Show Report: Massacration (Porto Alegre, Brésil)

Des fois, quand je voyage je vais sur Google et écris “[nom de la ville] + metal shows” ou l’équivalent en la langue locale si chus capable, et donc la journée avant d’arriver à Porto Alegre, je tombe sur une page Facebook annonçant le show d’un band nommé Massacration. C’est un rendez-vous.

On prend l’autobus de nuit de Montevideo, Uruguay, et on se réveille un peu tout croche sur le siège incliné à 45 degrés. Deux canettes de guaraná bien glacée et quelques snacks graisseux achetés à la gare routière nous remettent sur pied, c’est toujours très nice d’être de retour au Brésil.

Après avoir déposé nos choses dans l’appartement qu’on a loué, on va prendre une longue marche dans la métropole un peu sinistre qui manque malheureusement d’attractions touristiques ou même juste de buildings pas laittes. Au moins on a quelques items qu’on peut cocher de notre liste mentale de foodies: à midi, on mange le sandwich local, le xis (prononcé comme cheese avec un ch- doux) et en soirée on se rend à un restaurant de barbecue pour un rodízio. Voici ce qui m’est passé par la tête, chronologiquement:

17:18  Oh shit!!! 10 piasses pour de la viande à volonté, emmenée direct à notre table par des messieurs en chemise blanche qui tiennent des longues brochettes?! Sign me up!

17:31  Wow, toutes les viandes sont savoureuses! Et les petits plats d’accompagnement aussi. Ah, c’est quoi ça? De la côtelette? Oui, coupez-en un morceau s’il vous plaît.

17:52  Non merci bro, mon assiette est pleine.

18:11  BAH GAWD ARRÊTE STI JE VAIS EXPLOSER

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Un esti de gros repas, et une bien belle expérience. Une chose est sûre, en combinant l’Argentine, l’Uruguay et le sud du Brésil pour notre voyage d’été (bin notre été, leur hiver), notre côté meat lovers a été choyé. Et non, je me prononcerai pas sur lequel de ces trois fait le meilleur barbecue, sujet qui part des guerres, et pour lequel j’ai pas tant une opinion tranchée vu que j’ai mangé des savoureuses piles de viandes dans chacun.

La churrascaria est à un bloc d’où le show de Massacration est supposé être, on s’y rend, et je suis surpris de voir qu’il y a une file qui fait le tour du bloc. J’achète un billet d’un scalpeur, avec le mini-stress habituel au sujet de si y m’a crossé et vendu un billet photocopié qui marchera pas à l’entrée, puis j’accompagne ma douce jusqu’à notre appartement. La nuit vient de tomber, et y est aucunement fucking question que je la laisse marcher seule.

Je retourne à la course, et la file a disparu. Mon billet scalpé fonctionne, je me fais taponner suspicieusement par un gros bouncer, puis je pénètre dans la salle. Massacration sont déjà sur la scène, cinq bonhommes tout en spandex et avec les cheveux gaufrés comme les groupes de cock rock et de glam metal des années 80, jouant du heavy metal traditionnel. Je suis un peu confus, j’avais pas fait de recherches du tout, et juste à regarder le logo du groupe j’avais pensé que ce serait du thrash old-school. Ah bin. Chus là, j’ai pas vu de show depuis presque deux mois, alors je m’achète une grosse bière rousse et je me fonds dans la foule assez dense.

Ça me prend quand même quelques minutes, mais éventuellement je me rends compte que quelque chose cloche et que c’est clairement un band de parodie. Je sais pas si c’est leur habillement excessif, les noms de tounes complètement mongoles, le fait que leur guitariste s’appelle Defecator, la présence d’un grand nombre de normies dans la place, ou sûrement juste un mélange. Entre deux tounes, je demande à mon voisin quessé ça, et il me dit que c’est une gang de comédiens de MTV Brésil qui ont formé ce groupe de satire pour quelques sketches, avant que ça prenne de l’ampleur et devienne un “vrai” groupe.

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Musicalement en tout cas, ça tient la route, du metal style début des années 80, la fameuse NWOBHM (new wave of British heavy metal), avec des rythmes galopants, solos endiablés et voix d’opéra, et le tout est joué de façon très compétente. Certaines tounes rappellent plus Manowar que Iron Maiden, avec le beat ralenti un peu et beaucoup, beaucoup de fromage. Les paroles sont en anglais tout boboche, ce qui supposément fait partie de la satire envers les métalleux brésiliens qui plus souvent qu’autrement parlent pas une miette d’anglais mais écrivent des paroles pleines de fautes pareil.

Sinon le frontman s’adresse à la foule en portugais, et la foule est constamment crampée de rire, c’est un humoriste connu après tout. Moi évidemment je comprends pas tout avec mon portugais tout cassé et déficient, mais une des jokes qui m’a fait le plus rire est quand le chanteur a dit “La prochaine chanson s’intitule Metal MILF… MILF voulant dire, en anglais, Mother I’d Like to Fuck… ou en portugais, euh, jolie dame âgée”.

Le show prend fin, et je pique quelques jasettes avec le monde présent, qui trouvent bin comique que je me sois pointé là sans même savoir que ce serait un joke band. Les bouncers séparent la salle en deux avec des clôtures, et on se fait confiner à la section proche de la sortie avant de se faire mettre dehors complètement, à moins de vouloir refaire la file et payer le cover pour entrer dans le bar, où un DJ est maintenant rendu à faire jouer des ng-tss-ng-tss-ng-tss de son laptop.

La rue est rendue complètement blindée de monde, en ce vendredi soir. Des meutes de mâles en rut vêtus de t-shirts serrés ou des petits groupes de femelles claudiquant sur leurs talons hauts se rendent dans les bars, zigzaguant entre les cercles d’adolescents assis par terre, passant des petits joints pleins de bave ou des canettes de bière. J’achète un gobelet de caipirinha d’un entrepreneur qui a parké son petit chariot sur le trottoir et regarde la scène de sugoufs, de cateuils, d’esthètes, de hipsters, de croûteux, de lesbiennes avec un côté de la tête rasé mais pas l’autre, et des quelques favelados qui sont sortis de leurs bidonvilles mal famés pour se mêler à la foule. Cette région du Brésil est la plus européenne, on pourrait se croire dans une ville proche de la Méditérannée, juste que tout est quatre fois plus délabré et que les gens ont les fesses 30% plus volumineuses en moyenne.

J’ai le double de l’âge de la majorité des mioches présents, alors je me demande un peu ce que je calisse là et me mets en route, sirotant mon caipirinha.

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