Angola 2026

L’Angola avait, jusqu’à il y a pas si longtemps, une des pires réputations. Le pays entier était une triste kleptocratie, où les milliards de dollars générés par l’exploitation pétrolière se ramassaient tous dans les poches de quelques-uns, et les touristes y allaient pas, le pays étant un obstacle majeur pour tous ceux qui veulent se taper une route overland du nord au sud du continent. Quand j’ai commencé à voyager, vers 2006-07, c’était quasiment impossible d’obtenir un visa de tourisme, et même si c’était un slum absolu pas encore remis de sa sanglante guerre civile, Luanda avait la bizarre réputation d’être la ville la plus chère au monde, avec des chambres d’hôtel à 500$ et des soupers (médiocres) à 120$. Le seul gars que je connaissais qui y était allé travaillait dans l’industrie du pétrole, et il me disait que c’était ultra-dangereux même le jour.

Mais là, ça fait un an ou deux que je lis des histoires de gens qui sont allés et ont vécu une excellente expérience, alors ma curiosité est allumée. Le pays semble vraiment avoir fait un 180, ou peut-être un 165, parce que tsé, on est encore en Afrique sub-saharienne. D’abord, pas de visa requis, ce qui est crissement bien, et un gros contraste avec beaucoup de pays africains voisins. La procédure d’entrée prend à peine une minute, le gars étampe mon passeport et il demande même pas pour mon certificat de fièvre jaune (qui est expiré depuis 2023, mais heille, un 3 devient un 8 assez facilement).

CHAPITRE 1 – LUANDA

Je débarque d’un long vol Prague-Porto-Casablanca-Luanda, qui a occupé une bonne partie de la journée et de la nuit, en plus d’avoir pas encore récupéré du festival Obscene Extreme, alors je suis brûlé. Pour cette raison, et parce que je connais pas le pays, et pour maximiser mon unique journée dans la capitale, j’ai engagé un chauffeur nommé Sapalo, et je l’aperçois, un monsieur avec une barbe grise tenant une feuille avec mon nom dessus dans le hall d’arrivées. Sur Whatsapp on se parlait en anglais (il m’appelait Your Excellency), mais quand je le salue d’un “Bom dia” il répond “Ah, tu parles portugais?” et ainsi commence un séjour de 9 jours où je n’entendrai ni ne parlerai un seul esti de mot d’anglais. Ça fait mon affaire: j’ai appris le portugais avec mes quelques mois au Brésil, et c’est une langue bin le fun à baragouiner, en plus j’haïs assez ça quand un moron me répond en anglais si je suis capable parler sa langue, or, comme au Brésil, en Angola on dirait que personne parle anglais.

Je passe au guichet, j’achète une carte sim, et quand je dis que j’ai soif, Sapalo m’achète une bouteille d’eau. What the fuck?! Un Africain qui m’achète quelque chose?! Ouin, je le rémunère assez bien pour la demi-journée de conduite à venir, mais l’argent va d’habitude toujours dans la même direction, du blanc au noir, comme l’ouverture d’une game d’échecs.

J’ai donc une bonne première impression du peuple angolais, de leur aréoport flambant neuf, et aussi de la route, en excellent état, alors qu’on roule l’interminable 50 kilomètres qui nous sépare de la ville. On jase du pays, de son histoire, des changements récents, des prospects futurs. Ça semble assez optimiste, comparé à d’autres pays d’Afrique au point mort perpétuel ou en régression inexorable, surtout que l’Angola s’est décolonisé sur le tard et a eu des périodes très instables depuis. Beaucoup de panneaux sur l’autoroute sont de compagnies chinoises, le gros Pays Jaune investit massivement dans des projets d’infrastructure en Afrique et l’Angola est un de leurs plus gros partenaires. L’aréoport lui-même m’avait frappé, à quel point c’est une copie identique à ceux auxquels chus habitué en Chine.

On passe d’abord par la station de bus, pour que j’achète un billet pour le lendemain. La compagnie a un site internet et il y a moyen d’en acheter un en ligne, mais la seule méthode de paiement est Multicaixa, le système bancaire local, pas moyen d’utiliser une carte de crédit. La station de bus est grosse et moderne, le gars derrière le comptoir porte une chemise blanche repassée avec le logo de la compagnie et me vend un billet imprimé en une transaction qui dure 45 secondes, coudon, chus-tu vraiment en Afrique moé là là?!

Ensuite Sapalo bifurque vers le sud, et on sort de la ville pour rouler une quarantaine de kilomètres vers le Miradouro da Lua. Il faut juste payer 500 kwanzas à un garde (divise par 1000 pour des dollars US; donc, 50 cennes) pour le stationnement, sinon, wham, site à moi tout seul. Ce sera un thème pour le reste du voyage: l’Angola regorge de superbes sites touristiques naturels, mais à chaque fois j’y vais, je suis le seul touriste.

