Vanuatu Part 2 – Le volcan

De Port Vila, la petite capitale tranquille de Vanuatu, je prends un avion vers l’Île de Tanna. Ça me coûte un gros 250 piasses, mais les vols internes c’est pas mal la seule façon de se déplacer dans les archipels du Pacifique, à moins d’avoir son propre voilier ou avoir tout le temps du monde pour attendre un lift d’un des très, très rares paquebots qui prennent des passagers, et rarement gratuitement. Pouceux puants s’abstenir. Donc ce vol domestique gruge mon budget un peu, mais y est aucunement question que je skippe Tanna, pour les raisons qui vont être évidentes ci-dessous.

Quand j’ai acheté mon billet, ils m’ont demandé combien je pesais, et aussi d’estimer le poids de mon bagage. C’était une première pour moi, et j’la pognais pas du tout. Une fois rendu à l’aréoport, j’ai compris pourquoi: l’avion est minuscule. Un petit Cessna à hélices, avec juste quatre places pour passagers, donc il faut qu’ils balancent ça. Il y avait aussi aucune cloison entre les passagers et le pilote et co-pilote, alors je les vois peser sur tous leurs pitons, à même pas un mètre en avant de moi.

On décolle, et bien vite on est au dessus de l’océan, bleu et vide à perte de vue, à part une petite île ou un atoll de temps en temps. 45 minutes plus tard, on survole une île pas mal plus grosse, couverte de jungle, avec aucune évidence de présence humaine à part une ligne clairée d’un kilomètre de long, où on atterrit. La piste est même pas pavée, on atterrit sur du gazon, et y a personne aux alentours.

“On est-tu arrivés à Tanna?”, je demande au pilote australien.

“Non, on fait juste escale ici. Restez dans l’avion, ce sera pas long.”

Il sort, accompagné du co-pilote, et ensemble ils prennent un gros sac de jute de la soute à bagages et déposent ça par terre. Finalement, un gros barbu noir émerge de la forêt. Il est nu-pieds, vêtu de juste un lava-lava autour de la taille, avec une machette dans une main et une branche couverte de grosses bananes dans l’autre. Il échange quelques mots avec les aviateurs, met les bananes dans la soute, et repart avec le sac sur son épaule, avant de disparaître entre les arbres.

C’est ce genre de choses qui te fait dire que t’es loin de chez vous. Quoique à bien y penser, il doit y avoir pas mal de ce genre d’aréoports lointains isolés et de transport de marchandises par avion dans le nord du Québec et dans les Territoires.

Tanna est plus habité, mais pas de beaucoup. De l’avion, on voit juste quelques bungalows entre les arbres, avant de se poser sur la piste, pavée depuis peu. Le pilote dit qu’on est chanceux, des fois y a des cochons ou des chiens, et il faut qu’ils fassent un tour avant d’atterrir.

Il faut je me rende de l’autre côté de l’île, et j’ai pas de transport arrangé. Une des passagères m’offre un lift avec sa famille, jusqu’au rond point où la seule route qui fait l’île d’est en ouest passe, et je m’assis sous un arbre à attendre. Quelques autres bonhommes du coin sont déjà là, l’un d’eux a un gros sac plein de pains baguette. Le genre de coutumes surprenantes que les colons français laissent derrière eux. Je lui demande où il a pogné ça, il répond à la boulangerie quelques maisons plus loin, mais il en reste pus, il les a toutes achetées. Bon prince, il m’en offre une, mais je refuse de prendre plus qu’un morceau, assez pour calmer ma petite faim.

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Un pick-up arrive, et on saute tous dans la benne. Bin vite, la route devient très étroite et cahoteuse, faut se cramponner pour pas tomber. On serpente comme ça pendant un bon deux heures, arrêtant pour déposer un passager ou quand un autre bonhomme sur le bord de la route nous fait signe. Je pense pas qu’on voie un seul bâtiment ou signe d’habitation à part de temps à autre un autre pick-up.

À ce point, la route est rendue en cendre noire, et on voit la colonne de fumée du volcan au loin. Ça commence aussi à sentir les gros pets secs de lendemain de brosse, à cause du soufre qui émane du volcan. Pas mal d’arbres et de grosses plantes arrivent quand même à pousser dans cet environnement, et le contraste entre leur vert vif et le gris foncé du sol est frappant.

Soudainement, ça prend fin, et on entre dans la longue plaine de cendre avec le majestueux volcan en face de nous. Rendu là, il reste juste deux passagers, et le chauffeur nous invite dans la cabine. Il a un câble auxilliaire relié à son système de son, et me demande de mettre de la musique de mon pays. J’y plogue mon mp3, et c’est donc avec la “musique de cabane à sucre” du Rêve du Diable et de la Bottine Souriante qu’on avance dans ce paysage apocalyptique. Méchante drôle d’ambiance.

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Il me demande si j’ai déjà une place où rester, et me dit que son neveu a une cabane d’extra qu’il loue aux touristes de passage. On va y jeter un coup d’oeil, c’est un minuscule village de quatre huttes dans les bois de l’autre côté du volcan, avec une petite famille qui y habite. Pour l’équivalent de $10 la nuit, j’ai une hutte, bien équipée avec un vrai lit confo couvert d’un moustiquaire, et des repas. Belle aubaine, j’accepte.

