Le Coronavirus pis moé

Les dernières quelques semaines ont été plutôt bizarres, de mon point de vue de Québéco-Chinois. Je suis revenu chez moi, chez moi étant une petite ville dans l’est de la Chine, la semaine dernière au milieu de la panique clusterfuckesque qui accompagne le virus Covid-19 (ou coronavirus, ou virus de Wuhan). Allons-y chronologiquement.

Donc, mi-janvier, je me suis rendu à Québec (via Shanghai et Montréal) pour visiter la famille et les potes, pour la première fois en un an et demi. Déjà, on parlait que de ce virus aux nouvelles, bin, ça et la nomination possible de Jean Charest à la chefferie du Parti Conservateur, tant qu’à rester dans le domaine des calamités. Ah et aussi le “troisième lien”, c’est de la ville de Québec dont on parle après tout.

Au quatrième jour de ma visite, j’étais cloué au lit, avec de la fièvre et de la morve dans la gorge, et à Radio-Canne ils recommandaient aux gens avec des symptômes de grippe qui arrivent de Chine de contacter Info-Santé. Ce que je fis. Je me disais que c’est sûrement un rhume normal parce que deux jours avant j’avais été faire du ski de fond avec un manteau au zip brisé comme un moron, mais on est un citoyen responsable ou on l’est pas? Info-Santé ont pris mes infos, quelques minutes plus tard le téléphone sonne, quelqu’un de la Santé Publique qui me dit d’aller straight à l’urgence.

Donc je me rends au CHUL, et quand c’est mon tour, l’infirmier fait des gros yeux, et me fait passer tout de suite, avec quelques protestations des gens mal amochés assis sur les chaises en plastique de la salle d’attente, certains avec des enfants, et qui attendent depuis des heures alors que moé je coupe la file.

Ils me mettent dans une salle isolée, me disent de me déshabiller et mettre mon linge dans un gros sac, j’espère ils l’incinèreront pas. Tout de suite, je vois c’est un peu la panique, du personnel médical quelconque s’amasse de l’autre bord de la vitre, et ceux qui entrent se couvrent de masques et gants, et se désinfectent dans l’antichambre quand ils sortent. Des techniciens en radiographie emmènent leur grosse machine sur roues pour me checker les poumons, une urgentologue me prend des échantillons de morve, puis finalement après une attente d’une heure environ l’infectiologue se pointe.

“Salut cousin! J’savais pas que t’étais de retour au Québec?”

“Ouin man, chus arrivé vendredi, j’étais pour t’appeler bientôt, voir si je peux aller te visiter, toi pis ta famille!”

Drôle de coïncidence. Je savais bien sûr qu’il est médecin, et travaille parfois à cet hôpital, mais j’imaginais pas le voir dans ces circonstances. Finalement il me dit que j’ai testé négatif, j’ai juste une fin de grippe “normale”, le genre pour laquelle une journée de repos et quelques boissons chaudes font amplement l’affaire.

Donc, soulagement, même si comme je dis j’étais pas trop inquiet au départ. Je suis parti avant le lockdown en Chine, et de toute manière j’habite plutôt loin de l’épicentre à Wuhan.

Quelques jours plus tard, une facture arrive dans la boîte à malle, 1187 piasses, sacrament. J’habite hors-Québec depuis tellement longtemps que j’ai pus de carte d’assurance-maladie. En beau calisse, je montre ça à mon père, qui empoigne le téléphone immédiatement et les appelle pour dire que y est aucunement question que je paye une cenne, je suis pas allé me faire traiter, je suis allé me faire examiner, tel que mandaté par la Santé Publique et mon fucking devoir de citoyen qui veut pas être Patient Zéro de l’apocalypse des zombies. Il est très ferme, et pas mal plus diplomate que moi je l’aurais été. Finalement, la semaine suivante, une lettre arrive pour dire que les frais sont annulés. Good.

Faque le reste de mes vacances d’hiver se passe sans histoire, je vais skier, jouer au hockey, montrer la ville à un de mes chums allemands de passage, je visite les amis et la famille, et je bois des dizaines et des dizaines de bons produits de microbrasserie. Mon vol de retour est prévu pour le 7 février, mais Air Cacanne m’ont envoyé un e-mail pour me dire que tous leurs vols pour la Chine sont suspendus et que je devrais recevoir un remboursement (qui est toujours pas encore fucking arrivé, au moment où j’écris ces lignes).

Que faire? Je veux retourner à la maison, moi. Ça peut sembler fou braque, avec toute la panique aux nouvelles, mais je m’ennuie de ma copine, toute seule dans l’appartement après être revenue de son voyage au Népal. Ce virus me fait pas peur une miette, les seuls cas de décès sont des vieillards ou du monde avec le SIDA genre, et je me dis que si c’était vraiment le virus pour mettre fin à la race humaine, on le saurait tout de suite et on en serait à empiler des cadavres plutôt que de compter les cas un par un.

Je parle à ma douce avec l’application vidéo de Wechat, elle me suggère de checker les vols en partance vers un pays voisin, et aller en Chine de là. J’achète donc un aller-simple vers Bangkok, en espérant que les rumeurs comme quoi Ladyboyland sont pour annuler leurs vols pour le Pays Jaune eux aussi s’avèrent non fondées. Je pars de Montréal, le jour de la sacrament de grosse tempête de neige, ce qui implique un trajet en Amigo Express dans un blizzard pas possible et quelques retards dans les vols en partance de YUL, mais je me rends éventuellement à bon port.

