Fujian en bicycle

[Extrait de mon journal, octobre 2013]

Quand tu travailles en Chine, tu as toujours une semaine de congé au début d’octobre, pour célébrer la fondation du pays en 1949. Et comme d’habitude, dès que ces vacances se pointent à l’horizon, j’élabore des plans de voyage. Les voyages internationaux n’étaient pas exclus au départ, car l’argent est actuellement pas très tight et il y a plusieurs pays voisins dans lesquels j’ai pas encore mis les pieds, mais une semaine c’est trop court pour faire quoi que ce soit qui vaille la peine, tout en étant beaucoup trop long pour être simplement assis sur mon couch comme une grosse larve inutile. Il a ensuite été question d’un trip en bateau gonflable sur les lacs et canaux du Jiangsu/Zhejiang avec Wade de VagabondJourney.com, mais l’idée a ensuite été reportée. J’ai alors décidé d’aller au Fujian, dans le sud-est du pays, dans ma quête pour visiter toutes les provinces et territoires de Chine… chus rendu à 28/34 sti, je vais y arriver!

Après un long après-midi et une nuit passée dans un «bus à cercueils», j’arrive enfin à Xiamen. Je vais chercher mon bicycle, mon meilleur ami, dans le coffre à bagages, trouve un endroit calme entre deux chars, me mets à poil, enfile ma tenue de vélo en Spandex et commence à pédaler le long des larges boulevards de la métropole économique. Déjà, mon manque de planification commence à se manifester: Xiamen est située sur une île, et tous les ponts qui la relient au continent sont d’immenses viaducs étroits de plusieurs kilomètres de long, pas d’accotement. C’est certainement pas le meilleur endroit pour un cycliste où s’aventurer, mais j’ai absolument pas le choix, donc j’ignore le signe «pas de vélos, de motos, de piétons» et je me lance, restant à l’extrémité de la voie de droite, en pédalant aussi vite que possible. J’ai tous les muscles des épaules tendus comme si, d’une manière ou d’une autre, ça minimiserait l’impact si je me faisais éffouairer par un camion à 90 km/h.

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Heureusement, ça arrive pas, et après ce qui semble une éternité, j’arrive de l’autre côté. Un déjeuner rapide plus tard, je traverse les vastes zones industrielles entourant Xiamen. Haicang. Xiayang. Jiaomei. Longhai. You name it. Aucun de ces endroits ne présente d’intérêt, et rien ne peut être dit à leur sujet. En tant que cyclotouriste, j’aime la folie frénétique des grandes villes et l’attrait de la nature et des routes de campagne infinies, mais la banlieue intermédiaire est drabe comme ça se peut pas, surtout quand les routes sont poussiéreuses et en construction, comme c’est le cas dans les premiers heures de mon voyage.

Après avoir dépassé Zhangzhou à ma droite, je tombe finalement sur quelques jolies routes rurales. J’apprécie la conduite tranquille, les bonnes tounes jouant dans mes écouteurs et le joli paysage qui m’entoure. Je vois du monde à vélo, avec des chapeaux de paille coniques su’a tête, des rizières en terrasses, des vieillards assis en train de boire du thé vert dans de petites tasses et beaucoup de pagodes, de tours, de ponts en pierre en forme de dragon et de grands arcs. Tout ça fait que la région ressemble beaucoup plus à la Chine idéalisée et stéréotypée que les Occidentaux moyens imaginent qu’aux villes über-modernes et plus souvent qu’autrement dénuées de charme où j’habite depuis chus arrivé au pays. C’est en fait pas surprenant, à bin y penser, car la plupart des Chinois d’outre-mer viennent de cette même région, dans le sud-est, et donc la culture qu’ils ont apportée est beaucoup plus similaire à celle où je suis maintenant que dans les autres parties du pays.

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Cependant, quand j’arrive à Pinghe, la ville où je passerai la nuit, le sentiment est opposé: je pourrais être littéralement n’importe où en Chine, et y a rien pantoute qui différencie Pinghe des centaines d’autres petits bleds de comté à travers le pays. Boulevards étroits avec pas un seul feu de circulation en vue malgré le nombre relativement important de chars et de scooters électriques, du béton, du béton et plus de b-b-b-béton, des magasins avec un gros speaker qui joue de la musique techno de marde assourdissante vendant des t-shirts avec de l’anglais boboche dessus, le gros crisse d’hôtel trop éclairé au néon, et les gens qui entrent en convulsions en voyant le premier étranger à traverser leur ville depuis un long boutte. Je trouve un hôtel, je prends une douche, je mange quelque chose de graisseux et salé, je m’endors et je me déplace tranquillement le matin, après avoir mangé un déjeuner de fruits et de thé vert avec la propriétaire et le groupe de vieilles madames qui traînent dans le petit hall comme si elles y vivaient.

