PROLOGUE – LE LONG VOYAGE
Je prends le traversier jusqu’à l’aréoport de Hong Kong, et de là mon premier vol pour Taipei. J’ai une escale de minuit à 11:00 le lendemain, et j’ai réservé un lit dans une auberge juste à côté. Bon, quand on dit “à côté”, c’est quand même de l’autre bord des pistes d’atterrissage et de décollage, et il faut que je fasse le tour au complet via des routes pas faites pour les piétons. En plus il commence à pleuvoir, mais avec mon imperméable et la température douce je suis plutôt bien.
Ça me prend une heure en tout, puis je trouve l’auberge dans le parc industriel, je pitonne le code qu’ils m’ont donné, et je m’écrase dans mon lit. C’est un dortoir à deux lits à deux étages, et l’un d’eux est occupé par un gros plein d’soupe qui émet des estis de sacraments de bruits de cochon égorgé toute la calisse de nuitte. J’essaie de bloquer le vacarme avec des bouchons, puis avec ma playlist de black metal pour m’endormir dans l’avion, mais rien à faire. Quand je calisse un coup de pied sur son lit il renâcle et arrête temporairement, mais ça recommence.
Esti. Je le dis là, avec témoins: pus jamais de calisse de dortoir. Au yâble la dépense. J’ai fucking 40 ans, j’ai fait mon temps comme backpackeur crève-faim, il est temps d’arrêter de niaiser.
Je dois arriver à m’endormir éventuellement parce que je suis surprenemment en forme le lendemain, après m’être réveillé avec mon alarme vers 8 heures et avoir pris une douche froide. Je traverse la rue, il y a un minuscule resto à aire ouverte, et je demande à la madame si elle sait comment se rendre à l’aréoport. J’ai vu un autobus me dépasser dans la nuit la veille, mais je sais pas où est l’arrêt. Le seul client, un gars aux cheveux longs, m’entend et dit “Je peux t’emmener à l’aréoport”
“Combien? J’ai juste un peu de dollars taïwanais dans mes poches”
Il fait une moue, puis pointe sa vanne stationnée. “Rien. Laisse-moi juste finir mes nouilles.”

Ah, je pensais c’était un chauffeur de taxi, mais c’est juste un bon Samaritain. Je le remercie, et je commande des nouilles frites moi aussi, en disant à la madame que je paierai pour le gars, mais il refuse. Alors je lui demande si il veut un breuvage au dépanneur à côté, et il dit non. J’achète une bière parfumée au chrysanthème, et quand je reviens, je me fais donner mon assiette de nouilles et la madame me dit que le gars aux cheveux longs m’a payé la traite. Wow.
Je le remercie à profusion alors qu’on roule, et il me dit que y a rien là, on est tous des humains (en fait, il utilise le mot 地球人, qui sonne plus comme “Terrien” à mes oreilles et me fait rigoler). Bien gentil de sa part.

Il y a presque personne à l’inspection de sécurité. Je sais pas si il faut je sorte mon laptop de mon sac ou pas, alors je demande “电脑要不要拿出来?”
Le rent-a-cop est penché et me voit pas, mais il répond “要拿出来”, puis quand il lève sa tête et voit ma face laitte, il ajoute, plutôt inutilement “Euh… euh… compayootah, out bagguh” J’obéis, non sans rouler des yeux.
Mon sac émerge du tapis roulant, et il le pointe en émettant des expressions monosyllabiques. “Euh… nigga… do yo harv… euh… euh… nigganigganigganigga nigga…” en mimant un genre de petit rectangle.
Crisse, messemble ça a été établi que je comprends le chinois, pis il est pas après se rendre compte que ça mène nulle part qu’est-ce qu’il est après faire? J’essaie de le pousser dans la bonne direction avec un “怎么了? 有什么事?” mais il insiste pour jouer à son sacrament de Fais-moi un dessin avec ses doigts au lieu de me parler comme un être humain.
Il cherche du renfort, et demande à un de ses collègues comment on dit “瑞士刀”. Je réponds avant lui “Swiss knife”, et je me retiens pour pas ajouter “you fucking racist”, parce que de quoi d’autre s’agit-il, rendu là?! Anyway, j’ai pas de canif dans mon sac.
Le vol de 12 heures pour Los Angeles est long et plate, et j’en profite pour regarder le film One Battle After Another, un beau gros morceau de marde comme j’en ai rarement vu. Après une escale à LAX passée surtout à me déplacer d’un terminal à l’autre dans ce gros labyrinthe tiers-mondesque tout croche, je m’envole direction le Mexique.
CHAPITRE 1 – GUADALAJARA
Encore une fois, j’ai pas plus qu’une genre de petite escale avant de prendre un autre vol domestique le lendemain. J’opte de pas aller jusqu’au centre-ville et de juste rester aux environs de l’aréoport, et encore une fois je marche un 4 kilomètres pour me rendre à ma chambre, question de me dégourdir les jambes un peu. Le premier segment est le long d’une autoroute, l’accotement est assez large mais le problème c’est qu’il y a pas d’intersection, il y a des bretelles d’entrée et de sortie qu’il faut que je traverse en courant. Après un bout il y a un trottoir et des ponts de piétons, mais beaucoup de construction et de poussière. J’arrête dans un dépanneur m’humecter le gosier avec une petite canne de cerveza.

