Hijabophobie

Je checkais les nouvelles et ils parlaient de manifestations en Iran avec, entre autres enjeux anti-gouvernement, des femmes qui veulent pas porter leur foulard. Ça m’a fait penser à une histoire, que je vais vous conter drè-là.

En prélude, des fois je m’abstiens de parler politique dans le contexte de ces récits de voyage et je décris les choses telles qu’elles sont (ou au moins telles que je les ai perçues) mais reste que la politique, si on décrit ça comme “les différences façons d’adresser les problèmes de société” est au centre de bien des interactions humaines et donc de quoi qui est inévitable pour un globe-trotteur comme moi qui essaie de m’immerger le plus possible et de comprendre comment une certaine culture opère.

En gros, j’aime bien les Musulmans. J’ai eu des expériences surtout positives dans les territoires musulmans que j’ai visités. Mais je suis aussi plutôt sceptique envers l’immigration musulmane de masse dans des pays où ils ont démontré à répétition qu’ils sont incompatibles avec la culture locale, et je trouve particulièrement comique de voir les gymnastiques mentales que les… disons, “ethnomasochistes engagés dans une spirale de purité sans fin vers le soi-disant progressivisme” font à leur sujet. Ces gens-là vont génuflexer devant l’autel du multikulti à la Justin Trudeau et pousser de l’avant que l’islam est la religion de la paix, condamnant toute critique de ce culte monothéiste qui est pas vraiment sorti du 7e siècle comme étant juste de l’“islamophobie”, sans vraiment réaliser que les barbus en robe beige qu’ils voient un peu de façon condescendante comme ayant besoin de leur aide sont loin de partager leur vision du féminisme radical et des causes pro-LGBT, ou même de juste avoir une vision libérale occidentale de la place des femmes et des gays en société. Ce serait simplement un paradoxe plutôt amusant à observer si c’était pas aussi ancrée dans la politique moderne et causait pas de retombées assez désagréables.

Tout ça pour dire qu’en 2012 ou 2013, je me souviens pus exactement, je me suis lié d’amitié avec une Iranienne nommée Parisa. Et pas une Iranienne de Brooklyn ou d’Outremont, une Iranienne d’Esfahan, sti. Et en fait c’était la première fois elle sortait de son pays, à l’âge de 28 ans. Elle habitait dans une ville voisine à la mienne en Chine et m’avait contacté via CouchSurfing. Il y avait pas d’étrangers dans sa ville et elle trouvait le temps long, parlant à peu près zéro chinois, donc elle a pris le bus jusque dans mon coin un beau week-end de décembre. Je l’ai reconnue de loin, avec le peu de minorités ethniques dans ce pays. Elle était jolie, avec ses longs cheveux bruns pâles frisés et son grand sourire. Une des premières choses qu’elle m’ait dit, sans que je lui aie rien demandé à ce sujet, est comment contente elle était de pas avoir à porter de hijab. Ah bin.

Je connaissais peu l’islam, et j’avais encore moins eu de discussions avec des femmes originaires de pays musulmans (les expatriés de ces places-là, ou bin donc le monde avec qui tu interagis le plus quand tu y mets les pieds, ça a tendance à être des partys de saucisses) alors j’étais content d’en jaser. Elle déplorait comment sexiste la culture iranienne est, et que comment même à sa job d’ingénieure elle se faisait pas prendre au sérieux et reprendre par des techniciens qui connaissent moins sa job qu’elle, qui a une maîtrise et a travaillé dans ce domaine plus longtemps qu’eux. Là elle était en Chine pour faire du contrôle de qualité à une usine qui leur fournit des matériaux, la job est plutôt de la marde mais c’est quand même une position que les ingénieurs de sa compagnie compétitionnent pour, à cause de la juteuse prime de déplacement, et en tant que femme elle s’était fait tasser pour d’autres jobs semblables auparavant.

Elle a fait un geste pour montrer les alentours, disant comment elle envie les Chinoises et comment libres elles sont. J’ai levé les sourcils de surprise, c’est sûr que la Chine est pas l’endroit au monde où ça suck le plus comparativement d’être né avec le sexe féminin, mais c’est quand même une culture plutôt macho et patriarcale, surtout avec les petites familles, les filles sont plus ou moins supposées de remplir leur rôle de poule pondeuse et de donner un Petit Empereur à la lignée de son mari. Reste que ouin, comparé à l’Iran, j’imagine que c’est quelques cartes de plus dans leur jeu de la vie, et qu’elles ont toujours bin le droit de se promener en liberté et sans code vestimentaire strict.