Je suis agréablement surpris de la facilité avec laquelle je peux communiquer, ayant entendu que les Fujianais parlent un dialecte incompréhensible appelé minnanhua. Ils le parlent entre eux, et ça sonne complètement étranger à mes oreilles, mais contrairement à d’autres régions du sud ou de l’ouest de la Chine où je suis allé, où beaucoup de gens pouvaient pas pantoute comprendre ou parler le mandarin standard, ou alors à Hong Kong, où toute tentative avec le mando cause un regard haineux soutenu de trois secondes, puis des mots cantonais criés (probablement quelque chose de racial) avec parfois des bribes d’anglais fucking tout croche pour bonne mesure, cette fois-ci même les personnes âgées et les ruraux le parlent bien, me permettant ainsi de communiquer avec eux. En fait, ils parlent mandarin encore plus clairement que dans le nord et le centre, vu que c’est leur langue seconde et qu’ils utilisent pas plein de slang bizarre.

Je me dirige vers le nord et commence à me taper des pentes assez raides, le Fujian étant bien plus accidenté que ce à quoi je m’attendais. C’est ça qui arrive quand tu planifies pas ton voyage du tout. Certaines de ces collines semblent infinies et parviennent à extraire de moi un épais film de sueur et pas mal de sacres, mais je continue d’avancer. Ce n’est pas comme si j’avais quelque part d’autre où aller, et d’ailleurs, chaque fois que j’ai envie d’arrêter, je me rappelle pourquoi je suis venu ici. Je suis l’écrivain de Quess Tu Vas Crisser Là?!, sti, pas un couch potato ou un backpacker hippie au poignet mou qui se tient fermement sur le sentier battu. I live for this shit. Tous ceux qui voyagent connaissent ce genre de sentiment conflictuel, quand la vie à ce moment-là suck du gros ass, mais d’une manière ou d’une autre, tu l’échangerais avec personne. Alors je continue de pédaler, grimpant la montagne à la vitesse d’une tortue.

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Mais juste au moment où la route commence à s’aplatir, où le paysage devient plus majestueux et que je regarde ces terres agricoles à plusieurs centaines de pieds de haut, bref, où mon moral devrait enfin remonter, la vie me lance une balle courbe. Une chose à propos des vélos est que, comme toutes les machines, y se cassent. Pneus crevés. Pneus éclatés. Câbles pétés. Suspension aplatie. Engrenages scrappés. J’en avais vu beaucoup lors de précédents voyages à vélo, mais maintenant, curieusement, c’est ma chaîne qui est coupable. Elle débarque, puis s’emmêle dans mon pédalier. Cela me prend 10 bonnes minutes pour la décrisser de là, et quand je la remets en place, certains liens sont toutes tordus et font le cave, sautant d’une gear à l’autre sans autre raison que de tuer constamment mon élan et de rendre ma vie misérable. C’est l’équivalent à deux roues d’écouter un CD qui saute ou d’avoir une roche dans ton soulier.

Après environ une demi-heure de pédalage péniblement fatiguant sur une route rurale, j’arrive à une sorte d’entrepôt rempli de pomelos, le cousin bâtard du pamplemousse, où un gars me prête une paire de pinces et m’aide à essayer de remettre la chaîne drette. Ça résout pas complètement le problème, mais au moins je peux continuer avec seulement quelques mouvements capricieux de ma chaîne ici et là.

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Et encore une fois, même si les conditions ne sont pas à leur idéal absolu, je me rappelle toujours que j’aime voyager, et j’ai la chance d’être ici, en vacances payées d’une semaine, sur un vélo de qualité avec une grosse liasse de billets dans mon sac à dos, tandis que la plupart des habitants de la région doivent gagner leur riz en se cassant le dos dans les champs jour après jour, ou en se rendant dans la grande ville la plus proche pour faire du travail d’usine ennuyeux, précaire, parfois dangereux. Ce genre de pensées boostent mon optimisme et me font continuer jusqu’à temps que j’arrive à ma destination finale (pour l’instant): les célèbres tulou.

