Vanuatu Part 1 – Blind-date et kava

Après quelques heures à explorer Port Vila, minuscule capitale des Îles Vanuatu, je me pose sur un banc de parc au sommet d’une colline, avec une magnifique vue sur le lagon en bas. Un jeune mec du coin est déjà assis à l’autre extrémité du banc, et il engage une conversation. Comme presque tous les Ni-Vans (abréviation de Ni-Vanuatu, les “gens de Vanuatu”) il parle bien anglais, et me demande le genre de questions habituels que tu reçois quand tu es un voyageur.

Une de ces questions, que j’entends souvent, est si je suis marié. Dans nos cultures, ça sonne un peu comme du “Pas d’tes affaires sti” mais à bien des places dans le monde, les gens se demandent qu’est-ce que je fais à glander et vagabonder au lieu d’être à la maison avec ma famille. Plutôt fair comme question. Je lui sors ma réponse habituelle:

“Non, peut-être tu peux me présenter quelqu’un?”

Normalement, la réponse à cette joke un peu facile et évidente est “Hahaha, peut-être” mais il hausse les épaules, pensif, et me dit qu’une fille avec qui il travaille serait probablement down. Il sort son téléphone, compose, parle en bislama pour quelques phrases avant de me le tendre:

“Allo?”

“Allo.”

“Mon nom est Xavier, enchanté.”

“Moi c’est Nina (nom fictif), enchantée moi aussi.”

“Ton ami William vient de me dire que tu es célibataire, et que tu aimerais me rencontrer. C’est vrai?”

“Oui.”

“Ce soir t’es libre? Disons 7 heures, au marché central?”

“OK.”

“À tout à l’heure.”

“OK bye.”

Et voilà. Dans le temps de le dire. Je copie le numéro de William et celui de Nina sur un bout de papier, et plus tard en après-midi j’achèterai une carte SIM locale pour être capable de les contacter. Je remercie mon nouveau pote et lui dit que je lui achèterai des bières la prochaine fois que je le vois.

Je continue ma promenade, et en début de soirée je prends place au bar directement à côté du marché central, et me claque quelques cervoises de la microbrasserie locale.

nambawan
Nambawan Porter

C’est là que je commence à voir toutes les façons que ça pourrait mal se dérouler. Peut-être que c’est une prostituée, qui pense (à tort) que je suis à la recherche de pay-for-play? Peut-être qu’elle va m’attirer vers un coin isolé, où je vais me faire voler par des voyous embusqués? Vanuatu est clairement moins sinistre que les Îles Solomon et William semblait digne de confiance mais reste que c’est quand même un pays pauvre et qu’avec la dynamique “riche touriste/habitants paumés” on sait jamais.

Ou tout d’un coup qu’elle est juste moche? J’ai aucune idée de à quoi elle ressemble, après tout. Alors qu’on approche les 19 heures, je porte plus attention aux filles seules, quand elle est jolie et stylée je croise mes doigts que ce soit ma blind date et suis déçu quand elle passe sans s’arrêter, quand c’est une charrue c’est l’inverse, j’évite de croiser son regard et pousse un soupir de soulagement quand elle continue. De son côté ça va être plus facile, puisqu’il n’y a pas d’autres Blanchâtres. Vanuatu reçoit beaucoup de touristes, presque juste des Australiens et des Français, mais ils restent dans leurs gros resorts et tu les vois juste sur l’avenue principale à magasiner pour des babioles et souvenirs.

Finalement, une chica arrive, regarde aux alentours, avant de s’approcher vers moi. Sans être la fille la plus sexy de l’histoire de l’humanité, elle passe amplement mon eye test préliminaire (évidemment, sinon je serais pas en train d’écrire ces lignes): plutôt petite, bien courbée, faciès typique de Noire, avec des grands yeux bruns, un petit nez aplati cute et une lèvre inférieure proéminente qui lui donne l’air de toujours se poser une question. Elle a juste un peu de maquillage, porte un jean serré et un haut ample laissant entrevoir son début de poitrine, et aussi une petite mèche teinte en blonde dans ses cheveux ramenés en queue de cheval, qu’elle me dit est une façon de se différencier de sa soeur jumelle.