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Bye-bye Mourial (crédit photo: https://www.narcity.com/)

La métropole sud-est asiatique est toujours aussi suffocante, bondée, vibrante, dépravée et colorée que lors de ma dernière visite, et à chaque fois que j’y mets les pieds je me sens transporté à mon premier voyage, en 2006. La Thaïlande est véritablement la gateway drug qui m’a rendue complètement accro au vagabondage, et chus loin d’être le seul. Drette en arrivant à l’aréoport j’achète un billet pour Shanghai, quatre jours plus tard. Je me rends à mon “hôtel à capsules” dans le quartier japonais, et je profite de mon escale forcée, me régalant de toute la bouffe de rue dont je m’ennuie constamment, assistant à des combats de muay thai, visitant des chums, et absorbant l’énergie de cette ville. Juste parce que mes chums insistent, on se rend aux gogo-bars de Nana Plaza, avec leur stage rempli de filles topless coude-à-coude. Le dernier jour, je loue un scooter et je vais me perdre dans le traffic.

L’avion de Thai Airways part à temps, et je suis le seul à pas porter de masque. J’en ai quelques-uns dans mes poches pareil, sachant que ces petits masques inutiles sont quand même quasi-obligatoires une fois arrivé au pays, ne fut-ce que pour pas se faire chiâler après par la police ou empêcher d’entrer quelque part.

L’aréoport Pudong est une ville-fantôme, et c’est plutôt plaisant de clairer l’immigration en moins de cinq minutes. D’habitude je prends un bus qui va directement de Pudong jusqu’à ma ville, à trois heures de route, mais là ils sont suspendus, alors mon employeur m’a arrangé un chauffeur. J’ai une fringale et j’achète du KFC, un rituel que j’ai quand je fais de la route en Chine. Je fais quelques jokes connes avec les employés, leur demandant si leur poulet frit a le virus, ils ont le sens de l’humour jovial propre aux Chinois, je suis content d’être de retour. J’achète aussi une canne de Tsingdao.

Il y a environ 5% du nombre de chars qu’il y aurait en temps normal, alors qu’on roule sur l’autoroute un peu sinistre qui traverse les banlieues de Shanghai. De temps à autre, on arrête à un checkpoint, où un bonhomme avec une burka en plastique me pointe un thermomètre dans le front.

Quand on arrive à l’entrée de la ville, là c’est du sérieux. Le poste de péage de l’autoroute est entouré de grosses vannes de police, et chaque véhicule doit s’arrêter et les occupants doivent s’enregistrer. Il est tard, chus fatigué et j’ai hâte d’arriver à la maison, mais j’ai pas le choix, et je dois dire que je respecte le fait que tant de mesures soient mises en place pour empêcher la propagation de ce virus si bénin mais si contagieux.

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Le processus prend bin trop de temps, les bonhommes en uniforme essayant de faire trop de choses en même temps, et c’est pas comme si tous les morons qui arrivent vont faire la file comme des gens civilisés, surtout qu’une petite pluie commence à tomber et qu’il y a peu de place dans la tente modulaire érigée là temporairement. Comme d’habitude, mon passeport les plonge dans un état de confusion comme si je venais de Jupiter, et il faut que je les aide à rentrer mes détails dans une application, et les mêmes estis de détails sur une feuille de papier, ce qui est très logique.

La même chose se passe une fois arrivés à l’entrée de mon complexe d’appartements, en un peu pire, vu que le paysan exproprié quasi-analphabète qui sert de garde de sécurité veut pas me laisser entrer. Après 5 minutes d’astinage, j’entre pareil, et je me fais barrer mon chemin par un autre garde, qui lui au moins sait que j’habite là alors il prend mon numéro de passeport et me demande d’écrire mon nom (en chinois) sur sa feuille tout trempe. Il me dit de rentrer sans faire de détour, et de rester à la maison pour 14 jours.

Je sors ma clé et j’ouvre ma porte, et ma copine est là, avec un masque et un pouch-pouch rempli d’alcool antiseptique. Elle m’asperge, moi et mon bagage, puis sacre tout dans la laveuse. Précautions élémentaires.

Donc depuis ce temps-là, je suis en quarantaine. C’est pas si mal, j’ai ma douce avec moi, le placard et le frigidaire sont plein de bouffe, et j’ai ce qu’il faut pour me distraire. Je m’entraîne dans la deuxième chambre à coucher transformée en gym, je lis, je regarde la TV et je joue à des jeux vidéos (GTA IV sur mon PS3 et Commandos: Behind Enemy Lines sur mon PC). Au quatrième ou cinquième jour, j’ai commencé à faire des tours dehors, tant que je sors pas du parc d’appartements (qui est quand même assez vaste pour prendre des longues marches ou faire des tours en longboard) et que j’entre pas en contact avec personne. Il y a presque personne dehors anyway, et deux des entrées du complexe sont barricadées.

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La vie continue, par contre. L’école secondaire qui m’emploie a mis en place des cours en ligne, j’étais un peu sceptique au départ mais finalement ça va super bien, ils ont comprimé tout ça pour faire en sorte que tous les élèves de secondaire 4 sont en un seul groupe, et même chose pour les secondaire 5. Sept heures de cours en tout, par semaine, et le reste du temps chus à la maison au lieu d’au bureau. Et chus payé temps plein pareil. Peut-être que je vais m’y habituer, à ce maudit virus.

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