Un petit coin de France dans le sud-est de l’Inde

Saviez-vous qu’il y a un petit coin de l’Inde qui fut autrefois une colonie française? TLDR: la France aux 17e et 18e siècles a conquis des morceaux de territoire indien, s’est tapé sur la yeule avec les Britanniques et Hollandais qui essayaient de faire pareil, et ça a culminé avec la “vraie première guerre mondiale”, la Guerre de Sept Ans, où les Anglais ont gagné dans plusieurs théâtres d’opérations (dont les Plaines d’Abraham) et ont mis fin à l’hégémonie française sur la côte est de l’Inde… à part Pondicherry, cité-état qui lui a été rendu par traité en 1763. Nos cousins un peu péteux outre-Atlantique ont administré la place jusqu’en 1954, quand elle a été rendue à l’Inde maintenant indépendante.

J’étais vaguement au courant, et vu que mon périple dans ce pays était centré sur les états les plus au sud de la grosse péninsule triangulaire, je me suis dit que j’irais y faire un petit tour. Ce que je lisais en ligne disait que l’influence française est pas mal loin, mais déjà, je tombe sur quelques-uns des francophones qui restent encore dans le coin: les deux soeurs dans la quarantaine qui m’hébergent via CouchSurfing ont été à l’école en français. L’une d’elle le parle plus ou moins comme sa langue maternelle, vu qu’elle a émigré dans la région de Paris, et l’autre est plus rouillée un peu, mais elle aime bien la musique de Garou. Un moment donné je rentre dans son bureau, la vois en train de chanter CELUI QUI N’A JAMAIS ÉTÉ SEEEEUUUUUL à tue-tête, et elle pouffe de rire et éteint son radio quand elle me voit dans son champ de vision.

En ville, le boulevard de bord de mer est surnommé “la Côte d’Azur de l’Inde”, avec ses buildings blancs, ses panneaux de rue en français, et surtout ses policiers coiffés d’un képi. Il y a quelques bistros où des Indiens riches sont assis en train de siroter leur café dans des minuscules tasses blanches, on se croirait quasiment à Nice. Mais ça c’est juste un bloc ou deux, parce que le reste de la ville est un fouillis classique indien, avec des rues bondées et sales, du bruit, des commerces qui vendent du bric-à-brac, et les classiques vaches en liberté qui vont te donner un coup de corne si tu leur donnes pas l’espace qui leur revient de droit.

La ferme est à une dizaine de kilomètres de la ville, je m’y suis déplacé avec un bicycle que mes hôtesses m’ont prêté. Si tu regardes une carte, la façon dont le territoire de Pondicherry est délimité de l’état du Tamil Nadu qui l’entoure est assez bizarre, et au lieu d’un genre de demi-cercle régulier, tu as plein de zig-zags, et donc la route de campagne que je partage avec les charriots tirés par des animaux et les camions colorés qui chient de la grosse boucane noire alterne d’une administration à l’autre. Les bouts sous la tutelle de Pondicherry sont en assez bon état, et quand j’arrive à un segment dans l’état de Tamil Nadu, on dirait que la route a été bombardée, et ainsi de suite. On voit lequel des gouvernements locaux a le plus de cash, et/ou le moins de corruption.

Sur la ferme, il y a aussi deux Allemandes qui sont là en genre de workaway, elles aident avec la traite des vaches le matin en échange pour le gîte et couvert. Moi je suis juste un CouchSurfeur commensal et on s’attend pas de moi que je prenne part à ces tâches, mais pourquoi pas, je suis ici et je peux bin leur donner quelques heures de mon labeur, même si ça implique de me lever tôt. Ce sont des ouvriers de ferme tamoules qui traient les bêtes, ma job à moi et aux deux brouteuses de choucroute est de peser les chaudières et d’entrer ça dans une liste avec les noms des vaches. Ensuite on aide à pelleter les quantités phénoménales de bouse dans les gouttières et on jette ça dans une grosse pile en arrière de l’étable.

On se fait donner à déjeuner, des toasts et des fruits. Je suis un peu déçu, pas que c’est pas bon, le pain est frais et délicieux, mais les curries de lentilles et les pains plats que les Indiens à côté mangent ont l’air encore plus savoureux.

La femme qui aime Garou, nommée Glory (oui, c’est son vrai nom, elle m’a montré sa carte d’identité), me dit qu’il y a un festival de musique électronique qui a lieu en soirée. On se rend là avec son vieux bazou, et on regarde des DJs faire des ng-tss-ng-tss-baby avec leurs laptops. Je connais quasiment rien à la musique électro mais c’est quand même une sortie amusante et une petite fenêtre dans le monde des Indiens qui ont du cash, comparé à ceux qui vivent dans une pauvreté assez abjecte.

Et c’est pas mal ça qui est ça. Le lendemain, après la job de ferme et le déjeuner, je remercie ma famille hôte et me rends en ville pour prendre un bus vers Chennai.

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