Étranges tentatives d’arnaque au Burundi

J’avais entendu toutes les histoires d’horreur de gens qui ont voyagé creux en Afrique, au sujet des soldats ou policiers véreux qui sont tout le temps en train de te faire chier et te demander de l’argent, et alors que j’entrais au Burundi, j’étais plutôt appréhensif. Le Kenya et la Tanzanie sont quand même assez développés et j’y ai eu zéro problèmes avec les autorités (à part un zélé qui se donnait lui-même un poste de gardien de la vertu), mais le Burundi est une autre paire de manches, et dès que j’ai traversé la frontière ça prend pas long pour constater que c’est un pays ultra-pauvre. Le quatrième plus bas PIB per capita au monde, au moment où j’y vais en 2013.

Il y a pas de poste frontière, mais le chauffeur du taxi collectif (une vieille crisse de Peugeot, bien sûr) connait la drill et m’emmène au poste de police de la première ville qu’on croise. Il est reconnaissable au gros SUV blanc tout propre stationné devant, qui doit être la seule chose que j’ai vu à date au pays qui est pas complètement en ruine. Deux enfants en haillons qui jouent dans une flaque de boue (du moins j’espère en calisse que c’est de la boue) me voient sortir du char et lâchent un cri. Dans le temps de le dire, j’ai au moins 50 petits enfants autour de moi, me pointant et riant. Je leur donne des high-fives, et à voir leurs réaction, ça a dû faire leur semaine.

Le policier prend mon passeport, entre les détails dans son laptop, puis me dit, en français (la langue officielle du pays):

“Quarante dollars s’il-vous-plaît.”

“Euh, ça dit ici sur la feuille laminée que le visa de transit coûte trente.”

“Trente-et-un, alors?”

Je suis de bonne humeur, alors je lui glisse un billet d’extra et lui dit d’aller s’acheter une grosse bière avec. J’aimerais mieux que l’argent aille aux enfants dehors, mais je sais aussi que leur donner du cash directement est une pouiche idée.

Alors qu’on défile dans la campagne burundaise, on arrive à un roadblock, avec plusieurs soldats en uniforme bleu et AK-47 à la main.

“Bonjou’. Quelle est vot’e destination?”

Le chauffeur tanzanien parle pas français, un des passagers traduit pour lui en une langue africaine quelconque. Le soldat s’impatiente. Je suis sur le siège arrière, dans la position de l’Oréo, et je me dis “Here we go… il va nous demander de l’argent, et dès qu’il voit ma face blanchâtre, il va demander le double” mais en fait, l’inverse survient.

“Quelle est vot’e nationalité? Vous avez un visa?”

Je réponds par l’affirmative, et lève ma fesse pour sortir mon passeport de mes poches.

“Pas besoin. Je vous cois. Allez-y.”

Un total de trois fois en tout qu’on arrêtera à un tel roadblock, en à peine deux heures de route. Et chaque fois, dès qu’ils me voient, ils changent leur ton et laissent le char partir, et les passagers me donnent des thumbs up. Le monsieur assis en avant, un professeur d’université congolais, m’explique que quand y a juste des Africains dans le char, souvent ils faut qu’ils donnent des cigarettes ou quelques cennes, alors ils sont contents que je sois là. J’imagine que c’est le gouvernement, ou peu importe quelle coquille ineffective qu’il en reste après toutes ces années de guerre civile et d’instabilité, qui dit à ses soldats qu’ils vont être dans la marde si ils font du trouble aux quelques étrangers qui passent là, question de pas antagoniser les ONGs et autres organismes de charité qui collaborent une grosse partie de leur maigre économie.

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Street scene à Bujumbura

Je passe deux jours à Bujumbura, leur capitale, et déjà faut je me mette en route, mon visa est juste pour 72 heures. Au lieu de prendre le bus pour Kigali, je décide de prendre la porte d’en arrière, et d’entrer au Rwanda par un autre chemin. Je trouve un mec local qui est prêt à m’y emmener avec sa moto, et bien vite on est sur les routes de campagne.

Soudain, un petit drapeau lévite au milieu de la route, attaché à une corde qu’un soldat est en train de tendre. On est forcés d’arrêter. À côté du soldat se trouve un Indien, en vêtements civils. Il a du gel dans les cheveux, et a l’air d’être prêt à sortir dans un nightclub.

Where are you going?”

“À Cyangugu, au Rwanda”, lui réponds-je.

Rwanda? You can’t go to Rwanda with this road! You have to pay a fine!

Je m’astine un peu, et très vite je me rends compte qu’il comprend rien de ce que je dis. WTF? Il prétend travailler pour la police, dans un pays francophone, et il parle pas français?

“C’est qui lui?”, je demande au soldat.

Il rit, et hausse les épaules. Il a l’air plutôt gelé, en fait.

“Est-ce que vous pouvez descendre la barrière, je vous prie?”

Le militaire et mon chauffeur de moto-taxi échangent quelque mots, puis la corde se fait lousser. Je fais un bye-bye au guignol indien alors qu’on s’éloigne dans un nuage de poussière. Quelle étrange tentative de crosse.

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