une nuit avec les Arabes des Marécages
- Karbala: ambiance absolument folle semblable à un festival de musique, avec dizaines de milliers de pélerins visitant des tombeaux dans des bâtisses religieuses d’un détail et d’une beauté extrêmes
- Babylone: aller-retour de Karbala, vieilles ruines de la ville de l’Âge de Bronze, avec une partie reconstruite et un palais de Saddam à côté qui est franchement encore plus cool que le site de Babylone même
- Mosul: ville à moitié détruite dans les récents conflits avec ISIS, probablement l’endroit qui m’a fait le plus capoter
- Bakhdida/Qabarosh: aller-retour de Mosul, ville chrétienne avec des églises orthodoxes charmantes et une vibe absolument unique comparé au reste du pays
- Road trip au Kurdistan: on a loué un char et fait un beau gros tour, dans les montagnes et vallées, passant la nuit à Soran et Sulamaniyah
- Erbil: capitale kurde, on a pas fait grand chose vu qu’il pleuvait, mais il y a un côté moderne plutôt cool, avec bars, restaurants et centres d’achats

20- Je vais lister quelques désagréments, dans un souci de transparence:
- Il y a des piles de vidanges assez alarmantes, et les irakiens jettent leurs déchets partout comme si de rien n’était
- À deux reprises on a dû dealer avec du monde qui faisaient un bruit infernal tard le soir à l’hôtel. Je parle pas juste d’avoir une conversation audible, ce qui fait déjà dur, mais de carrément hurler et laisser des enfants courir partout en rage de sucre. Les Arabes manquent franchement de civisme à quelques égards, et voient pas comment c’est impoli de faire un calisse de vacarme, et en fait vont te trouver toi impoli de leur dire “Heille esti de raisin, ta yeule tu la fermes sti, y est quasiment minuit pis on veut dormir”
- Parlant de bruit, l’appel à la prière nasal et dissonnant finit par donner un sérieux mal de tête. PIS JE SAIS QUE C’EST LEUR RELIGION ET CULTURE STI, je dis pas qu’il faut que ça change, contrairement aux vidanges et aux sans-desseins qui dérangent mon sommeil, je dis juste que la première fois c’est rigolo et “Wow chus vraiment en Irak, hein?” mais endurez ça chaque jour, plusieurs fois par jour, à des volumes semblables à un concert d’AC/DC, pendant 20-30 minutes, la première avant 5 heures du matin, et on s’en reparlera.
- Dans un ordre d’idées semblable, les estis de checkpoints de police ou d’armée sur la route, je comprends leur raison d’être et je respecte ceux qui les font, mais ça ajoute une certaine dose de fatiguanterie pour ce qui est de se déplacer au pays. Souvent ils font juste jeter un oeil à nos passeports, mais des fois tu tombes sur des crisses de zélés.
- Tel qu’exprimé au point 6, le standard pour les hôtels était parfois très haut et une aubaine pour le prix que tu paies, surtout au Kurdistan, mais en Irak Fédéral c’était soit vieillot, ou un peu crasseux, ou les deux. Je m’étais fait avertir et je m’attendais à pire, franchement. Au moins les lits étaient toujours propres.
Voilà. L’Irak a été le 95e pays que j’ai visité, et je peux pas dire si c’est dans mon top 10, ou si j’ai même un top 10, mais certainement on a adoré notre expérience et je le recommande chaudement.