Le motel où je crèche est minimaliste mais a tout ce dont j’ai besoin, ce qui est pas grand chose, une douche et un lit, cette fois dans une chambre individuelle sans coloc indésirable incapable de respirer silencieusement comme un individu normal. Il y a pas beaucoup de vie aux environs, c’est sûr que ce serait infiniment plus charmant si j’étais dans le centro historico que sur ce bord d’autoroute, mais j’ai déjà visité Guadalajara en 2011 et anyway je vais en voir en masse des centros historicos dans les deux semaines à venir. Ce serait une monumentale perte de temps, surtout que je suis crevé mort et je veux juste me taper une bonne nuit de sommeil.
Mais d’abord, tacos. Il y a un stand ambulant juste à côté, avec une pancarte écrite à la main, qui dit chorizo, arrachera, al pastor, bisteck, lechón et pollo. J’en prends un de chaque, et reçois six petits tortillas doublés avec une ligne de viande au milieu, surmontée d’oignons hachés et de cilantro. J’ajoute la sauce verte ou rouge à ma guise, puis je plie ça en deux et envoie ça dans la cale. Osti que c’est bon.

CHAPITRE 2 – TUXTLA GUTIÉRREZ
Je dors comme un rocher, puis après un autre magnifique repas de tacos, je prends un autobus qui m’emmène proche de l’aréoport, et je prends un vol avec la compagnie locale Viva pour Tuxtla. Ma chérie est là quand je passe les grosses portes en vitre, elle a une semaine de vacances de plus que moi et donc elle est allée au Bélize avant d’entrer au Mexique en traversier et de prendre un vol domestique, qui est arrivé une demi-heure avant moi.
On prend un taxi et elle me raconte son voyage à date. Après un bout on arrive aux confins de la ville, la capitale de l’état du Chiapas. Elle a pas super bonne réputation auprès des Mexicains et touristes, pas qu’il y ait des problèmes de cartels ou de quoi du genre, non, c’est plutôt paisible, c’est juste que c’est assez sous-développé et pas très intéressant comparé à son voisin San Cristobal, alors la majorité des touristes la skippent. Nous, on passe par là parce qu’il y a un aréoport et parce que c’est un bon point de départ pour visiter le Canyon de Sumidero.


Finalement, Tuxtla Gutiérrez nous plaît pas mal. Notre hôtel est joli, et se balader dans les petites rues est bien plaisant et est pas sans nous rappeler les bons souvenirs de précédentes visites dans les pays latinos. Tout est composé de cubes de béton à un ou deux étages, souvent peinturé en jaune ou bleu ou autre couleur vive, sur un layout de rues étroites en quadrillé, avec des fois une petite plaza ou une église. Ça alterne entre ultra-tranquille et très animé, avec des marchés bondés et de la musique qui joue.
La ville même est sur le plat, mais entourée de montagnes, et sur une d’elles au sud il y a une énorme croix, le Glorioso Cristo de Chiapas. Wikitravel me dit comment me rendre là en colectivo (minibus) et on est chanceux, on est les deux derniers passagers à embarquer alors on a pas à attendre. Après une vingtaine de minutes, on se fait déposer dans un petit village et on marche jusqu’au sommet de la colline. Il faut payer un maigre prix d’entrée, et la croix est là, la plus grosse au monde que ça dit, à 62 mètres de hauteur, deux fois plus que celle de Rio de Janeiro. Elle a un design moderniste intéressant, avec le Jésus d’encastré dedans au lieu d’être sculpté, et après avoir visité la petite chapelle, on prend quelques photos de la ville.