Oscar, jeune gaillard trapu, m’offre une grosse papaye juteuse coupée en quartiers, et je m’en régale. Tout le monde de la famille parle un anglais parfait, même si entre eux ils parlent une langue bizarre isolée. C’est quand même assez ironique que les Chinois et Coréens apprennent l’anglais à partir de l’âge de 3 ans et rendus à l’âge adulte sont à peine capables de dire “I’m fine-ah, sank you, and-urh you?” alors que des Mélanésiens random qui habitent au milieu de la jungle et sont probablement pas allés à l’école super longtemps maîtrisent cette langue. La seule faute qu’Oscar fait est qu’il appelle mon sac à dos un “basket” et je le corrige pas, tant que je trouve ça adorable.

À toutes les cinq ou dix minutes, un énorme grondement se fait entendre. J’ai jamais rien entendu de pareil, on croirait vraiment que la terre va craquer et qu’on va tomber dans ses entrailles. No wonder que les individus primitifs du passé pensaient que les volcans sont des dieux à apaiser, c’est bin plus convaincant et épeurant que les balivernes sans queue ni tête des chrétiens et leur Jésus à la noix.

Je descends dans la plaine, une bonne demi-heure de marche sur une trail de jungle, et je croise un couple de Français avec qui je me mets à jaser. Ils vont grimper le volcan ce soir-là, moi je me demandais si j’étais pour y aller à ce moment ou le lendemain, finalement je décide d’y aller avec eux, puisqu’ils sont de bonne compagnie. On se rend à leur campement, qui a un peu moins l’aspect homestay que le mien mais est quand même juste quelques huttes aménagées pour touristes, dont certaines bâties dans les arbres. Ils ont même de la bière froide en vente, je m’en claque une, qui désaltère mon gosier plein de cendre depuis ce long voyage à ciel ouvert en pick-up.

Il commence à faire noir quand le camion vient nous ramasser, déjà plein de touristes: des vieillards, des familles et des Japonais. J’ai aucune idée d’où ils sortent, j’imagine ils sont venus avec un de ces tours organisés hors de prix que j’avais vus dans les fenêtres des agents de voyage à Port Vila, avec un avion nolisé et tout le kit. On arrive à la guérite et on paye tous notre $39 non-négotiable qui nous donne accès au volcan pour la soirée. J’avais pensé essayer d’y aller sans payer, mais ce serait une méchante longue et dure grimpée, parce que en dehors de la track battue, marcher dans la cendre est comme marcher dans la neige lousse. J’aurais dû emmener mes raquettes.

Ils nous conduisent jusqu’à la périphérie du cratère, d’où on a une vue absolument folle. Il y a pas tant de lave visible, comme dans les volcans hawaïens, mais de temps à autre une énorme roche rouge pétante se fait catapulter dans les airs et atterrit avec un gros THUD. Les grondements sont rendus assourdissants et les vapeurs de soufre me piquent les yeux, en plus de donner au site au complet une âcre odeur d’allumettes. Comme j’ai dit à peu près 100 000 fois, je suis athée, et comme n’importe quel moron qui a été à l’école j’ai une connaissance rudimentaire de ce qui cause l’activité volcanique, donc je sais que c’est pas de la magie. Reste que être là, à pas juste le regarder, mais l’entendre et le sentir, toutes explications du genre “c’est juste les plaques tectoniques qui bougent et y a un trou avec de la roche en fusion qui sort, bro” veulent pas dire grand chose. On dirait les portes de l’enfer.

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Et on est juste au niveau de danger 1. Au niveau 2, des gros geysers de lave éclaboussent dans les airs, comme dans les photos promotionelles du bureau de tourisme vanuatien qui m’ont convaincu de venir ici, ou dans les photos des chanceux qui sont allés un tel jour. Le niveau 3 fait fermer le site au complet, au grand dam des touristes, moi ça m’aurait fait royalement chier de m’être rendu si loin pour pas pouvoir aller sur le bord du cratère mais en même temps, je comprendrais. C’est un fucking volcan actif dont on parle. L’an dernier, une Japonaise conne a pas eu la même présence d’esprit et a payé la grosse palette à deux locaux pour qu’ils l’emmènent là, et ils sont morts tous les trois. Niveau 4 fait évacuer l’île au complet.

La plupart du monde restent au point où on s’est fait déposer, et certains sont même déjà retournés dans le camion. Tapettes. Une des familles est française (ou belge ou whatever) et leur mioche est en train de chiâler que ses yeux piquent et donc sa maman doit interrompre sa prise de photos pour aller s’asseoir avec lui dans le camion. Heille sti. J’imagine comment le moi de 10 ans capoterait rare si mes parents m’avaient amené à un volcan et comment au lieu de vouloir retourner dans le camion, il faudrait qu’ils me retiennent de pas courir vers le cratère.

Je demande à un des guides si je peux aller plus haut et avoir une encore meilleure vue, il me dit oui mais de faire très attention aux vapeurs. Je noue mon bandana autour de ma face comme un gangsta et j’entreprends la montée.

Une fois en haut, j’ai une vue en plongée, et je peux voir la lave qui remue dans le fond de la longue cheminée, avant de former des motons qui se font cracher. Des gros nuages opaques viennent en ma direction, même si il fait noir je peux les voir et me pencher en position du foetus juste à temps, avec les bras autour de la tête. En tant que voyageur expérimenté c’est facile des fois de se dire que telle expérience est la plus impressionante jamais vécue, mais même avec beaucoup de recul, regarder ce volcan dans les yeux est facilement dans mon top 3.

J’ai les oreilles qui bourdonnent, les yeux qui piquent et la gorge qui brûle alors que j’entreprends la longue marche vers le petit village qui m’héberge, mais aussi un gros sourire idiot dans face. Et le pire c’est que j’ai même pas fini avec Tanna, il me reste à aller visiter le village à la base du volcan, qui a la religion la plus étrange du monde entier. À suivre…

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