D’un plateau à quelques dizaines de mètres en haut de la mer, j’ai une vue folle sur les formations de calcaire en contrebas, qui me font penser à la forêt de roche de Madagascar, en un peu moins impressionnant quand même. Il y a plusieurs places sur la crête d’où je peux profiter du paysage, ce serait très cool de pouvoir descendre et m’y promener. Il y a un chantier à côté, des Chinois sont en train de construire un escalier et un téléphérique, question de développer le site pour le futur.

Puis on va au musée de l’esclavage, un petit blockhaus blanc sur une colline au bord de la mer, ancien poste militaire colonial. C’est pas super grand et les panneaux sont juste en portugais, je fronce les sourcils pour déchiffrer tout ça, reste que c’est assez informatif et ça me coûte encore une fois moins qu’une piasse. J’apprends notamment que l’Angola était la plus grosse source d’esclaves africains pour le Nouveau Monde et de loin, plus que le Sénégal et le Ghana combinés. Et pas juste pour le Brésil; 60% des Africains arrivés enchaînés en Caroline du Sud viennent de là.

De retour dans le char, Sapalo mentionne qu’il a habité au Congo pendant 7 ans quand il était militaire, et il parle donc un français impeccable. On jase à moitié en cette langue pour le reste du trajet. Je fais la remarque que même si Luanda semble assez prospère, il y a juste beaucoup trop de monde, partout où on passe il y a des centaines de gens paquetés sur le bord de la route, attendant l’autobus. Faire beaucoup d’enfants fait du sens si tu es fermier et as besoin de labeur, ou alors dans le passé pas si lointain avec une haute mortalité infantile, mais là les enfants survivent en grand nombre et les gens des villes se ramassent avec des bouches extra à nourrir et du monde qui se font laisser en arrière quand vient le temps de trouver de la job. Sapalo hoche la tête et approuve, l’Afrique aurait besoin d’une loi limitant les naissances, une des choses qui ont sorti la Chine du Tiers-Monde.

On arrive au centre-ville moderne de Luanda, où on peut voir des assez grands buildings, pas tout à fait des gratte-ciels mais presque, et plein de gros cossins chinois en construction, je suis amusé de voir un secteur de ville qui s’appelle “Nova Jiangsu”, je me demande si on va commencer à voir de plus en plus de choses de ce genre, avec l’influence et l’immigration chinoises sur le continent. Même si c’était pas dans le plan, Sapalo m’emmène à l’Ilha (l’île) qui est en fait une péninsule reliée au reste de la ville par un isthme assez mince. À gauche, il y a une plage de plusieurs kilomètres de long, mais là elle est déserte vu qu’on est lundi et aussi il fait frisquet, c’est leur hiver. On arrive au bout, où il y a des sculptures de sable et une vue sur le centre-ville, puis il m’emmène à mon auberge.

J’avais dit dans le compte-rendu sur le Mexique que je dormirais pus jamais dans un dortoir avec des gros plein d’soupe qui ronflent et des morons qui chiffonnent des sacs de plastique à 6 heures du matin; je réserve quand même un lit de dortoir qui coûte le tiers du prix de la chambre privée, prenant le pari que je serai le seul occupant. Bingo! Je me douche et fais une bonne sieste.

En fin d’après-midi, je sors et je marche sur la route principale un bout, avant d’embarquer dans un candongueiro, le genre de minivannes qui servent de transport en commun. Ils les appellent aussi les azul e branco, à cause qu’ils sont bleu ciel et blanc. Au bout de la ligne, je continue de marcher. Je suis sur mes gardes, on m’a dit que Luanda c’est sketch, mais il est 16h30, il fait clair, c’est noir de monde (huhuhu), et personne m’achale, en fait personne me regarde. Le centre-ville alterne entre vieille architecture portugaise, cubes de béton qui s’effritent, et buildings en verre modernes mais commençant déjà à dépérir, et c’est assez sale, avec des grosses flaques et des vidanges partout.

J’arrive à la Fortaleza, la forteresse beige assez imposante, et je commence à grimper la côte. Un soldat me dit que c’est fermé vu qu’on est lundi, il dit je peux monter et regarder le paysage, mais pas entrer. Je prends des photos du skyline, j’en ai pas vu de pareil en Afrique à part à Addis Ababa.

Puis je descends vers le centre d’achats, et j’essaie leur application Yango, un genre de Uber, que j’ai téléchargée. Peu après, un jeune gaillard me ramasse avec son petit char, et m’emmène à l’Isla, à un resto que Sapalo m’a suggéré. Je peux le payer cash, et ça coûte presque rien. Ces applis sont merveilleuses pour le fait de pas avoir à dealer avec des estis de sacraments de vermines de chauffeurs de taxi véreux et racistes, et je suis très content qu’elles existent.

Avant d’aller au resto, je m’assis sur un muret de béton et je regarde des petits gars jouer au soccer sur la plage. Ils ont des uniformes, Estrela FC contre les Corinthians (comme l’équipe de São Paulo), et des arbitres, et ils jouent mauditement bien. Un avant-goût pour la game de la Coupe du Monde qui s’en vient à 20h. Un moment donné il faut que je me déplace, le vent de mer apporte trop d’odeurs écoeurantes de vieille pisse. J’ai rien contre l’urination publique en tant que tel, je pratique moi-même souvent cette activité, mais j’essaie au moins de le faire là où il y a des arbres. J’aime voyager en Afrique, et j’encourage aux autres à essayer, mais je vais pas enrober ça de sucre non plus, il faut une tolérance (ou un amour masochiste?!) pour la tiersmonderie, et une de ses manifestations est que pas mal de monde pisse un peu partout, dû au manque de toilettes publiques et de civisme aussi.