Le lendemain, on profite du somptueux déjeuner inclus, qui consiste en des oeufs brouillés, des quesadillas, et… des nachos?! La petite madame me dit que ça s’appelle des chilaquiles, ah bin, j’avais déjà entendu le nom mais je savais pas c’était quoi. En tout cas ça ressemble à des nachos, mais avec moins de fromage et plus de liquide. Puis une vanne vient nous ramasser, pour la visite du Canyon del Sumidero. Au début, on tourne un peu en rond pour ramasser d’autres touristes à leurs hôtels, puis on se met en route pour le parc national, qui est pas très loin. La première partie, on serpente sur des routes de montagnes qui nous mènent à des belvédères, avec une vue assez folle sur la rivière à un kilomètre en contrebas.

Puis on descend dans la vallée, et on embarque dans une chaloupe. Le capitaine/guide nous parle du barrage hydroélectrique, des diverses formations géologiques, et nous pointe des crocrodiles qui glandent sur les rives.

Assez cool comme journée, cette partie du Mexique m’était complètement inconnue avant de commencer à planifier ce voyage, et quand j’ai vu des photos du canyon, je me suis dit il faut absolument qu’on y aille, et ça a valu la peine.
Le bateau nous dépose au village de Chiapas de Corzo, qui est quelque peu touristique, avec la succession de bateaux qui y déversent leurs visiteurs chaque jour. On va à un restaurant proche de la plaza centrale et on commande des spécialités du coin: du poulet dans une sauce mole brune épaisse, une genre de soupe au poulet effiloché, et un breuvage nommé le pozol, qui est vaguement chocolaté mais pas très sucré. Assez unique et différent de ce qu’on imagine quand on pense à de la nourriture mexicaine, à part la pile de tortillas qui vient avec. Ma chérie en prend une gorgée et fait une face qui exprime l’indécision, puis verbalise ça en disant qu’elle arrive pas à dire si c’est bon ou mauvais. Je suis du même avis, c’est… spécial. On finit le verre et ça me dérangerait pas d’en boire d’autre, mais ce serait pas mon premier choix.


On a une heure avant que la vanne nous ramasse, alors on se promène et on admire les structures qui datent des années 1500, avant même que la ville de Québec soit fondée. Puis on se fait emmener à San Cristobal de las Casas, un transfert que l’agence de voyage avait au menu et qui fait qu’on a pas à retourner à Tuxtla.

CHAPITRE 3 – SAN CRISTOBAL DE LAS CASAS
La vanne nous débarque à un coin de rue de notre hôtel, qui est situé sur une artère piétonnière, pas loin de la grande plaza. On voit tout de suite le charme de la place, on se croirait dans une ville du sud de l’Espagne.

On va se balader un peu, et une fois la nuit tombée, la température tombe aussi, d’une drop, et il faut qu’on sorte nos manteaux. On se réfugie dans un bar une rue plus loin que l’avenue touristique, où je profite du spécial litro et mezcal pour 80 pesos, et ma chérie boit un margarita. Même à l’intérieur, on se les gèle, décidément je savais pas qu’il ferait aussi frette dans le sud du Mexique, surtout en contraste avec les hautes chaleurs durant le jour. On me dit que c’est à cause de l’altitude, San Cris étant à 2200 mètres au dessus de la mer. Quand mon mezcal est fini, je commande une boisson locale nommée pox, qui se prononce “poche”, un genre de tord-boyaux qui goûte juste l’alcool mais qui me réchauffe bien.
La clientèle du bar est exclusivement composée d’étudiants, pas de sales touristes, et l’un d’eux vient me jaser. Il vient de l’état du Tamaulipas, le plus au nord-est, à la frontière avec le Texas. On discute de différences régionales, et il dit que les états du nord du Mexique sont un drôle de paradoxe vu que d’un côté ils sont beaucoup plus développés économiquement, mais sont aussi salement dangereux, avec la domination des narcotrafiquants. Je demande si ça s’améliore mais il dit que c’est de pire en pire. Maudit. Au moment où j’écris ceci, je suis de retour dans mon chez-moi à Shenzhen, et je suis sorti du pays juste à temps, avec un renouveau de chaos et de violence à cause des cartels. Je sais pas quoi d’autre dire que je souhaite la paix et la prospérité à ce si bon peuple.

On se tape une grasse matinée méritée, et on a quand même un après-midi entier à se promener, en commençant par un belvédère un peu à l’ouest, puis une microbrasserie, un marché d’antiquités, un vieux couvent, un musée dédié au chocolat, et une basilique au sommet d’une autre colline, cette fois à l’est. Pour souper, on mange du ceviche, et ça vient avec des verres à shooter avec du Clamato et des huîtres, cadeau de la maison. J’adore le Clamato, ma chérie non, elle trouve que c’est un breuvage vil. Ah bin, plusse pour moé.