Je lui donne un bec sur la joue et la remercie d’être venu, puis je propose qu’on aille boire du kava. Elle accepte volontiers. Le kava est une chose bien particulière aux Îles Vanuatu et Fiji, une étrange et intéressante substance narcotique douce qui est réservée traditionnellement aux chefs de village durant des cérémonies, mais à Port Vila il y a plusieurs places (appelées des nakamals) où on peut acheter un bol de kava à l’unité, et où les femmes sont les bienvenues. Ça vient d’une racine qui ressemble à une grosse patate géante, ils font une pâte avec et mélangent ça avec de l’eau. Le produit final est peu ragoûtant, on dirait que t’es après boire de la bouette, mais ça te rend un peu gelé, alors bien sûr que les humains, dans leur quête d’intoxication, ont exploité ça. Si j’étais pour décrire l’effet, je comparerais ça au cannabis indica, celui qui te cloue à ton sofa, mais vraiment plus léger et avec une drôle de sensation de paralysie. Supposément que si t’en abuses, tu peux être complètement paralysé temporairement ou avoir des hallucinations, mais faut vraiment y aller fort.

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Un bol de kava boueux à souhait

On arrive au nakamal, qui est indiqué avec une petite lumière rouge. Quelques Ni-Vans sont assis sur des banquettes ou sur des coussins, bien stoned, dans un silence presque absolu. Pas de musique, et presque aucun bruit ambiant provenant de la petite capitale endormie. Je vais acheter deux bols, faits avec des demi noix de coco, et on prend place sur une pile de coussins dans un coin.

On discute un peu de différentes choses, de sa job dans la cuisine d’un gros hôtel 5 étoiles, de mes voyages, de la culture du coin, de sa vie de jeune demoiselle qui vient d’émerger de l’adolescence et est prête à mordre dans la vie à belles dents (elle a 19 ans), de comment c’est de vivre sur une île avec 50 000 habitants. Au début on est à un bras de distance mais la chimie est bonne, quoique lente, et l’inévitable se produit.

Je propose qu’on aille “prendre une marche” et elle accepte avec enthousiasme. On sort dans la rue sombre, main dans la main, et on va se dégourdir les jambes un peu avant de s’asseoir sur un banc de parc, coïncidemment le même où tout ça a commencé. L’effet combiné des quelques bols de kava et le fait que je suis en compagnie d’une jolie jeune fille exotique à regarder un superbe paysage océanique font que je suis extrêmement heureux à ce moment précis.

Un moment donné, elle m’entraîne derrière un gros conteneur sur le bord de la rue et on se dévore la face mutuellement, avec encore plus d’énergie que dans la pénombre tranquille du nakamal. Elle frotte mon érection au travers de mon pantalon, puis commence à défaire ma ceinture.

“Qu’est-ce tu fais là?”

“Je veux voir ce qu’il y a là-dedans!”

“Que dirais-tu d’aller à quelque part de plus privé un peu?”

Elle hoche la tête, et on se met en route. Immédiatement, elle part d’un fou rire. Tout le temps qu’on était là, y avait aussi deux bonhommes assis sur des caisses, en train de boire de la bière, à même pas dix mètres de nous. Étant deux Noirs habillés de vêtements sombres, ils étaient pratiquement invisibles, et tout ce qu’on voit c’est leurs grands sourires. Je me demande combien ils ont vu et entendu, sûrement tout.

Mon auberge est un no-go, puisque je suis dans une chambre de dortoir. Les Îles du Pacifique sont pas aussi chères à visiter que je pensais auparavant mais faut quand même que je trouve moyen d’économiser ici et là. Je me souviens avoir vu un bar sportif australien un peu plus loin, avec une pancarte qui dit qu’ils ont des chambres à louer. On s’y rend, et je demande si je peux avoir la chambre à rabais, puisqu’il est tard et on compte juste l’utiliser pour quelques heures. Ils acceptent, alors je me fais une note mentale de revenir et de louer une chambre là une fois que j’aurai terminé avec mon dortoir.

J’achète une grosse quille au bar et on se dirige vers la chambre, où j’ajoute un dan sur ma ceinture noire. On reste ensemble un peu, enlacés, puis on retourne vers nos chez-nous respectifs avec la promesse qu’on va se revoir quand je reviendrai de mon side-trip sur l’Île de Tanna.

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