Et parlant d’odeur de pisse, quand j’avais demandé à Sapalo quelle est la spécialité culinaire locale, il m’avait répondu “la mouffette”, ce qui m’avait pris au dépourvu et fait faire une grosse grimace, surtout qu’on parlait en français à ce moment-là. Il continue “Oui, la mufete, c’est un poisson grillé avec une sauce au vinaigre, accompagné de manioc et de frites”. Ah OK. Et c’est ça j’essaie, la fille emmène un bac avec des gros poissons et me dit d’en choisir un, et 15 minutes après elle me donne mon assiette. Pas pire pantoute.

Je retourne en Yango, et je regarde Portugal vs Espagne au bar sur le toit de l’auberge. Je suis le seul client, les autres sont les employés, et ils prennent fort pour le Portugal, même si au musée de l’esclavage et en ville j’ai vu plusieurs statues et plaques commémorant les guerres d’indépendance contre ce pays, de mémoire vivante. Il semble pas y avoir trop de sentiment anti-portugais en 2026, après tout beaucoup d’Angolais vont y vivre où y travailler, j’en avais croisé quelques-uns durant ma courte visite dans ce pays l’an passé. À quelques rues de là dans la grosse favela où l’auberge est située, il y a du monde en train de regarder la game aussi, et on doit être désynchronisés un peu parce qu’on entend les “OOOH!!!” un peu d’avance quand il y a un tir au but. Je considère aller les joindre à la mi-temps mais je me dis que chus assez bien où je suis.

Le lendemain, je mange le déjeuner inclus et je me rends à la station de bus. Je vois ils ont des pão de queijo, mon snack brésilien préféré, et j’en achète un sac même si c’est bin plus cher que les pâtisseries locales. J’imagine ils les importent congelés, comme moi en Chine. Le bus part quasiment à l’heure, est vieillot mais en bon état, et à part le fait qu’il arrête bin trop souvent, le trajet est assez bas sur l’échelle de la tiersmonderie, toutes choses considérées. La route est asphaltée tout le long à part un bout en construction, ouin il y a des beaux gros nids de poule, mais compare ça à fucking Madagascar, où ça nous a pris une journée entière pour couvrir 200 kilomètres. On arrive à Cacuso en fin d’après-midi, après six ou sept heures à lire ou écouter des podcasts.


CHAPITRE 2 – CACUSO

“Calandula Calandula Calandula!”, beugle un adolescent à côté d’un char stationné où l’autobus nous dépose. Oh, c’est là je compte me rendre, peut-être j’aurai pas à attendre au lendemain? Bin cette fois on a affaire à de la vraie-de-vraie tiersmonderie, le char qui part juste une fois plein, ah, mon bon vieil ami. J’attends 15 minutes puis je décalisse à pied. Au diable, j’irai demain. Je pogne une chambre dans un hospedaria attaché à un restaurant, et je vais prendre une petite marche avant de souper. C’est pittoresque et cute, avec quelques murales et des buildings colorés.

Le restaurant a un buffet, ce qui est bien, vu que ça peut être gossant des fois d’être sur le “Africa time” quand tu as faim, et là j’ai pas trop besoin d’attendre. Je bourre mon assiette de spaghetti, de riz, de fèves blanches, de ragoût de boeuf et patates, et de racines bizarres. Je regarde la game de soccer; d’habitude je suis pas ce sport pantoute, mais durant la Coupe du Monde c’est nice et ça fait de quoi à faire, surtout de passage dans un pays où ça fait partie de leur culture. Une gang d’Africains sont là et gueulent fort à chaque fois il se passe de quoi, et c’est tout un match, après 75 minutes l’Égypte mène 2-0 et semble être sur le point de renvoyer les Argentins chez eux, mais Messi et sa gang en scorent trois en 15 minutes, les estis.

Pour me rendre aux chutes de Calandula, je prends un moto-taxi, même si c’est à 50 kilomètres au nord. Le gars roule assez vite, sur une route déserte et toute neuve, décidément elle est impressionante leur infrastructure, ces Angolais. Il faut je mette mon imperméable, mon foulard et mon bandeau de tête, parce qu’il fait pas chaud, assis comme passager sur une moto à 70 km/h comme ça. Rendus là, plusieurs guides avec des cotons ouatés jaunes m’abordent. Vu que l’entrée du sentier est avant le stationnement, je pourrais techniquement faire mon gratte-cennes et descendre sans guide, mais je me dis que leur industrie touristique est tellement minuscule que je peux bin leur filer un peu d’argent, alors j’engage Fernando et Joachim. Ils sont bin gentils, et en plus ils m’aident à trouver le meilleur chemin une fois en bas, avec les roches irrégulières et glissantes. Ils parlent aussi de la faune et flore de la place, et la culture des gens qui habitent pas loin et qui vivent surtout de pêche.