Ensuite on se rend à la gare d’autobus et on prend un bus de nuit. Un bus de nuit c’est un peu comme un long vol trans-océanique, c’est pénible pendant que tu es dedans mais une fois rendu à destination tu oublies presque que tu viens de passer huit heures (ou plus) sur un siège à essayer tant bien que mal de dormir et pas pogner un torticolis de tous les diables. J’ai fait une erreur stratégique, j’ai choisi les sièges les plus en avant, ce qui nous donne un peu plus d’espace et normalement nous gratifierait d’une meilleure vue mais là il fait nuit noire, alors tout ce que ça fait c’est qu’on est plus proches du chauffeur et on entend sa musique country plus fort que si on était en arrière, et on reçoit des bourrasques d’air frette dès que quelqu’un ouvre la porte, comme aux quelques checkpoints d’armée où on arrête.
CHAPITRE 4 – PALENQUE
Palenque est minuscule, donc on a juste quelques minutes de marche pour arriver à notre hôtel. Agréable surprise, on se fait donner la chambre même si il est à peine 7 heures du matin, alors on peut faire une petite sieste et compléter la nuit de sommeil saccadée du bus de nuit. On mange un déjeuner à la mexicaine dans un snack bar modeste (oeufs brouillés avec morceaux de jambon, fèves noires écrasées, tortillas) puis on prend un colectivo vers les ruines qui font de cet endroit un incontournable.
Rendu là, c’est un peu gossant, il faut acheter trois billets, un auprès de l’agence gouvernementale de parcs nationaux, un pour le site archéologique même, et un pour le minibus obligatoire. Pourquoi pas le faire payer à un seul comptoir? Fouille-moé. Il y a aussi une échelle de prix différente pour citoyens et extranjeros, ce qui est pas unique au Mexique, mais qui, comme ma blonde soulève, est pas présent en Chine. Là bas, les sites touristiques coûtent quasiment tout le temps beaucoup trop cher, mais les Chinois et les visiteurs d’outre-mer paient le même prix. Donnons-leur pas d’idées!
On peut descendre du minibus un peu avant le site et faire un détour par la forêt, ce qu’on fait. Toujours très nice de marcher dans le bois un peu, c’est comme recharger sa batterie. On marche une quinzaine de minutes sans croiser personne à part quelques iguanes, puis on tombe sur une gang de Blanchâtres avec de l’équipement audiovisuel haut-de-gamme, genre une caméra grosse comme une caisse de 24 sur un gros trépier. Je demande à l’un d’eux en train d’opérer un drone si ils travaillent pour BBC Planet Earth, un peu en joke, mais il répond avec un accent britannique qu’en fait oui et non, ils filment un documentaire sur les singes qui habitent dans cette forêt pour la BBC, mais pas dans la série Planet Earth. Sa boss, une blonde d’une quarantaine d’années qui a le physique d’une marathonienne et a l’air d’en avoir vu pas mal, nous raconte quelques-uns des épisodes de Planet Earth sur lesquels elle a travaillé, assez intéressant comme job quoique c’est loin d’être facile. Ils nous montrent quelques segments ils ont réussi à filmer, mais ce sont des singes arboricoles durs à trouver alors on aura pas la chance de les voir nous-mêmes.
Plus creux dans le bois il y a un temple maya reconquis par la forêt, avec des racines qui sont venues à boutte des roches, et un genre de réservoir où ils accummulaient de l’eau. Puis on émerge des bois et on arrive au site principal, qui est impressionnant. Les fondations de roche sont encore en assez bon état, et comme les quelques autres fois que j’ai eu la chance de visiter un tel site archéologique, je peux pas m’empêcher d’essayer d’imaginer de quoi ça avait l’air à son apogée. Y avait combien de monde, ils étaient habillés comment, c’était quoi le bruit environnant, ça puait-tu? Les ruines et les panneaux qui expliquent tout ça nous donnent une petite idée, mais il faut se dire aussi qu’il devrait y avoir plein de décorations élaborées érodées ou dépouillées depuis, et encore plus de structures en bois ou en tissu qui ont bien sûr pas laissé de traces.



