C’est presque un stéréotype que beaucoup de voyageurs avides ont visité plus d’endroits à l’étranger que dans leur propre pays, et je fais pas exception en la matière. Là j’ai commencé à y remédier, avec un voyage de six semaines de cyclotourisme qui m’a emmené dans les cinq Provinces Maritimes (incluant le Bas-St-Laurent et les Îles-de-la-Madeleine), sur lequel je vais écrire un compte-rendu détaillé dans les semaines à suivre, après que j’aie fini avec le récit de la Colombie. Mais là, v’là une petite interlude toute fraîche, relatant le dernier weekend:
J’avais jamais vraiment été au Saguenay, à part un après-midi à Chicoutimi il y a 6-7 ans de ça, sans y passer la nuit, pour aller assister à un show de Bad Religion et revenir à Québec le soir même. Ça faisait un bout que j’étais en contact virtuel avec Georges, musicien de grindcore et mélomane invétéré qui participe parfois comme moi aux podcasts hebdomadaires de Metal Minded. Il vantait la beauté de son coin de pays, et je me disais qu’il faudrait bien j’y aille un de ces quatre. Puis, la semaine passée, il a partagé sur les réseaux sociaux une affiche de concert qu’il organisait, avec son propre groupe, l’excellent et vitriolique Chadhel, et les nouveaux venus plein de hype qui sont S.O.I.F. Excellente occasion de faire d’une pierre plusieurs coups!

Je me rends donc à Chicoutimi avec un Amigo Express, et Georges vient me chercher. On se fait un bro hug commémorant notre première rencontre en chair et en os et en barbe, mais alors qu’on roule vers La Baie, c’est comme si on se connaissait depuis longtemps, à cause de nos nombreux échanges (et astinages bon enfant!) sur internet.
Il amorce la descente de la côte vers la proverbiale baie et j’interromps la phrase que j’étais en train de dire, tellement je suis époustouflé par la vue devant moi. Plus beau coin j’aie vu au Québec?! Trop de recency bias pour l’affirmer sans aucun doute, mais en tout cas, fuck que c’est beau. Carolanne, sa conjointe, dira que même si elle est née et a grandi là, la vue à l’approche de la baie et du fjord l’émeut toujours. On dirait la Norvège!

On dépose mes choses puis on va faire un tour jusqu’à Grande Baie, où on achète des bières de micro locale de qualité et on va sur le long quai avec une vue à 360 degrés vers la baie et les montagnes qui l’entourent. Georges le raconteur né me raconte des histoires sur telle et telle place aux environs, avec son érudition, son sens de l’humour et aussi son accent pittoresque que tous les habitués du podcast connaissent bien. Puis on va chez eux et ils me nourrissent comme un roi, avec poulet rôti entier et côtes levées cuites sur le barbecue extérieur. Puis on passe une soirée relaxe et arrosée à écouter de la bonne musique, surtout du hip-hop de la vieille école, style dont on est bin friands les deux. Il est encore plus difficile que moi!
Le lendemain, après un énorme déjeuner, toute la gang ainsi que leur gentille chienne Foxy on va se dégourdir les jambes et on grimpe une colline surmontée d’une croix, via une trail dans le bois qui est bien populaire mais quand même une belle escapade en forêt. La vue d’en haut est folle, surtout grâce aux nombreuses teintes dans la forêt moitié conifères et moitié feuillus. Un arrêt à la renommée Fromagerie Boivin pour un ti-sac de crottes sur le chemin du retour conclut cette première moitié de journée.

