Histoire de brosse

Bon ça fait un certain temps j’ai rien écrit, j’étais occupé un peu et j’avais le syndrome de la page blanche, alors autant débloquer ça avec une petite histoire simple, conne et immature. En plus elle est quelque peu loufoque, le genre de choses que je suis convaincu que c’est jamais arrivé à personne d’autre.

Nous sommes en 2011, et j’habite en périphérie de la ville de Harbin, dans le nord de la Chine. Un moment donné, je me fais offrir une job à temps partiel, enseigner l’anglais dans un collège quelconque le samedi matin. Le problème c’est que le collège est creux dans la banlieue sud-ouest, et moi j’habite de l’autre bord de la rivière, à 10 km au nord du centre-ville (et les villes chinoises sont calissement énormes). J’accepte néanmoins, me lève à 5:30 puis me tape deux heures de vélo pour me rendre au collège, où je trouve une toilette isolée, me fais une douche à la débarbouilette, avant de mettre ma chemise/cravate et d’aller gagner ma petite pile d’argent de poche à enseigner la langue de Shakespapire à une gang de petites universitaires. Puis je me rends en ville et passe l’après-midi avec des chums.

Donc la troisième ou quatrième fois que je me tape cette routine, un de mes potes m’appelle et m’invite à aller au beer garden qui vient d’ouvrir. Harbin est une ville un peu spéciale, la capitale de la province la plus nordique du pays, un climat rigoureux et une influence russe, avec des locaux qui mangent bin de la viande, aiment se chamailler et ont une culture de beuverie qui peut rivaliser avec les gros buveurs de ce monde. Un environnement pour moé! J’arrive au beer garden, un chapiteau gros comme un terrain de soccer, avec des longues tables en bois et des bières de 1.5 litres servies dans des bouteilles d’aluminium en forme d’obus. Je me joins à ma gang, un dude de Vancouver et trois Chinois du coin, et on tombe dans bière. Je me suis levé tôt pour gagner mon pain, je la mérite.

Les obus s’alignent, ainsi que quelques snacks salés, un bel après-midi. Mon plan était de peut-être me rendre dans la zone universitaire et souper avec d’autres chums, mais finalement le temps passe trop vite et trop de bière est imbibée pour que ça se fasse. La nuit est tombée depuis quelques heures alors que je titube en dehors de la grosse tente, vers mon vélo que j’ai barré sur une barrière en métal.

“Pourquoi mon bicycle est tout trempe? Y a plu? J’avais pas remarqué”, me dis-je.

Je mets mon casque, que j’avais laissé accroché sur mon guidon. Il est également mouillé, et la strap toute humide m’irrite la barbe.

Et c’est là que l’odeur arrive…

…et la réalisation, qui frappe mon cerveau de saoulon comme un coup de fouet.

Fuck.

Fuck!

FUUUUUUUUUUUUCK!!!!!!!!!!

Je freine tellement soudainement que je passe proche de me planter, j’enlève mon casque et je le garroche dans la haie de cèdres.

Le beer garden a juste une toilette, qui a toujours des files et est un pit dégueulasse insalubre avec pas des flaques, mais des lacs d’urine qui l’entourent. Conséquemment, la majorité des buveurs (moi inclus) vont pisser un peu partout autour, dans le terrain vague, sur le bord de la route, sur les arbres alignés en bordure du trottoir. Et bin évidemment sur mon calisse de bicycle.

J’ai une bouteille d’eau, j’arrose mon frame et essaie de le rincer un peu, mais maintenant que j’ai réalisé ce qui s’est passé, la puanteur s’en va pas. Je suis vraiment en maudit.

Un moment donné, chus tellement en tabarnak, je suis sur une route plus ou moins déserte sous un viaduc et je lâche un gros coup de pied sur une poubelle. Mon but était juste de me défouler, pas de rien casser, mais la poubelle débarque de ses gonds et tombe sur le côté, dans un gros vacarme et une avalanche de déchets qui revollent partout. Shit.

Et c’est là que, comme souvent dans ma vie, ma tendance à faire des esties de niaiseries, couplée aux remords que j’expérience immédiatement après, me met PLUS dans le trouble que si j’étais simplement un sociopathe qui se foutait des conséquences. Je débarque du vélo et commence à pousser les vidanges avec mes pieds pour les tasser du trottoir et les mettre dans une pile un peu moins dégueulasse, quand tout à coup un couple tourne le coin d’une rue transversale étroite.

“C’est-tu toé qui a fait ça?!” Le gars s’avance vers moi et me sacre un coup, moitié punch moitié poussée, qui me pogne sur l’épaule et me fait reculer d’un pas. Il se met à m’insulter, le genre de sacres chinois si peu variés que j’ai évidemment appris à force de traîner dans des endroits mal famés.

Sa copine s’interpose entre nous deux. Ça le met deux fois plus en tabarnak, moi aussi chus encore plein d’adrénaline et de rage mais pas au point de me battre avec un inconnu, surtout que c’est de ma faute que ce coin de trottoir a l’air d’un mini-dépotoir.

Alors qu’est-ce que le gars fait?! Il saute sur mon vélo et décalisse en me criant d’autres bêtises au sujet des organes génitaux de ma mère. On le regarde disparaître au coin de la rue, bouche bée.

La fille s’excuse, en anglais pas moins, chus tombé sur une personne qui est dans le 0.002% de la population de la ville capable de dire plus que trois mots en cette langue. Puis elle sort son cell et fait un appel, sans réponse. Elle réessaye plusieurs fois, finalement ça répond. “Ramène-lui son bicycle!”, qu’elle crie. Ça s’astine un peu, finalement le gars revient, kick mon vélo dans la pile de vidanges, et me regarde le ramasser et m’en aller, d’un air menaçant.

Il me reste au moins une heure de route à faire, et chus tellement saoul que j’ai mal aux paupières. Faudrait que j’arrête de faire des conneries d’ivrogne, me dis-je alors que je traverse l’interminable pont de la Rivière Song. Chus un invité dans ce pays, très visible, et la nuit tombée les saoulons béligerrants sont sortis.

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