On retourne en ville et on se promène jusqu’au parc central, qui est pas grand chose, en fait Palenque a très peu de la belle ambiance pittoresque espagnole coloniale de San Cristobal ou Chiapas de Corzo, c’est juste un bled latino ordinaire, et je me demande si c’était une bonne décision de réserver deux nuits là, alors qu’on pourrait passer du temps à quelque part de plus intéressant. Mais au pire, on prend une journée de repos, j’ai fait exprès de pas trop paqueter notre itinéraire, en tout cas par mes standards de powertouriste.
J’arrête à un salon de barbier question de me faire trimer la barbe. Le gars qui me fait ça est un Cubain qui a habité à Orlando quatre ans et vient de se faire déporter par Donald Trump. Ses deux collègues sont noirs, d’origine haïtienne, et ils ont subi le même sort. J’ai en effet remarqué beaucoup de Noirs dans les rues ou dans les magasins, alors que j’en avais pas vu un seul à date et j’en reverrai pas d’autres à part quelques touristes. Pourquoi se sont-ils ramassés à Palenque?
Ensuite je vais investiguer pour trouver une place qui loue des scooters pour le lendemain, mais il y en a pas, à part un hôtel qui a des estis de motos électriques avec 10 km d’autonomie. Maudit. Ils haïssent l’argent ou quoi? Je rejoins ma chérie pour un repas de poulet frit puis elle retourne à l’hôtel travailler, elle a des choses à faire à distance des fois comme ça, même en vacances. Je repasse par le parc, bien plus animé avec la nuit tombée, et je croise un Allemand avec qui j’ai brièvement jasé au spot à déjeuner le matin même. En buvant des Modelos negras à une terrasse, on se raconte des histoires, il habite dans une vanne depuis quatre ans, il passe l’été au Portugal ou en Espagne et l’hiver aux Îles Canaries. Il est pharmacien de formation, et après un burn-out il a crissé sa job là et travaille quelques heures par jour à distance, de sa vanne il fait du tutorat en vidéoconférence pour aider du monde à passer les examens de pharmacie. Ça paye pas beaucoup mais il est mode mégachill, à faire du surf quasiment tous les jours. J’avais aucune idée que les gens faisaient du surf sur la côté ibérique. Le surf est en fait la raison de sa venue au Mexique, il a passé quelques semaines à Puerto Escondido sur la côte Pacifique et là il fait un petit voyage à l’intérieur des terres avant de retourner à la mer le lendemain. On rencontre du monde intéressant comme ça en voyage.

Le lendemain est une journée relaxe, on dort tard et on prend un colectivo pour les chutes de Roberto Barrios. Il y a trois sites aux environs de Palenque avec des chutes d’eau, celui-là est recommandé par la madame de l’hôtel et elle nous dit comment y aller. Et c’est assez nice, à part le fait qu’un Nazi en charge a mis en place une politique d’interdiction de vente de bière. Messemble elle serait bonne, là là à ce moment avec la chaleur du jour à son zénith. Mais je me dis qu’au fond c’est un cas classique de “We can’t have nice things”, pour quelques buveurs civilisés (comme moi), tu aurais aussi des sans-dessein qui sont trop saouls ou qui lancent leur cannettes vides à terre, un peu la même raison pourquoi il y a des estis de speed bumps partout sur les routes rurales. Sérieux, c’est une plaie au Mexique. Ils font ultra-chier, avec le colectivo qui doit ralentir quasiment jusqu’au point mort, puis clairer les grosses bosses et donner du whiplash à tous les occupants du véhicules, avant de répéter l’opération à toutes les quelques fucking centaines de mètres. Ils font pas confiance au monde de pas chauffer comme des crisses de mongols, et il doit y avoir une raison, dans cette société si low-trust où les gens sont bin gentils pis toute, mais tout est en arrière de murs de béton et de barbelés, avec des soldats armés jusqu’aux dents un peu partout.
Anyway… les chutes de Roberto Barrios… il y a quatre cascadas éparpillées dans la forêt, et on peut se baigner, ce que je fais avec joie. Il y a même une glissade d’eau, où tu fais juste descendre la raie sur la roche dans une chute et remontes avec une corde, c’est assez exaltant mais je passe proche de me casser le coccyx.

Pour souper, on retourne au même resto de tacos où j’ai été la veille, et où on retournera pour déjeuner le lendemain. C’est bon en crisse, pas cher, et sans flafla, avec des tables de plastique. Je commande la parrillada, une méga assiette avec toutes sortes de viande et des oignons, et une pile de tortillas pour se faire des tacos nous-mêmes. Puis on finit la soirée dans un bar qui surplombe le parc, où on boit un litre de margarita à la mangue.
Le lendemain, on passe acheter de la bouffe et on prend un taxi vers la gare de Palenque, le terminus du Tren Maya, une ligne ferroviaire ouverte en 2024 qui relie différentes villes du sud du Mexique. Conséquemment, les stations et les trains sont flambant neufs, et le trajet de sept heures pour Mérida est très plaisant.