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Les tulou sont de grandes maisons fortifiées, généralement rondes mais certaines étant également carrées ou rectangulaires, dans lesquelles peuvent vivre des dizaines de familles. Ils ont été construits par les Hakka (une minorité ethnique qui a migré de différentes régions du centre de la Chine) et même si beaucoup de gens habitent encore dedans, la région est devenue un site touristique national. On parle pas du Hangzhou West Lake ici, mais quand même, assez pour attirer des foules, comme je vois (avec un certain déplaisir) plusieurs bus touristiques dans un grand parking.

J’arrive au principal centre touristique où toutes les maisons sont transformées en hôtel ou en restaurant, j’achète une bière de victoire et un kebab de porc (0% halal). Après avoir jasé un peu avec quelques personnes qui regardaient curieusement cet étrange bâtard blanchâtre assis là avec ses vêtements de vélo puants, sa touffe brune dépeignée, sa barbe tout croche et ses mains encore couvertes de graisse noire de la chaîne rebelle, je vais chercher une chambre d’hôtel pour me baser et reposer ma carcasse. Le site touristique cinq étoiles augmente évidemment les prix dans un endroit où y a déjà aucune des options un peu ghetto que je choisis habituellement, mais je m’en fous, parce que après cette interminable montée en bicycle, j’ai vraiment besoin d’un lit moelleux plutôt que d’une planche de bois avec un tapis en osier dessus. De plus, ils acceptent de baisser le prix pour un séjour de deux nuits, et je finis par payer 100 yuan la nuit, déjeuner inclus. Pas mal du tout.

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L’endroit est la définition même de la gestion “mom and pop”, avec des enfants du coin qui courent partout, rigolent et jouent au badminton, des vieux mononcles assis à échanger des potins autour d’un pot de thé, et il y a même une grande salle commune entièrement équipée avec un équipement de karaoké, où les enfants m’emmènent, me donnent un micro et pointent l’ordinateur frénétiquement. J’oblige volontiers, et bientôt mon interprétation du classique 月亮代表我的心 et de Complicated par Avril Lavigne remplissent d’émotions tout le bloc.

… bon, pas tout à fait. Les enfants étant des enfants, ils ont un attention span d’environ douze secondes et reprennent bientôt leurs activités précédentes qui sont de gueuler, de se courir après, et de se courir après en gueulant. Je suis assez étonné qu’ils soient laissés sans surveillance et dans un état sucré surexcité après le dîner dans une pièce remplie d’équipements électroniques plutôt chers, mais c’est pas moi qui les a payés, faque je m’en sacre pas mal, et leur enthousiasme est assez contagieux.

Le lendemain, je me réveille, je mange le déjeuner fade et trop salé mais copieux et gratuit que la vieille madame m’emmène, puis je me dirige vers le tulou principal. Je suis assez excité d’être enfin là et curieux de voir à quoi ça ressemble à l’intérieur, mais je me retrouve massivement déçu; l’endroit est rien d’autre qu’un tabarnak de cirque touristique obscène.

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Des centaines de personnes sont là épaule à épaule, la plupart en grands groupes (alors qu’il faisait si calme dehors!?), se prenant des photos les uns les autres, et y a des dizaines de tables dressées par des gens vendant des esties de babioles inutiles ou du thé ridiculement cher. Je sors rapidement de d’là, avec l’intention de marcher un peu plus loin et d’explorer le coin, mais je me retrouve bientôt à la porte de sortie. À ce stade, je suis en beau maudit. Je me précipite à la billetterie avec la ferme intention de récupérer mon argent ou à tout le moins de faire une scène énorme, mais les vieux bonhommes en uniforme assis autour de moi me disent qu’il y a en fait trois sites à visiter avec ce billet, et que celui-là c’est de loin le plus petit. Oh. Ceci, couplé au fait qu’ils ont accepté ma carte universitaire expirée depuis longtemps pour un rabais de 50%, dégonfle un peu ma colère.

Le bus pour le prochain village est gratis, mais s’arrête environ un kilomètre avant la fin de la route. Il est alors possible de prendre une espèce de voiturette de golf surdimensionnée pour 5 yuan, ha, bien essayé, mais je préfère marcher, et les autres touristes se dirigent dans cette direction, passant chaque minute de la marche à parler de moi.