On traverse le torrent avec un petit canot, puis on remonte jusqu’à l’hôtel des chutes, qui est luxueux en maudine, les chambres coûtent 300$ la nuit ou tu peux dormir dans une tente pour 100$. Je suis bin mieux à Cacuso à faire un aller-retour, avec ma chambre qui me coûte 14$. Il y a deux Allemands au belvédère, Fernando leur propose de faire le même tour que moi, et il faut que j’aide à traduire. Traverser la rivière de nouveau, en haut des chutes, implique d’enlever nos souliers et de marcher dans l’eau aux genoux ou plus, et c’est pas facile avec le courant. Les chutes de Calandula sont magnifiques, les plus cool j’ai vues de toute ma vie.

Je retourne à Cacuso en moto, dans une campagne verdoyante et valloneuse. Pour dîner je mange juste une boîte de sardines que j’achète dans un dépanneur, le tenancier est arabe, je lui demande d’où il vient, il est mauritanien, et donc il parle français. Je remarque que pas mal tous les dépanneurs ou petites épiceries où j’ai arrêté à Cacuso sont tenus par des Arabes, mais ce sera pas le cas ailleurs au pays.

Au stand à moto-taxis, un pick-up de police arrête et ils engueulent un des conducteurs, aucune idée pourquoi. Puis ils me voient et demandent assez bêtement où est mon passeport, je réponds dans la chambre. Quand j’ai fini d’arranger un transport avec un des moto-taxis et qu’on se met en route, on passe devant mon hôtel, et je vois un des boeufs qui entre. Shit, j’espère il ira pas dans la chambre voler mon passeport et mon stash d’argent liquide. Je les ai cachés, mais j’ai aucune idée de comment sont les policiers ici. Ils s’avèrent honnêtes et professionnels, bien qu’un peu impolis, de mon expérience et celle des Angolais à qui je parle.

Ma destination pour l’après-midi: les Pedras Negras, une autre superbe attraction naturelle dans le coin de Cacuso et Malanje. Ce sont des gros monolithes de roche au milieu de la savane autrement assez plate, je suis hypnotisé quand on commence à les voir à l’horizon, et encore plus quand on arrive et que je peux en grimper un. Quand même assez fou que deux sites comme ça, complètement différents un de l’autre, existent les deux aussi proche de Cacuso, ça vaut le détour.

Mon chauffeur de moto filme un vidéo avec son téléphone, je l’entends dire “chus ici en train de guider un Brésilien” et je suis confus une seconde, avant de le prendre comme un compliment. Même chose de retour en ville, une gang de grosses madames souriantes en robes colorées en train de paqueter de la farine de manioc m’interpellent avec “Oi, Brasileiro!” et je vais leur jaser un peu avant d’aller au salon de barbier me faire trimer les cheveux et la pilosité faciale.

CHAPITRE 3 – RETOUR À LUANDA

Je retourne vers Luanda comme passager dans un pick-up, ce qui coûte juste un peu plus cher que le bus, va beaucoup plus vite, et c’est plus facile de faire en sorte que le gars arrête et me dépose à un hôtel proche de l’aréoport. C’est un peu dans le milieu de nulle part, mais ce serait idiot d’aller virer jusqu’à Luanda et avoir à revenir le lendemain pour prendre l’avion, je vous rappelle que le nouvel aréoport est à 40-50 kilomètres de la ville.

Alors je me repose un peu, et en fin d’après-midi je vais prendre une marche. La rue perpendiculaire à l’autoroute est en sable, dans un quartier pas riche-riche de petites maisons en béton et en tôle ondulée. Éventuellement ça traverse une track de chemin de fer, et ça redevient pavé, avec quelques usines chinoises. J’imagine que ça emploie pas mal de gens du quartier. Les adultes m’ignorent ou me saluent quand je passe à côté, mais les enfants semblent assez émoustillés par ma présence: un garçon de cinq ans me pointe et dit “Chinês! Chinês!” en tirant ses yeux vers ses tempes, avant qu’un autre petit gars lui dise “Não! Ele e branco!” (Y est pas chinois! Y est blanc!), ce qui me fait rire en tabarnak.

Je veux pas revenir par la même rue exactement (backtracking is a crime) mais j’hésite à m’engager dans une rue perpendiculaire du quartier, pas que j’aie peur que ce soit dangereux ou rien, juste que les rues sont étroites et j’aurais l’impression d’être un peu voyeur à marcher aussi proche de leurs taudis comme ça. Finalement j’y vais, et je semble être le bienvenu, à voir les signes de têtes et les “Boa tarde” que je reçois. Une gang de petits gars jouent au soccer, avec un vieux ballon tout dégonflé, je le kick allègrement avec eux pendant un bout, ce qui déclenche l’hilarité générale, avec de plus en plus de petits gars qui se joignent. J’aimerais leur faire don d’un ballon neuf, messemble ce serait de quoi de productif et de positif pour la communauté, mais je sais que c’est fort possible qu’un adulte le confisque et aille le vendre pour quelques cennes.