CHAPITRE 5 – MÉRIDA
Une fois sortis du train, on est assez loin du centre-ville et on doit prendre un bus jusqu’à un quartier appelé La Plancha, d’où on marche une vingtaine de minutes pour se rendre à notre hôtel. La ciudad yucateca donne une excellente première impression, avec un énorme parc avec un lac où des Mexicains de classe moyenne font du sport ou boivent des tasses de café.

Notre hôtel est un building colonial magnifique, à deux blocs de la Plaza de la Independencia. Après un détour pour manger des ailes de poulet et profiter du happy hour dans un superbe petit bar, on va y admirer l’architecture, certains des palais ou cathédrales étant bâtis par les Espingouins sur les structures mayas qui étaient déjà là à leur arrivée. Devant la Catedral de San Idelfonso (heille, mon arrière-grand-père aussi s’appelait Ildéphonse) il y a une grosse foule rassemblée et on se faufile au travers pour voir le show. Ça s’avère être une gang de costauds, quasiment tout nus à part des pagnes et des parures sur la tête, qui jouent à l’espèce de volleyball mésoaméricain, sous le rhythme endiablant joué par des percussionistes. Ils ont pas le droit de toucher au ballon avec leurs membres ou leur tête, alors ils s’envoient ça en le frappant de côté avec leurs hanches, ce qui a pas l’air facile pantoute, mais ils arrivent quand même à l’envoyer dans le cerceau à deux mètres de haut. Puis ils jouent à un autre jeu, où le principe est le même mais le ballon est en feu. Complètement malade!

Le lendemain, on loue un scooter et on se dirige vers le nord. Notre premier arrêt est Dzibilchaltún, un site archéologique maya mineur comparé à ceux d’Uxmal ou de Chichen Itza, mais aussi beaucoup moins cher, plus tranquille, et un moins gros détour. À la grosse crisse de chaleur brûlante, on déambule sur le site dominé par le Templo de las Siete Muñecas (le temple des sept poupées) et un petit lac que Wikitravel dit qu’on peut se baigner dedans, mais qui s’avère être fermé à cause des algues dedans.


Puis on continue vers Chicxulub et éventuellement Progreso, sur la côte. Assez intéressant de voir que la moitié des noms de places sont des affaires mayas ou aztèques bizarres, parmi les noms espagnols plus straightforward. Le paysage est rien de bin spécial, c’est plat comme une crêpe et plutôt aride, jusqu’à temps qu’on arrive à une longue chaussée qui traverse la zone marécageuse pour quelques kilomètres.
“Arrête!” que ma chérie crie, assise en arrière de moi sur le bicycle à gaz.
“Quessé qu’y a?”
“Reviens un peu en arrière! J’ai vu des flamands roses!!!”
En effet, ils sont deux, à marcher dans l’eau peu profonde. Je pense pas en avoir vu de ma vie en dehors d’un zoo, alors on reste là la yeule ouverte à les regarder aller. Quels drôles d’animaux, avec leurs pattes toutes maigres, leur cou en forme de S, et leur bec croche.

On mange du ceviche et du poisson dans un petit snack bar, puis on va se stationner près de la plage principale de Progreso, qui est bondée, en ce samedi. Puis éventuellement on retourne à la maison, par les petites routes, et on passe une soirée tranquille.
Il faut que je retourne la bécane à 11 heures, donc je me lève tôt, seul, et j’en profite pour aller faire un tour, sans but autre que juste le plaisir de faire de la moto. Je me dirige vers le sud et je passe par une petite réserve d’écotourisme et un village où les gens du coin célèbrent le début du Carnaval.

