Show Report: Krisiun, Korzus, Kaos 64 (Belo Horizonte, Brésil)

Je suis en train de me promener dans les rues de Belo Horizonte, sans but précis, quand tout à coup je tombe sur une gang de gars avec des faces barbues patibulaires et des gilets de groupes de metal.

“Heille les gars! Allez-vous voir Krisiun à soir?”

Ils se regardent, puis partent à rire.

“Bin sûr qu’on va être là meu irmão, c’est nous le band d’ouverture!”

Ah bin! Le soir, je me pointe au Music Hall, et ils sont sur le stage. Un groupe local avec le nom somme toute peu original de COLT 45 (ou comme ils le prononcent, cow-tchi quarenta-cinco), qui joue du gros death metal bien gras. Leur guitariste me voit sur le parterre encore clairsemé en ce début de show, me reconnaît, et me fait un finger gun. Un pas pire set qui chauffe la salle.

J’avais jamais entendu parler de KORZUS, qui sont un peu comme le Anonymus brésilien, band adulé en leur terre natale mais très peu connu en dehors. Le fait qu’ils jouent du thrash un peu formulaïque et qu’ils sortent un album juste aux 4-5 ans aide pas, reste que c’est le plus vieux groupe de metal de tout le Brésil, datant d’avant Sepultura et Sarcofago, quand même.

Hé bien, ils ont volé le show, en ce qui me concerne. Ils arrivent sur le stage sous de copieux applaudissements, et nous garrochent une belle grosse pelletée de riffs dans la face. Comme j’ai dit, leur thrash est rien de très original, mais il rentre au poste et alterne très bien entre passages rapides qui alimentent le pit, riffs pesants parfaits pour un bon headbanging, et transitions bien ficelées. Certaines tounes sont absolument parfaites pour un circle pit, comme Six Seconds et Lifeline, de leur dernier album que j’ai écouté dans le bus. Puis, vers le milieu du set, ils changent de registre complètement, et jouent une toune très groovy, en portugais, avec le refrain Correria! Correria! (le nom de la track), qui me prend par surprise. On croirait entendre du Soulfly ou du Sepultura de l’époque Roots, les parallèles avec le géant brésilien du metal sont faciles à tracer, et semble-t-il que Korzus aussi ont expérimenté par là un peu durant les années 90 avant de revenir à leurs racines thrash old-school. Un excellente prestation, très tight, menée de main de maître par leur chanteur maigrichon avec sa barbe grise de deux pieds de long, un des deux membres fondateurs encore là.

KRISIUN a pas besoin de présentations, les trois frères roulent toujours leur bosse par le monde entier, et sont de retour en leur pays natal pour juste deux dates. Je me compte immensément chanceux qu’une d’elles coïncide avec mon itinéraire, ce qui fait que Krisiun est un band que j’ai maintenant vu en show sur trois continents. J’ai vu plusieurs bands dans trois pays différents, mais trois continents, je pense que c’est une première.

Les trois frères enchaînent pièce après pièce de death metal ultra-rapide et saccadé, surtout des nouvelles tounes de l’album Forged in Fury, que j’ai pas entendu, mais quelques tracks un peu plus old-school allant jusqu’à Conquerors of Armageddon (leur meilleur). Par bouts j’ai de la misère à les différencier, une chose qu’on peut pas vraiment dire au sujet de Krisiun est qu’ils composent des tounes très mémorables, c’est leur énergie et le fait qu’ils lâchent jamais la pédale de gaz qui font d’eux une valeur sûre.

Quiconque a déjà vu Krisiun en show sait comment Alex, le frontman, fait des longs discours entre les tounes, au sujet de comment il est content que tout le monde soit là et supporte la musique brutale. C’est encore plus prononcé quand c’est dans sa langue maternelle, et il se la ferme pas, tarissant d’éloges la foule rassemblée pendant des minutes consécutives. Des bons gars dans l’fond, sous leurs crisses de gros bras couverts de tatouages. Et je suis content d’avoir pu voir un show de metal au Brésil.