Je retourne à mon hôtel-restaurant et je mange un excellent repas de steak en lanières avec plein d’accompagnements, puis je regarde France vs Maroc avec une couple de bières.

CHAPITRE 4 – MOÇAMEDÊS/NAMIBE

Je pourrais prendre le bus, mais l’Angola est assez énorme et quand j’ai vu que je peux prendre un vol domestique vers le sud du pays pour une somme acceptable, j’ai acheté un billet. Mon vol part avec un peu de retard mais j’arrive à ma destination en début d’après-midi.

À date, un de mes aspects préférés de l’Angola est son total manque de touristes, mais ça vient avec quelques inconvénients, notamment le fait qu’il y a aucun taxi à l’aréoport. Je pensais me faire achaler drette en sortant mais je vois juste le paysage plat désertique, une route qui s’étend au loin, et un parking presque vide. On m’avait dit que Yango, Heech et Uber n’y fonctionnent pas, je vérifie pour être sûr, en effet aucun chauffeur. Finalement un gars me dit il est venu chercher des passagers et peut m’emmener aussi, pour 3000 kwanzas. On attend donc que ses clients, trois hommes d’affaires brésiliens noirs (je reconnais leur accent, qui est assez différent de celui du Portugal et de l’Angola), récupèrent leurs bagages, et on se met en route.

Il me dépose à un hôtel et je vais prendre une marche. Namibe, ou Moçamedês de son ancien nom, possède une longue plage plutôt vide vu que c’est l’hiver, pas mal de vieux buildings portugais datant d’un siècle, une longue avenue bordée d’arbres avec un parc rectiligne entre les deux voies, et une forteresse sur une colline. Je grimpe mais je me fais dire de retourner d’où je viens par des soldats, vu que la place est une base militaire active. D’habitude ils me laisseraient visiter une partie, mais là il y a une réunion d’état-major alors la fortaleza entière est hors-limites. Les soldats sont bien habillés et équipés, et je vois la flotte de camions parkés en arrière, qui sont en excellent état. Décidément l’Angola arrête pas de me surprendre avec son développement économique. Peut-être que quiconque arrivant direct de Gatineau verrait ça d’un autre oeil, vu que la ville est quand même composée surtout de petits shacks en béton et qu’on est loin de Monaco, mais je m’attendais à bin pire, surtout après avoir visité des places comme le Ghana et le Kenya, qui sont des puissances régionales mais ont un niveau de tiersmonderie très élevé. En plus, il y a pas ou peu de ce genre d’apartheid un peu malaisant comme je verrai sous peu en Namibie ou en Afrique du Sud, non, les gens qui runnent le show et se tiennent dans des places pour riches (comme le resto de mon hôtel, où les chambres sont quand même juste 20 piasses la nuit et un repas de steak coûte 5) sont des Africains bien habillés et des fois un Chinois ici et là.

Le matin venu, j’achète un billet d’autobus pour le lendemain, puis je vais à la station de transport local. J’avais dit qu’une flotte d’autobus plutôt confortables roule entre les grosses villes, hé bien pour ce qui est des petites distances, c’est l’Afrique old-school, avec des minivannes qui tiennent avec du duct-tape et sont paquetées à bloc, partant d’un terrain vague boueux avec du monde qui crie les destinations.

J’embarque dans une qui va vers Tombua, et je sors à mi-chemin. L’internet m’a dit comment me rendre au Lagoa dos Arcos, supposément que des mototaxis attendent pour des passagers à cette intersection, mais là il y en a pas, juste deux gars et un enfant assis sur un banc. Ils me disent ils attendent aussi depuis un bout, mais il y a des funérailles au village voisin alors les mototaxis sont occupés avec ça. Finalement l’un d’eux dit “Fuck it, je vais marcher” et je le suis. On s’enfonce dans le désert, et après une vingtaine de minutes un Land Rover passe et nous donne un lift. Le paysage est assez fou, on est dans le désert namibien, avec de plus en plus de collines et de vallées et juste quelques petits oasis de végétation. Puis on approche un village, on dirait le genre de bases ennemies dans le jeu de PlayStation Mad Max.

Le village est assez grand pour de quoi d’aussi creux dans un désert, et j’attire pas mal d’attention de la part des enfants qui courent partout et des adultes assis en train de cuisiner et de manger. Même les chèvres et les chiens me regardent fixement. Je demande si il y a quelqu’un avec une moto qui veut m’emmener voir l’arche rocheuse si emblématique de ce coin, et un bonhomme se porte volontaire. Il est pas mal différent des autres gens du coin: il a la peau caramel et la face allongée des Khoisans/Bushmen et porte un drap autour de la taille et des gougounes faites avec des retailles de pneus comme un Maasai, comparé aux autres qui sont bantous, noir foncé, et habillés en vêtements ordinaires (les hommes en tout cas; les femmes sont surtout en belles robes colorées).

“Combien d’argent veux-tu?”