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Après un peu de repos à la maison, on se rend à Chicoutimi et on rejoint les autres membres de Chadhel pour paqueter la vanne, cette tâche qui afflige tous les groupes qui s’apprêtent à jouer un concert. Vu que c’est un show local, ils ont pas à y aller fou et utiliser judicieusement chaque pied cube dans la camionnette comme quand ils se rendent à Montréal mettons, et que tous les quatre voyagent ensemble. On se rend au Bar à Pitons, à quelques minutes de là, une vieille maison historique dont le sous-sol est une minuscule salle de spectacle. Supposément ils ont agrandi, mais ça reste assez exigu.
Les autres groupes arrivent, et ils font ce qu’ils ont à faire. Moi je me prends une bonne bière et pique des jasettes dehors autour du feu de camp. On va manger à un resto Tex-Mex, je suis bien amusé par tous ces sympathiques Saguenéens qui souffrent même après avoir commandé des burritos “doux”, alors que Simon le Trifluvien et moi on a demandé tous les extras épicés. Puis on retourne à la salle, et vers 21:20, SENSELESS STRIFE prend la scène. Il s’agit d’un duo de grindcore frénétique à la Agoraphobic Nosebleed, composé d’un vocaliste, d’un guitariste et d’un drum machine programmé à fond la caisse, avec des BPMs allant jusqu’à 300, 400, voire même 666! Pas pour tout le monde, même chez les fans de blast, mais il y a quand même juste assez de groove pour que ce soit pas juste du bruit et j’ai bien aimé.
Le guitariste Bédaine fait un shift double, avec son autre groupe DEADCOLD oeuvrant dans le hardcore noirci. Bon stock, un groupe versatile dans plusieurs tempos et mélangeant bien les hooks et passages à pit du hardcore avec des séquences blasts et des vocaux typiques au black metal.

Puis c’est S.O.I.F, groupe de thrash crossauveure (heille on est au Saguenay ou pas) de Québec. Les membres sont tous dans la quarantaine et des musiciens d’expérience dans la scène mais le groupe est un p’tit nouveau, ayant juste sorti le Violent Drinking Demo il y a quelques mois avec un impact assez substantiel vu le style rare en terre québécoise, l’exécution sans flafla, et le sens du party qui imbibe leurs riffs telle la bière flatte renversée par un saoulon qui imbibe une guénille de barman de taverne louche. J’ai adoré ces cinq tracks et j’ai donc bien hâte de voir de quel bois ces zigotos se chauffent. Hé bien… c’est absolument malade et ça dépasse mes attentes déjà assez hautes! Le quatuor nous garroche une bonne douzaine de pièces D.R.I.-worship, avec un côté encore plus sale venant surtout du batteur ayant joué dans les formations de grindcore Mesrine et Ear Maggot, et l’apport en bière, dont le vocaliste tient toujours une pinte en main et le micro dans l’autre. Le relatif petit nombre de spectateurs et une grosse crisse de colonne en métal non paddée en plein milieu du parterre font qu’il n’y a pas de mosh pit malgré la nature entraînante de la musique, mais quand ils jouent True Colors, un cover de M.O.D, ça s’emballe et un circle pit part autour du poteau, que certains utilisent pour virevolter comme dans un bar à totons.

CHADHEL commencent à se faire un nom dans le monde niché du grindcore, grâce à leur travail d’arrache-pied, leur participation à des festivals virtuels covidiens et leurs splits avec des groupes européens établis genre Eastwood et Jack. J’aime tous leurs releases et j’apprécie énormément leur apport à la scène québécoise de metal extrême en général, et j’ai donc bien hâte de les voir depuis longtemps. Ça garnotte en tabarnak et un moment donné il faut que je me tasse si je veux pas recevoir la tête de basse de Jean-René dans la tronche, tant le barbu bouge de manière frénétique à la lisière du petit stage. Pendant ce temps, Georges nous livre une pelletée de riffs techniques et variés, Yannick s’époumonne comme un déchaîné et se lance dans la crowd, et Frédo blaste à toute vitesse. Excellent set de grind comme on les aime, j’en aurais pris quelques minutes de plus mais ils gardent leurs sets short and sweet et à l’intensité maximum.

Excellent show donc, et un gros merci à Georges pour le traitement VIP dont j’ai profité, avec entrée gratis, ses jetons de bière, et un t-shirt qu’il a refusé de me laisser payer! Je serai éternellement reconnaissant.
Merci pour ton article! Très apprécié!
Bruno de Deadcold.
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Un ÉNORME mercii 🫡🤘🏼
P-o Deadcold Vokill
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