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…et c’est pas fini! En me promenant en ville, je tombe sur un flyer annonçant un show de punk deux jours plus tard. Je copie les infos, c’est un rendez-vous.

C’est dû pour commencer à 15:00, donc après mon dîner je check sur Google Maps comment me rendre là, c’est à 4 km de mon auberge, je prends donc une marche de santé qui me mène jusqu’au boulevard périphérique et à la track de chemin de fer, et je vois que la salle est de l’autre côté, dans un quartier qui a l’air plutôt classe ouvrière, pour utiliser un euphémisme. Le genre de places où tu te fais avertir constamment de jamais crisser les pieds, par les Brésiliens de classe moyenne et les livres pour touristes. J’ai une hésitation, puis finalement je m’engage sur le pont piétonnier.

La démographie change immédiatement de 80% blanc à 80% très bronzé, et je me fais regarder. Je marche avec la tête haute, en essayant d’avoir d’affaire là, et quand Google Maps me dit de tourner (j’ai pas emporté mon téléphone, juste copié grossièrement les directions sur un bout de papier), je laisse faire, n’ayant pas envie de me faire stabber dans une ruelle si peu invitante. Je préfère continuer jusqu’à une plus grosse rue, où je demande des directions vers l’église qui est à côté de la salle, selon le flyer.

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Là c’est rendu plus “gentrifié” un peu, avec des familles et des monsieur-madame-tout-le-monde assis dans le petit parc devant l’église, et je tourne en rond un peu avant d’entendre du bruit distordu qui vient du deuxième étage en haut d’un dépanneur. Je monte l’escalier étroit, paye mon 10 reals (3 piasses!) et pénètre dans la pièce, avec un petit stage tout entassé et une trentaine de punks croûteux amassés en petites cliques. Ils vendent pas de bière, le monde fait des aller-retours jusqu’au petit magasin en bas, où je me claque une Brahma bien glacée après ce trajet à pied et les sensations fortes de traverser une favela.

Huit groupes sont à l’affiche, un excellent rapport quantité-prix. Presque tout du crust punk ou du grindcore très garroché. Je peux pas vraiment faire de rapport détaillé band par band, vu que j’ai pas tant porté attention à leurs noms. Une chose plutôt frappante est que la plupart des groupes sont composés de Noirs et mulâtres, quelque chose qu’on voit pas très souvent. En fait je me demande si j’ai déjà vu un seul groupe composé que de Noirs à part le band de la fille à Will Smith, au Ozzfest y a un million d’années de ça. Je sais que ça existe, il y a quelques bands de metal ou de punk en Afrique et peut-être qu’il y en a avec juste des Afro-Américains quelque part, mais en tout cas, en ce qui me concerne, une autre première, et c’est intéressant à voir.

Le groupe qui headline est KAOS 64, un quatuor de vieux punks de São Paulo qui sont supposément légendaires, selon les quelques “amis à usage unique” que je me suis fait depuis chus arrivé, évidemment plutôt curieux qu’un estrangeiro se soit pointé là. Peut-être que je radote, et que je parle souvent de comment chus le OWG (only white guy) à pas mal d’endroits où j’aboutis, mais je me dis que c’est quand même pertinent et central à l’expérience de tout le monde impliqué. Imagine aller voir un show underground à Drummondville pis que y ait un Japonais ou un Suédois qui soit là, ayant appris l’existence du show en tombant sur un flyer.

Donc, Kaos 64… C’est ultra-rapide, surprenemment tight (surtout comparé aux groupes avant, dont la maîtrise de leurs instruments égalait pas toujours leur rage et leur énergie), mais super répétitif, du hardcore punk des années 80 avec plein d’écho dans la voix. Reste que, pour le prix, j’ai pas à me plaindre, et c’était un bon show en tout et pour tout.

Je dis bye à mes nouveaux potes, qui me suggèrent de marcher vite vite pour retourner de l’autre bord de la track, astheur que la nuit est tombée. J’arrive à l’auberge une heure plus tard, en un morceau, et la fête continue avec la gang de joyeux lurons brésiliens qui y travaillent.

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