La fois où je restais sur un bateau dans la Mer des Caraïbes

Avant d’aller à l’île de Grenade, dans les Caraïbes, j’ai fait une recherche pour des hôtes de Couchsurfing. Comme on pouvait s’attendre d’un pays si petit et en dehors de la track, il y a peu de résultats autre que des profils vides ou dont le dernier log-in date de 2007, mais un profil sort du lot tout de suite: un gars qui héberge du monde sur son voilier de 30 pieds de long. Je lui envoie une demande, et à ma grande joie, il accepte, mais peut juste me recevoir pour les deux dernières nuits que je suis là.

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Alors je me pogne une autre place pour les premiers jours, une chambre dans la maison d’une madame âgée qui reste un peu en périphérie de leur capitale St-George’s. J’explore l’île au complet et toutes ses attractions, de la Baie des Sauteurs (nommée ainsi à cause des Indiens qui ont préféré se pitcher en bas d’un rocher plutôt que de se rendre) à la distillerie de rhum jusqu’à la forteresse britannique en passant par des bars de village où il fait bon boire des verres de rhum over-proof tout l’après-midi avec des Noirs à l’oeil injecté de sang. Le soir je lis, la madame qui m’héberge a un livre sur les pirates, un magnifique tome relié en cuir, et j’y lis le plus d’histoires possible avant de m’en aller. Évidemment, je prends pour les Français et je me régale de leurs victoires, mais faut avouer que Sir Francis Drake est un marin de génie et un méchant badass.

Le jour arrive et Terry, le gars du bateau, me dit de le rencontrer à la marina. Il est pas dur à spotter, pas juste parce qu’il est blanc, mais aussi parce qu’il est grand, maigre et a des cheveux gris-blonds mi-longs tout dépeignés. Il a l’air excentrique auquel on peut s’attendre d’un dude qui vit sur un bateau.

Son voilier est pas à la marina, vu que ça coûte cher de le parker là, il est plus loin dans la baie. On embarque dans un petit you-you gonflable à moteur pour s’y rendre, et même de loin on peut voir lequel de la vingtaine de bateaux ancrés est à lui, c’est le plus petit. Une fois rendu dedans, c’est quand même surprenemment spacieux, avec une table pouvant asseoir six personnes, une cuisinette, et dans le fond, une couchette de chaque bord.

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Terry est originaire d’Afrique du Sud et vit sur son bateau à temps plein depuis 8 ans, gagnant sa vie avec des petites jobines comme réparer les voiliers des autres et transporter des marchandises d’une île des Caraïbes à une autre. Des fois aussi, il relocalise un voilier, genre quelqu’un lui paye un billet d’avion jusqu’à Sydney, il emmène le bateau du gars jusqu’en Méditérannée, et se fait payer 2$ du kilomètre parcouru. Ce genre de choses m’intéresse énormément, quoique bien sûr je romantise la chose à mort et je vois juste le positif, la sensation de liberté et la possibilité d’aller voir des places où on peut pas se rendre en avion. Mais évidemment que traverser l’océan en solo, comme il a fait plein de fois déjà, est au mieux plate à mort, et au pire dangereux et épeurant. Il me conte comment des fois il se passe 4 jours où il dort pas, ou alors il peut juste prendre des siestes de 10-15 minutes avec une alarme, quand il traverse des bouts où ça brasse.

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En après-midi on va ramasser un autre passager, Terry me dit de pas lui dire que je suis un CouchSurfeur. Habituellement il charge 25 piasses par nuit aux gens qui le contactent via AirBnB ou autres plateformes, moi il me laisse crécher gratuitement parce que je suis un membre actif de CS et que j’ai plein de références des gens que j’ai hébergés. L’autre gars est un Allemand, cordial et de conversation intelligente mais avec zéro sens de l’humour, comme beaucoup de gens de ce pays. Ou peut-être que mes jokes sont juste particulièrement pas bonnes ces jours-là.

On lève l’ancre, et drette là je me rends compte que c’est de la job en esti un voilier. Et on est trois! D’habitude il est seul, courant d’un bout à l’autre du bateau. Terry me dit que les voiliers de riches ont un winch électrique, mais le sien, faut que je monte l’ancre à la main en tirant sur une chaîne toute gluante jusqu’à temps que j’aille le dos et les bras en feu. Après ça, il faut mettre les voiles, bien sûr que l’Allemand et moi on y connaît rien mais Terry nous donne des instructions à mesure, ça implique pas mal de sauter du toit au pont et vice-versa, de tirer sur des cordes, et de rouler et d’attacher des grosses toiles.

Bien vite on est en dehors de la baie, sur la côte ouest de l’île de Grenade (en fait je dis l’île, mais le pays qui s’appelle Grenade en a trois, une grosse et deux petites où chus pas allé) avec le vent dans le dos. On peut respirer un peu, quoique des fois Terry, tenant le gros volant de marin en bois, nous lâche un call et il faut ajuster la voile.

Finalement on arrête à un spot où on peut plonger, avec des masques et des tubas. Peut-être 10 mètres dans le fond, on voit des coraux, des poissons multicolores et des tortues, et bizarrement, des statues qui ont été dompées là. On penserait que c’est un accident, mais les statues sont debout, et certaines sont placées en cercle. Vraiment étrange, vu qu’on est pas mal loin des plages et un peu dans le milieu de nulle part. Mais vous savez que j’aime les endroits étranges.

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La deuxième journée est bien agréable aussi, on va déposer l’Allemand, faire l’épicerie, et ramasser deux Américains pour quelques heures, et on va à un autre spot de plongée. Le matin de mon départ, après avoir déjeuné, Terry me demande d’aller lui acheter du pot.

“Euh pardon? Où? Comment?”

“Prends le kayak, et va direct par là, tu vois les maisons au travers des arbres? C’est un village, une fois rendu, demande pour Robert. Tout le monde va savoir pourquoi t’es là.”

Je trouve ça plutôt comique comme mission, j’accepte. Il me donne 20 piasses, et je m’élance dans les vagues avec le kayak. Arrivé sur la plage, deux gars du coin sont assis sur un tronc, se passant un batte, défoncés à souhait.

“T’es là pour Robert?”, me demande l’un d’eux en anglais avec son gros accent de rasta. J’imagine je suis pas le seul bonhomme blanc qui vient au village, avec tous les bateaux ancrés à côté.

Je monte la côte, et Robert est là, à la fenêtre de sa maison, comme le service au volant d’un Burger King. Même sans me l’être fait décrire, je sais immédiatement que c’est lui, un colosse avec des bras de la grosseur de mes jambes. La transaction se fait rapidement, puis je retourne à la plage, en espérant que les deux poteux aient pas volé mon kayak.

Arrivé au voilier, Terry reçoit la cargaison, puis en roule un gros. Il m’en offre, mais je prends l’avion peu après alors je décline poliment.

Une bien belle expérience. Peut-être qu’un jour moi aussi je vais vivre sur mon bateau, quoique ma copine un peu peureuse semble pas avoir ça comme priorité de vie.

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Mon litte

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