“Euh… je sais pas, 3500?”

“Je t’en donne 4000”

La foule fait un “Ouuuuuhhhh!”. Je m’attendais à de quoi de plus haut que ça, surtout que j’ai quasiment pas de pouvoir de négotiation, il doit bin remarquer que chus un peu désespéré, mais c’est comme ça qu’on voit qu’on est loin du sentier battu et de ses crosse-touristes. Finalement je lui en donnerai 5000, vu que c’est quand même une distance qu’on couvre là, jusqu’au lagon, aux champs cultivés dans ce rare spot de désert avec assez d’humidité, et le clou du spectacle, l’incroyable arche rocheuse.

On passe devant une minuscule cabane et un gars en sort, me montrant une carte plastifiée toute délavée et me disant qu’il est guide et que c’est obligatoire de lui payer 5000 kwanzas. Je me demande si son autorité est légitime, et si j’ai vraiment besoin de lui, mais c’est assez peu d’argent et je me dis qu’il faut bien qu’il mange, je suis juste content d’être dans une telle place. On continue à pied tous les trois vu que le sable est rendu trop lousse, et je les entends discuter en une langue africaine locale, la première et seule fois j’en ai entendu au pays.

Mon chauffeur m’emmène à la route principale, à un genre de marché. Je le remercie et j’embarque dans une vanne qui me dépose à Tombua, minuscule ville de bord de mer où je m’achète des bières que je bois en regardant les pêcheurs s’affairer sur la plage. Ils ont aussi un vieux cinéma à l’architecture “rétro-futuriste”, construit par les Portugais et laissé à l’abandon depuis, qui me fait penser à la ville fantôme de Varosha à Chypre.

Je paye un mototaxi pour qu’il m’emmène à l’église que j’avais vue en chemin, au bout d’une péninsule qui s’étend vers la mer. Google Maps me dit elle s’appelle Nossa Senhora dos Navegantes (Notre-Dame des Marins), juste une petite chapelle blanche à 20 minutes de marche de la route. J’essaie d’ouvrir la porte et je suis surpris qu’elle soit débarrée, et je peux voir l’intérieur, assez simple avec juste quelques bancs en bois et des peintures catholiques. Assez unique comme site, je suis plutôt de bonne humeur pour cette belle journée d’aventure et les gens honnêtes et gentils que j’ai rencontrés en chemin.  

Je continue à pied, en levant mon pouce quand un rare char ou un camion passe. Aucun n’arrête, alors après une vingtaine de minutes j’arrive jusqu’au marché de bord de route où j’étais passé tantôt et je me dis que je peux sûrement juste prendre une vanne, mais celles qui sont là vont à Tombua, et ils me disent de retourner là-bas pour prendre une autre vanne pour Namibe, ce qui serait niaiseux, vu qu’elles passent par cette route anyway. Faque je continue de faire du pouce et cette fois je me fais embarquer par un jeune couple pour 2000 kwanzas. Je finis par m’endormir et ils me réveillent une fois rendus en ville.

J’ai les jambes molles, mais je vais me balader quand même pour trouver un resto local. Ceux listés sur Google Maps existent pas, et celui dans lequel j’entre est pas listé, comme quoi il faut pas toujours se fier au GPS. Il faut dire que je suis pas sûr au départ  si c’est un restaurant ou si je me suis juste infiltré dans un party de famille par erreur comme j’ai fait en Thaïlande il y a des années de ça, la place est dans la cour murée d’une petite maison, juste trois tables, des lumières de Noël, de la grosse musique, et une madame qui me dit que j’ai le choix entre des hamburgers et du poisson grillé. J’opte pour le poisson, qui vient avec des frites et des racines bizarres, et un contenant de la sauce piquante la plus fucking meurtrière que j’ai jamais goûtée.

Après ça les resto de mon hôtel ferme trop tôt pour montrer la partie de soccer entre l’Angleterre et l’Argentine, et le bar où je me rends (en marchant vite-vite, vu qu’il fait nuit noire) est vide et a une TV avec une très mauvaise qualité d’image, alors je la regarde dans ma chambre en buvant du vin portugais.

CHAPITRE 5 – LUBANGO

Le bus part à l’heure, et le trajet est non seulement confortable et d’une durée de juste 3 heures, mais est sérieusement un des plus beaux trajets d’autobus que j’aie jamais faits de ma vie, sinon le plus beau. Au début c’est bien sûr juste le paysage plat, aride et sinistre du désert namibien, mais éventuellement on commence à monter une route en zigzag qui nous donne une vue folle sur la Serra de Leba. Ayoye.

Puis on redescend du plateau, et on voit l’étendue grise de la ville à l’horizon, surplombée d’une statue de Jésus, comme à Rio de Janeiro, et du nom LUBANGO en grosses lettres blanches, comme à Hollywood. Ils sont fiers de leur ville ces gens-là, et avec raison je trouve, ça a l’air assez vivable comme place. Les rues sont larges, il y a une grosse plaza centrale avec des églises portugaises, des centres d’achats modernes et gigantesques, et une longue promenade qui longe un canal (à l’eau basse et pleine de vidanges, mais hey c’est un début). Aussi, c’est bien éclairé la nuit, alors je suis complètement abasourdi de voir autant de monde le soir venu, des familles, des enfants, des adolescentes qui marchent seules, en contraste avec les autres villes d’Afrique (et genre, au Guatemala, etc.) qui sont aussi mortes à 19h qu’à 4h du matin.