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On arrive au site numéro 2, et cette fois, c’est pas un seul misérable tulou transformé en musée grotesque, mais un véritable petit village qui ne manque pas de charme. Et comme tous les sites très touristiques mais habités que je connaisse, de Paris à Oaxaca, de Prague à Chiang Mai, je peux bifurquer légèrement de la voie principale et me retrouver rapidement à zigzaguer entre des maisons fortifiées à travers des ruelles paisibles, où personne n’imaginerait même être dans un site touristique. Je passe un peu de temps à explorer avant de retourner dans la zone la plus peuplée, avec ses temples, ses statues et ses grosses maisons en terre. Puis je monte une colline pour avoir une belle vue, et en descendant de l’autre côté, j’entends beaucoup de voix fortes d’un groupe de fermes semi-isolées. De grandes tables sont dressées, couvertes de millions de plats et entourées de gens en train de se goinfrer la face, qui m’envoient la main en me voyant apparaître à l’horizon. Un gros poilu (un des rares Chinois poilus) me donne immédiatement une bière et une paire de baguettes et me dit de manger, ce que je fais avec plaisir. Il est déjà saoul, comme la moitié du monde présent, l’autre moitié étant en chemin, bière ou bol de baijiu à la main. Un mariage.

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Je passe le reste de l’après-midi avec eux, me bourrant la face de barbecue, de bière et de tous ces espèces de plats fujianais bizarres, riant et discutant de toutes sortes de sujets. C’est ce genre de moments où je suis heureux d’avoir déployé tous ces efforts pour apprendre à parler ching-chong, on peut pas nier que je m’amuserais pareil si je pouvais pas, mais ce serait crissement pas la même chose. Vous avez entendu le vieil adage “Le monde est comme un livre, et ceux qui ne voyagent pas ne lisent qu’une page”? Eh bien, à cela, j’ajouterais “et ceux qui voyagent, mais restent bien nichés dans leur petite bulle de confort unilingue, le lisent dans une pièce sombre, avec des lunettes de soleil” Ouin, peut-être qu’ils couvrent beaucoup de chapitres, mais peuvent lire fuckall sauf le mot occasionnel ici et là, ou quand quelqu’un se pointe avec une flashlight pour les aider.

Et si tu lis la dernière phrase et pense que je me trompe, que chus condescendant et obtus, et que y a d’autres façons d’apprécier et d’apprendre en voyageant, t’as peut-être partiellement raison, mais arrête de te conter des niaiseries, tu peux pas nier que tu en manques beaucoup. Et ma sympathie pour toé est inversement proportionnelle au temps que t’as passé dans le pays dans lequel tu te trouves actuellement.

Après avoir souhaité bonne chance à la future mariée et à ses parents pour la cérémonie à venir, je fais mes adieux à mes nouveaux chums, mais l’un d’eux insiste pour m’accompagner, parce que y a rien d’autre à faire. Alors qu’on passe devant les champs pis qu’on se rapproche progressivement de la zone touristique, je lui demande ce que ça fait de vivre dans un tel endroit, avec les énormes pics soudains du tourisme et toutes les conséquences qui en découlent. Je m’attendais à moitié à une réponse négative, mais à la place, il a tous les yeux étoilés et me dit que c’est merveilleux. Pas ennuyeux? “Non, on est habitués. Ils viennent regarder les maisons, regarder les montagnes, rapporter de l’argent et sont sympathiques. Il y a aussi des laowai, comme toi. Pas beaucoup, mais nous sommes heureux de les voir visiter notre région.” Shit. Je me dis que finalement c’est pas si pire, et que peut-être je devrais arrêter d’être aussi cynique au sujet des endroits super-touristiques (mission échouée).

On arrive à la zone de tulou, on se promène un peu plus et on arrête chaque fois que Bobby (appelons-le Bobby) rencontre quelqu’un qu’il connaît, ce qui arrive souvent, dans cette petite communauté. Ils nous invitent pour le thé, nous parlent, me donnent des cossins et à aucun moment je n’ai l’impression que Bobby m’utilise comme son trophée, ni me pousse à acheter quoi que ce soit.

Bobby, et toutes ses connaissances, ne me montrent rien d’autre qu’une véritable amitié.

Ça fait penser que même dans les zones touristiques, les gens sont des gens. Ils vivent et laissent vivre. Bien sûr, il y a des crosseurs et mouches à marde fatiguantes dans beaucoup d’endroits, et je n’ai pas l’intention de changer mes habitudes de voyager le plus possible hors des sentiers battus de sitôt, mais cette interaction a été assez révélatrice. Bon, c’est sûr que la dynamique est différente, dans cette place où 99.9% des touristes sont chinois, mais reste que j’ai eu des expériences semblables dans des sites touristiques populaires.