Après être redevenus des piétons, ma chérie et moi on retourne manger au même marché où on est allés la veille. C’est un thème de nos voyages astheur, même si il y a beaucoup de choix et que c’est quasi tout le temps de la qualité, on se ramasse à aller aux mêmes endroits plusieurs jours de suite pour aucune raison autre que c’est bon.
La bouffe arrive rapidement, ainsi que nos jus verts d’épinards et de mangue. Elle demande le nom des plats.
“Salbutes, chilaquiles et gringas”
“C’est-tu moi, où toute leur bouffe c’est soit des tacos, ou des choses comme des tacos, mais un peu différents?”
“Euh… je pense pas que tu as tort”
On passe une journée relaxe à lire, faire une sieste, et profiter de la piscine de l’hôtel, avant de sortir vers 4 heures quand la chaleur s’est dissipée un peu. On se balade un peu en zig-zag dans le centre historique, et on se ramasse à quelques blocs au sud, où la vibe a changé pas mal. Le quartier au nord d’où on est est joli, moderne et gentrifié, mais là on est dans des rues craquées assez dégueulasses jonchées de déchets et de flaques d’eau nauséabonde. Il y a des “motels” avec des prostituées et leurs pimps qui nous regardent croche, pas le genre de places où tu as envie d’être alors que la nuit tombe alors on se redirige vers les confins réconfortants de la zone à touristes.
Il y a du monde en train de faire la file devant la grosse cathédrale, attendant un autobus à deux étages qui fait le circuit des bâtisses historiques. Je les ai vus dans un peu toutes les villes populaires avec les visiteurs, mais j’ai jamais embarqué dans un d’eux, on se dit que ce serait rigolo alors on paye et on prend place. La voix enregistrée qui nous décrit chaque point d’intérêt est juste en espagnol, alors je traduis ça pour ma chérie. En fait quasiment tout est juste en espagnol à date, même le monde qui t’aborde pour te vendre des cossins ont pas appris quelques phrases d’anglais simple, ce qui devrait pourtant augmenter leurs chances de faire des ventes, non? D’un côté j’admire ça, à quel point ils s’en calissent, et aussi j’apprécie les opportunités que j’ai à jaser dans cette bizarre et jolie langue. On finit la soirée dans un bar de microbrasseries, le genre de places qui détruisent mon portefeuille mais auxquelles je vais tout le temps pareil.

CHAPITRE 6 – VILLADOLID
On prend un bus interurbain pour Valladolid. Le Tren Maya passe par là aussi, mais il coûte plus cher, surtout avec le prix triplé pour les étrangers, et ce qui est dommage un peu est que les gares de train sont souvent assez loin alors que les gares de bus sont drette au centre-ville. Leur réseau de bus est confortable et efficace, et ça prend trois heures pour arriver à destination. Valladolid est une petite ville au centre de la péninsule du Yucatán et les gens y vont surtout pour aller au site archéologique de Chichen Itza, ce qu’on aura pas le temps de faire et qui est crissement cher. Moi je l’ai immédiatement ajouté sur notre itinéraire quand j’ai vu une photo du Cenote Zací, un gros gouffre rempli d’eau drette au milieu du bled, à deux coins de rue de leur grande plaza. Les cenotes sont assez particuliers à ce coin du Mexique, des trous de différentes grosseur causés par l’effondrement de la roche calcaire, et il y en a pas mal qui sont des spots à visiter.

On peut s’y baigner, ce qui est toujours le bienvenu dans cette grosse chaleur, et il y a une plateforme de huit mètres de haut d’où on peut se pitcher dans l’eau. J’ai un peu peur des hauteurs mais je me dis qu’il faut je le fasse, et j’ai l’impression de m’être fait rupturer une gosse.
On se promène un peu puis on se repose dans les hamacs de l’auberge avant de sortir prendre une longue marche de fin d’après-midi. Valladolid est pittoresque en maudit, avec une architecture coloniale élégante sans être trop tape-à-l’oeil. On prend un apéro sur une table en dehors d’une petite taverne, un margarita pour elle et un combo bière ambrée et mezcal pour moi, avec un guitariste assis juste à côté en train de jouer des magnifiques chansons. Je sais pas si c’est à cause de notre présence, mais il se met à en chanter en anglais, genre “Imagee aw doh peopooooo, leevee for today, ouh-ouuuuh” alors je vais mettre un billet de 50 pesos dans sa boîte de guitare et lui dire d’arrêter ça et de faire des tounes en espagnol à la place.

Pour souper, on repasse à la même foire alimentaire où on avait mangé à midi, et ma copine a vu qu’il y a un restaurant chinois parmi tous les stands à tacos. Elle a rien contre la bouffe mexicaine, mais c’est ce qu’on mange à chaque jour depuis une semaine alors elle va pour de quoi de différent qui lui rappelle son pays, avec un combo riz frit, nouilles, viande mystérieuse panée et enrobée de sauce rouge sucrée. Moi je prends des flautas à une place voisine.
On achète des bouteilles de tequila et de mezcal pour emmener à la maison, et aussi une pour consommer à l’instant. Je la sirote assis sur un banc de parc devant l’église, à regarder les gens passer. Quel breuvage fantastique.