En arrivant, j’achète mon billet d’autobus pour le surlendemain, je bois une bière et une petite bouteille de brandy avec un saucisson de boudin et un sac de pinottes sur le bord du canal, puis je me mets à la recherche d’un hôtel. Mon regard et surtout mon ouïe sont attirés par une foule bruyante dans ce qui semble être une entrée de garage mais s’avère être une église. Je demande si ils sont catholiques, mais non, c’est un genre de cossin évangéliste, je suis pas sûr de comprendre. On a droit à une cérémonie religieuse typiquement africaine, avec le prêtre qui gueule comme un détraqué dans un micro et les adeptes qui lèvent les mains vers le ciel et répètent en criant certains de ses calls. Un jeune homme m’invite, je me place en arrière, encore avec mon sac sur le dos, et j’ai les yeux équarquillés devant ce spectacle. C’est complètement fou braque, on dirait qu’ils sont en transe. J’ai le goût de prendre des photos et des vidéos mais ce serait impoli alors je m’abstiens.

Je demande à un des employés de l’hôtel si ils connaissent des chauffeurs de taxi pour m’emmener visiter le coin, il dit il peut s’en charger lui-même quand son shift finira à midi, pour une somme raisonable. Il me conduit à la fente de Tundavala, à une vingtaine de minutes au nord, un autre site naturel qui est un solide 10/10, en plus d’être complètement gratis et d’avoir aucun autre visiteur étranger, juste quelques Angolais. Je reste là un bout à absorber cette incroyable beauté, je grimpe même un pic rocheux pour avoir un autre point de vue.

Le seul mini désagrément est la présence de femmes d’une tribu locale qui essaient de me vendre des paniers d’osier, mais éventuellement elles arrêtent de me gosser et retournent s’asseoir en rond à tresser. Elles ont tout un look, avec leurs bijoux, leurs totons à l’air et de la bouette dans leurs cheveux qui ressemble à du glaçage à gâteaux. Il y a moyen d’aller visiter leurs villages de huttes, je m’étais informé mais c’est bizarrement cher, il faut donner un cadeau au chef de la tribu et des sacs de sucre, anyway ça m’intéresse pas tant, je trouve ça exploitatif, fake, et quasiment voyeur comme affaire.

Ma visite continue avec la statue de Jésus, puis il me dépose à un centre d’achats où j’achète un t-shirt avec le drapeau de l’Angola dessus et je retourne tranquilement à pied. Le soir je vais manger du poulet frit à la chaîne sud-africaine Hungry Lion, boire une bière à un bar sympathique, et prendre une longue marche de soir après avoir constaté à quel point c’est éclairé et animé.

Le lendemain je prends ça relaxe en attendant mon bus en soirée. Je glande à l’ordinateur mais le WiFi est tellement faible que je peux pas mal juste écrire ou regarder des épisodes de la sitcom britannique Peep Show que j’ai téléchargées, alors je commence ce récit. Je vais aussi au musée voisin, qui est pas grand chose, juste une collection de cossins utilisés par les tribus primitives des environs dans un vieux building portugais, mais c’est quand même intéressant et ça coûte moins d’une piasse pour entrer. Une des femmes au comptoir est albinos, ce qui est frappant, elle a les traits d’une Noire normale, jusqu’elle est blanche comme un drap, et avec ses cheveux crépus et tressés d’un beige pâle. À y penser, j’ai dû voir six albinos en tout en Angola, ce qui est plus que le total d’albinos que j’ai vus dans ma vie jusque là.

Une autre rencontre un peu inattendue survient alors que je déambule dans le parc municipal. Il y a un petit zoo, avec un crocrodile, des singes, des perroquets et un genre de raton laveur qui a l’air triste à force de tourner dans sa cage, et passé ça j’arrive dans une section avec des balançoires et des glissades et ce genre de choses. Deux femmes blanches m’abordent.

“On peut vous aider?”

“Euh… je fais juste me promener”

“Vous êtes pas supposé être ici, vous êtes entré dans la cour d’une école”

“Oh?! J’avais pas vu, désolé, la clôture était ouverte, je pensais ça fait partie du parc”

Quand je leur dis que je suis prof moi aussi, elles m’invitent à visiter. C’est sympathique et assez huppé pour l’Afrique, une école privée pour les gens riches du coin. Là ils sont en vacances d’hiver, mais il y a un groupe de minuscules enfants multicolores en train de manger une collation dans la cafétéria, et les élèves qui viennent de graduer le secondaire en train de préparer un show de danse pour leur cérémonie.

