Bergen

Je voulais vraiment aller à Bergen, cette ville sur la côte ouest de la Norvège. Au diable que le billet d’avion soit pas donné, et que rendu là on m’avait dit que tout coûte effroyablement cher, c’était une destination de rêve depuis un bout.

Donc j’atterris à leur petit aréoport et je prends le bus à la pluie battante. Ce sera pas mal un thème pour toute la durée de mon séjour, Bergen reçoit entre 275 et 300 jours de précipitations par année. Mais on est en août et vu que c’est la ville la plus au nord où je suis jamais allé, il fait clair longtemps en maudit. J’ai checké, Bergen est à 60 degrés nord, 7 de plus que le village Cri de la Baie James où j’étais allé avant!

J’ai pas réussi à trouver d’hôte de CouchSurfing, donc je me rabats sur un lit d’auberge qui me coûte quasiment 50 fucking piasses, dans un dortoir. Le Danemark avait pas été très doux sur mon budget de crève-faim, mais là va falloir faire des méchants sacrifices. Première étape, le marché touristique, où je me rends compte avec une petite pointe de joie que les vendeurs donnent des échantillons. J’ai juste à marcher lentement avec un air semi-intéressé et des gens me donnent un morceau de saumon ou whatever. Après une douzaine d’échantillons, c’est quasiment un repas. Je goûte à la viande de baleine pour la première fois, c’est assez bizarre, on dirait un mélange de poisson et de steak.

Puisque j’ai pas d’imperméable, j’ai volé un sac de vidanges heavy duty à l’auberge et fait un trou pour la tête et deux pour les bras. Ça marche à moitié, et je suis tout trempe pareil. Je me promène de rue en rue quand même, autour du port, le long des vieilles maisons à façade en bois, et je monte la colline qui surplombe la ville, une pas pire montée. Les touristes paresseux et/ou riches prennent le funiculaire, moi je suis pas mal le seul sur le sentier de piétons.

Je vais m’informer au bureau touristique, et je vois qu’ils ont des croisières dans les fjords qui sont sérieusement pas si chères, à 70 piasses environ. J’achète un billet pour le lendemain.

Puisque je suis bin trop pauvre pour aller au restaurant, je me rends à l’épicerie, où j’achète des légumes qui se mangent crus, un petit saucisson et un paquet de tortillas. Ça revient quand même cher mais hey faut je mange. La fille qui scanne mes items est une jolie musulmane avec un foulard, je lui demande par curiosité combien elle est payée. Elle rougit un peu, hésite, et quand je lui dis “Je suis juste un peu curieux, je viens du Canada et c’est ma première journée en Norvège” elle me dit 105 kroner de l’heure. Batarnak. 21 piasses canadiennes. Être né en Norvège ou y avoir immigré c’est le jackpot, j’imagine comment bandés mes chums norvégiens sont quand y vont dans le reste du monde dépenser l’argent qu’ils ont gagné chez eux, heille, l’Espagne pour eux doit avoir le même effet que la Thaïlande pour moi.

La croisière dans les fjords dure quatre heures au total. Le bateau longe les quais de la ville, et on entre dans une vallée assez impressionnante, avec des sommets qui sont hauts en maudine. On est chanceux aussi, pendant un petit bout c’est l’accalmie et on peut sortir sans se faire chier par la pluie.

De retour à Bergen, il y a un genre de festival de vieux voiliers, des gros boats du siècle passé à plusieurs mats sont alignés le long du quai, certains venant de loin. Sous une grosse tente, j’assiste à un show où divers équipages chantent des tounes de marins. Bin, eux ils sont sous la tente, moi je suis dehors à la pluie avec les péquenots, une grande majorité avec des estis de parapluies qui bloquent ma vue et passent constamment proche de me popper un oeil, et certains morons prenant des photos avec leur iPad question d’obstruer la vue des autres encore plus, une nouvelle technologie assez déplaisante en cette année 2008. L’équipage norvégien nous montre une chanson à répondre en leur langue et une en anglais, les Mexicains ont des guitares avec eux, mais les plus cool sont les matelots de l’Oman, qui ont enfilé des froques blanches arabes et sautent sur place sur un rhythme endiablé joué par un d’eux avec un gros tambour.

En repassant par l’info touristique, je tombe sur un babillard pour des chambres à louer au mois ou à la journée, et ça revient moins cher que l’auberge. La fille au comptoir appelle le numéro, et grâce à son aide je me ramasse dans un petit appartement vieillot, où une madame me montre ma chambre minuscule et avec juste un lit dur dedans. Ça fait mon affaire pareil. J’ai des colocs, un Estonien avec une coupe Longueuil et une fille d’un pays de l’est quelconque qui parle pas trop anglais, assis dans le petit salon, ils sont là pour leurs études. Et puisqu’on a une cuisine, je peux me faire un repas chaud, ce qui est crissement le bienvenu après m’être fait tremper jusqu’aux os. Je repasse à l’épicerie et j’achète de quoi de me faire des tacos, vu qu’il me reste des tortillas du paquet jumbo que j’ai acheté la veille.

Une autre chose sur ma liste est un genre de pélerinage, si j’ose dire. Je suis un fan de black metal, et une grosse partie de l’élite de ce sous-genre musical strident vient de cette ville. La scène black metal norvégienne des années 90 est assez controversée, avec positions politiques d’extrême-droite, musiciens qui tuent leurs chums, et brûlages d’églises. Disons que je suis pas trop trop down avec ce genre de choses, et que c’est le genre de dilemme qui passe par la tête à pas mal d’amateurs de ce style, pour ce qui est de séparer l’art de l’artiste. Reste que je suis pas mal fébrile d’être ici.

J’ai jamais été fan de Varg Vikernes, le maître à penser de Burzum, responsable pour ces incendies, mais je voulais aller voir la reconstitution de l’église ancienne qu’il a détruite en 1994. Elle est en périphérie de la ville, j’ai pris l’autobus et marché sur un sentier de forêt jusqu’à temps que je la trouve. C’est un building assez magnifique, tout en bois, et supposément que ce style d’architecture date d’avant que le christianisme arrive en Scandinavie. Ça a fait que pas mal de figures importantes du black metal, même parmi ceux qui peuvent être un peu désaxés, ont condamné le brûlage d’églises.

Le soir, je me rends dans un bar où les légendes du black se tenaient dans le temps, et y viennent encore parfois. La musique qui joue est du beau gros rock, et le mur est couvert de cadres avec des photos d’Immortal, Satyricon, Gorgoroth, tout ça. Ma bière me coûte un gros 14 piasses et c’est une pisslager avec peu de goût, j’en prends juste une et je la tète longtemps.

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