CHAPITRE 7 – PUERTO MORELOS
Il y a pas de bus direct de Valladolid à Puerto Morelos, il faut transférer à Playa del Carmen. J’achète deux billets une fois rendu là, mais on manque le deuxième bus, à cause de leur esti de système de gniochon qui montre les départs sur la grosse TV 0.001 secondes avant que le bus parte, ce qui fait que t’es toujours après te demander si le bus existe vraiment, ou alors tu le manques si tes yeux sont pas constamment collés sur la TV. Le prochain part juste dans une heure et quart, avant que je me dise fuck, on est juste à 25 kilomètres, ça se fait sûrement en taxi pour un prix pas trop élevé. Je trouve un chauffeur et il nous emmène.
Notre chambre est le deuxième étage entier d’un chalet en bois juste à côté de la plage, autant finir le voyage avec une petite dépense frivole, quoique c’est juste une centaine de piasses la nuit. On va se baigner dans la mer un peu, puis on prend une marche sur l’artère principale. Puerto Morelos est vendu comme un petit village de pêche tranquille, et c’est pas le cas pantoute, c’est un bled de plage touristique avec plus de gringos que de Mexicains, reste que ouin c’est pas mal moins un cirque que le peu que j’ai vu de Playa del Carmen et ce que j’imagine de Cancún. Je passe par une agence de plongée pour arranger un snorkeling le lendemain, puis on va manger des tacos au poisson.

Le snorkeling est bien plaisant, d’habitude quand tu fais du tuba comme ça tu te fais déposer par un bateau et tu flottes un peu, mais là c’est plutôt un circuit où on nage d’un récif de corail à un autre. Le guide est un Américain et exactement ce que tu imagines d’un guide de plongée, il nous montre tout ça (moi et les trois autres touristes, un Allemand et deux Italiens) et nous parle de comment le corail rétrécit d’année en année. On voit un requin, une grosse raie, une tortue, des barracudas, et plein de poissons multicolores.

Ma chérie est restée à la maison, elle a du travail à faire et a déjà fait une excursion de snorkeling au Belize juste avant mon arrivée. Après dîner, je loue un bicycle et je me dirige vers l’intérieur des terres, à un cenote à une vingtaine de kilomètres de là, question de faire un peu d’exercice. Je me baigne un peu puis je reviens sur mes pas, et je constate que la pédale du bicycle est lousse. J’essaie de la réparer tant bien que mal en la revissant avec mes doigts, mais elle se délousse de nouveau. Un arrêt dans un dépanneur de campagne est infructueux, le monsieur me prête des pinces mais a pas de clé anglaise. Peu après, *schlounk*, l’esti de pédale débarque complètement de son essieu.

J’avance le bicycle à pied pour le barrer sur un poteau et essayer de revenir en ville sur le pouce ou avec un colectivo et aller dire à l’agence de plongée comment aller chercher leur crisse de bicycle tout croche, mais un pick-up arrête et m’évite cette étape complètement. Je charge l’épave par dessus tous les bidons de liquide de nettoyage que le Bon Samaritain transporte, puis il m’emmène à destination. Très gentil de sa part, je le remercie copieusement mais il agit comme si de rien n’était. Même chose avec le gars qui m’a loué le vélo, il s’excuse et me rembourse aussitôt. Je passe le reste de l’après-midi à boire de la bière et du mezcal dans la piscine avant de faire une petite sieste. Il y a un gros groupe de boomers américains qui sont constamment en train de chanter des chansons sur Jésus juste en bas de notre fenêtre, des heures et des heures durant, matin et soir. Ils me dérangent pas trop, ils semblent assez inoffensifs et leur chant est plutôt relaxant en fait.

Dernière soirée au Mexique, on va dans un resto uruguayen manger un bon steak puis on marche sur le bord de la plage, jusqu’au Faro inclinado, le phare incliné, qui s’est fait endommager lors d’un ouragan en 1967 et a été laissé comme ça depuis.

Le lendemain on prend un taxi jusqu’à l’aréoport de Cancún, d’où on entreprend le long, long retour à la maison. Un très beau voyage en tout et pour tout. Viva México.

un voyage bien intéressant dans une partie du Mexique que peu de touristes fréquentent.
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Un beau voyage. Une région du Mexique dont on n’entend pas souvent parler.
Envoyé de mon iPad
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