Et c’est ça qui me fascinait, à écouter Parisa parler. Elle était en choc culturel assez solide, et il va de soi que le choc culturel était quelque chose avec lequel j’étais pas étranger, surtout dans une place aussi dépaysante que la succession de villes non-cosmopolitaines de l’intérieur de la Chine où j’habitais alors depuis quatre ou cinq ans. Mais mon propre choc culturel, ainsi que celui de la plupart de mes chums d’Amérique du Nord ou d’Europe, était basé sur notre propre background, alors que Parisa avait évidemment une autre vision totalement. Ainsi, certaines choses que je trouvais bizarres étaient pour elle normales, et l’inverse, et de façons totalement différentes.

Par example, elle pointa un sapin de Noël devant un centre d’achats, et dit comment cool c’était de voir autant d’esprit des Fêtes. J’ai parti à rire, croyant au sarcasme, mais non, pour elle qui avait jamais vu de décorations de Noël autre que dans des films, ce minuscule sapin en plastique était la chose la plus Noël qu’elle ai jamais vue. Mais pour moi, qui est habitué depuis ma jeunesse à un assaut des sens qui peut en devenir franchement désagréable à partir de novembre, avec musique pouiche dans tous les espaces publics, guirlandes laittes vertes, rouges et blanches partout, et un esprit de consumérisme à pression assez creepy, la Chine c’est pas l’endroit auquel je pense quand on me dit Noël.

Elle a aussi conté comment elle voulait absolument goûter à du porc. Elle a donc demandé à son interprète à l’usine où elle pouvait trouver du porc, et celle-ci a dû trouver ça bizarre comme question, vu que le porc est la viande la plus consommée en Chine et est trouvée à peu près partout (à part les restos halals bien sûr).

Alors qu’est-ce que notre amie iranienne a mangé de porcin pour la première fois de sa vie? Une côtelette juteuse? Du jambon? Du bacon?

Une assiette de rectums de cochon.

Quand elle a dit ça, et surtout la combinaison avec son expression confuse et son accent quand elle parlait anglais, j’ai ri fort. Soit que son interprète a voulu la troller, ou soit c’est une méchante conne, et à en juger par les histoires cauchemardesques d’usine que Parisa a aussi contées, j’imagine que c’est la seconde option.

Le soir on est allés souper au restaurant turc de la ville, ouvert par un gros moustachu sympathique. Elle me parlait de mets iraniens et de comment ils sont semblables ou différents de ce qui était servi là, et me disait que je devrais aller visiter un jour. Quasiment tout le monde que je connais qui a visité l’Iran a trippé solide, un peu dommage que leur visa soit si restrictif pour les citoyens canadiens, et ainsi chus toujours pas allé. Elle me montre des photos de randonnées en montagnes avec ses CouchSurfeurs, de la ville d’Esfahan, et même de partys qui ont l’air plutôt animés. Supposément que l’alcool se trouve facilement, il y a une minorité d’Arméniens chrétiens qui sont pas supposés en vendre aux musulmans mais le font pareil, tu peux acheter une caisse d’Heineken sur un genre de marché noir, ou alors du monde font leur propre alcool de prison.

Sur les photos où elle est dans la nature ou dans une maison, elle est tête nue, mais les photos en public la montrent avec un foulard, des fois bien ajusté pour que juste sa face soit visible, mais des fois aussi il est tiré vers l’arrière et plein de couettes folles en sortent. Elle dit qu’elle fait par exprès, pour faire chier les vieux sexistes, mais ajoute que malheureusement quand elle retournera à l’aréoport dans un mois elle devra sortir son hijab du fond de sa valise et le mettre avant d’entrer dans l’avion ou même de s’asseoir dans la section d’attente, si elle veut pas se faire regarder trop croche.

En tout cas, je suis pas plus que vaguement ce qui se passe là-bas, et j’ai plus ou moins perdu contact avec cette gentille et intelligente demoiselle depuis qu’elle utilise pus trop Facebook, mais je souhaite aux Iraniens la paix et la liberté qu’ils méritent.

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