Et c’est pas fini: vu que le bus pour le troisième site de tulou part pas tout de suite, en attendant que les gros groupes de vieillards finissent avec le deuxième, Bobby appelle son jeune frère avec son cell, et lui demande de nous y conduire. Il se pointe peu après (ironiquement plus grand et plus large aux épaules bien qu’il soit le frère cadet), on s’empile les trois sur sa moto et on se met en route pour une vingtaine de minutes sur les routes de montagne sinueuses jusqu’à notre destination.

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Je vais finir par le visiter deux fois. Après que Bobby et Lil’ Bobby m’ont ramené à mon auberge et m’ont souhaité bonne chance, je me suis lié d’amitié avec la famille élargie qui restent dans les chambres contiguës: trois frères (des vrais, pas seulement des cousins ​​ou des amis comme les Chinois appellent parfois encore des frères), leurs femmes pis leurs enfants, tous de Quanzhou, sur la côte fujianaise. Ils m’invitent à me joindre à leur barbecue, me donnent des tonnes de bière et me demandent de les accompagner dans leur minibus pour aller visiter le groupe de tulou et marcher jusqu’au belvédère. Je propose de payer ma part de viande et de bière et le gaz, sachant très bien qu’il serait plus facile de leur faire porter un t-shirt avec le drapeau japonais dessus que de réussir à leur faire accepter mon argent. Des gens bien sympatiques.

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Et ainsi se termine le premier segment de mon voyage. Mon plan était de continuer vers le nord, puis de bifurquer vers l’est, mais je change d’idée à cause du terrain calissement trop montagneux et je décide de retourner à Xiamen à la place. Pas mal juste une longue côte qui descend.

… mais attends, c’est quoi ça sti?! Je suis à peine 5 minutes dans mon voyage, et déjà la route est bloquée?

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Une foule d’une trentaine d’agriculteurs est formée, autour d’une barrière de fortune broche-à-foin composée d’un arbre mort, de chaises en plastique, d’une moto parkée sur le côté, de quelques rochers et d’éclats de bouteilles de bière. Quatre ou cinq chars et un bus sont backed up, incapables de se déplacer et réalisant apparemment qu’ils peuvent pas faire grand-chose pour le moment. Un automobiliste sort de son véhicule, montrant des signes d’impatience, et se fait crier après par un vieux bonhomme brandissant un bâton, tandis que le policier solitaire sur les lieux maintient passivement l’ordre à distance. Les policiers en Chine font leurs gros bras juste quand ils sont en groupes de 25 et plus, j’imagine qu’à ce moment-là une grosse vanne remplie de swingeux de matraques est déjà en chemin.

La première personne à me voir appelle tous les autres à regarder, et des sourires et des “Hello!!!” s’ensuivent, détendant l’atmosphère. Je me sens jamais super à l’aise dans ces situations, sachant (et l’ayant vu de mes yeux) comment les manifestations en Chine peuvent devenir laittes et violentes en quelques secondes, pis j’aurais sûrement juste viré de bord si cette route était pas la seule option pour sortir de cette vallée. Je décide d’effectuer un LaowaiSmash, de prendre mon vélo sur mon épaule et de leur dire de bouger pour que je puisse passer, et personne n’oppose aucune résistance. “Bienvenue”, me dit une vieille madame pas de dents, “c’est pas vous que nous voulons arrêter!” C’est qui d’abord? Cinq personnes me parlent en même temps, et mon chinois est insuffisant pour comprendre tout. J’entends le mot “injustice” qui revient souvent, qui est un mot pas mal dangereux à utiliser dans un pays fasciste dystopique autoritaire, surtout quand t’es pauvre et rural. Le genre de mots que les gens qui ont rien à perdre disent.

“Puis-je prendre une photo?”, je demande alors. Ils hochent tous la tête et me disent de le mettre sur Internet pour que tout le monde puisse voir. C’est ce que je fais en ce moment, je suppose. Je leur dis pas que Quess Tu Vas Crisser Là?! a un lectorat d’environ douze personnes, pour pas péter leur bulle et les faire réaliser que leur cause aura pas l’exposition désirée.

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Rendu à la maison, j’ai fouillé l’internet chinois et anglais pour voir si y aurait quoi que ce soit là-dessus, et bien évidemment qu’y avait absolument fuckall. Si j’étais pour spéculer, je dirais que c’est probablement des fermiers du coin qui sont insatisfaits que le gouverneur du comté se remplit les poches avec ce site touristique et qu’eux reçoivent rien à part du traffic, du bruit et des déchets.

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