Je demande aux deux madames si elles viennent du Portugal. Elles semblent quasiment offensées par ma question: “Non, on est angolanas. De cinquième génération!” Il y a en effet une petite population blanche au pays, bien qu’une grosse partie soit partie après l’indépendance en 1975. Ils sont surtout à Lubango et dans une autre ville pas loin nommée Benguela, et dans la campagne environnante, où ils sont fermiers. J’en avais vu quelques-uns en ville, assis à des cafés en train de boire leurs petites tasses de capuccino, et quelque chose me disait que ce sont clairement pas des touristes ou même des expats, à voir leur habillement et leur comportement. Ils me font penser aux old-timers que je voyais aux Azores ou dans les quartiers populaires de Porto, parce que ouin, la plupart sont assez âgés. Je me demande quelle est leur relation avec la majorité noire, disons que de ce que j’ai lu, ça a été assez rough, la décolonisation en Angola et au Mozambique. Ils disent que la machette sur leur drapeau c’est pour symboliser les travailleurs agricoles, mais tséveutdire… en tout cas, les deux gentilles profs de maternelle semblent pas être le bon type de personnes avec qui aborder le sujet, alors je les remercie pour la petite visite et je continue mon chemin.

J’arrête à un resto manger une assiette de de dobrada, une spécialité portugaise faite avec de l’estomac de boeuf avec des fèves blanches et du riz, puis je vais chercher mon sac et je me rends en Yango à la station de bus en périphérie de la ville.

CHAPITRE 6 – SANTA CLARA ET FIN

Oh, les trajets de bus de nuit. Quelle joie. Surtout qu’il faut que je m’en tape un autre, une fois passé en Namibie, pour me rendre à la capitale Windhoek.

J’avais pesé mes options, j’aurais pu dormir une troisième nuit à Lubango dans un vrai lit, prendre un autobus qui part tôt le matin et devrait quand même me donner du jeu, mais je me dis aussi que c’est crucial que je manque pas le bus pour Windhoek et que je veux pas stresser avec des possibles retards sur la route ou à la frontière. J’avais aussi considéré arriver en Namibie une journée d’avance et me reposer, mais mon visa est valide juste à partir du jour exact où j’ai acheté le billet de bus, et bien que ce soit possible qu’ils me laissent entrer une journée d’avance vu que c’est un visa de 90 jours anyway, il y a des hautes chances que ça marche pas, avec l’estie de bureaucratie inflexible des agents frontaliers.

Faque j’arrive à Santa Clara à 5 heures du matin, et je m’assois dans la salle d’attente où il fait un frette mordant en attendant la clarté. Je jase longuement avec un Angolais nommé Ibrahim qui fait le chemin inverse, il étudie à Cape Town et il retourne à Luanda par la longue route. Il me dit qu’il est assez en moyens pour prendre l’avion, mais voulait aller visiter des chums en chemin dans le Northern Cape et la Namibie.

Il parle donc bien anglais, et même français, qu’il a appris en voyageant au Burundi et en Côte d’Ivoire. Il dit qu’il a une soeur au Portugal et un frère qui s’apprête à aller en Chine, mais lui il est jamais sorti du continent africain, même si il est déjà allé à quelques pays et là il se prépare à aller au Kenya et en Tanzanie. Il est intelligent et intéressant, donc je jase longuement avec lui de géopolitique africaine. Le genre de choses que ce jeune patriote dit au sujet du besoin de se sortir la tête du cul et d’arrêter de quêter, de blâmer le méchant homme blanc et d’émigrer au lieu de bâtir leurs nations choquerait sans doute un gauchiste occidental au poignet mou avec son honnêteté et son esprit de nuance, mais anyway les gauchistes occidentaux au poignet mou se tiennent pas avec des sacs à dos dans les gares d’autobus de bleds de fin fond d’Afrique alors que le soleil est pas encore levé, c’est bien connu qu’ils préfèrent les chambres d’écho de campus universitaires ou parfois les bureaux cossus d’ONGs ou d’agences de charité qui, comme a été démontré à outrance, causent probablement plus de mal que de bien à l’Afrique.

Le jour se lève, son bus part, et moi je me dirige à pied vers le sud. Des bonhommes louches me collent au cul depuis mon arrivée pour m’offrir de changer mon argent, et vu que leurs taux sont un peu de la marde je vais m’essayer à la banque, mais ils peuvent pas m’aider avec ça, les estis. Je négocie donc avec un des changeurs ambulants pour avoir un taux qui a un peu plus d’allure, j’échange ma pile de kwanzas pour des dollars namibiens et je m’achète une saucisse et un pain avec le change, puis je vais à la frontière.

En tout et pour tout un excellent voyage. L’Angola a du potentiel en crisse, c’est sécuritaire, plein d’attractions naturelles uniques et de villes un peu drabes comparé à l’Europe ou l’Asie mais plutôt plaisantes, les gens y sont bin gentils, et la logistique de voyage est solide, avec les vols domestiques fiables et un réseau de bus professionnel. Le seul bémol (qui s’avère être un plus, pour moi, mais un obstacle pour la plupart des touristes potentiels) est la barrière de langue, avec un anglais quasi inexistant même dans les zones visitées.

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