Religions bizarres – Le candomblé

Je suis très athée, mais intéressé par la religion. Je voyage pour différentes raisons, la première étant d’avoir du fun, je vais avouer franchement, mais la numéro deux est probablement d’apprendre plein d’affaires au sujet des humains de différentes cultures. La mythologie, spiritualité, théologie et les coutumes religieuses sont une énorme partie de pas mal de ces cultures, donc j’essaie de lire là-dessus, parler aux gens, visiter des lieux de culte et même participer aux cérémonies si je suis invité.

Une des religions bizarres de ce monde au sujet duquel j’ai eu la chance d’apprendre beaucoup, de proche, est le candomblé. Et là autant clarifier, quand je dis que c’est une religion bizarre, je dis pas ça pour manquer de respect. Tout comme le culte de John Frum, les pratiques et l’histoire en background du candomblé sont pas nécessairement plus sans queue ni tête que les grosses religions de ce monde et leurs centaines de millions d’adhérents, quand on y pense trois secondes. Je dis juste que c’est quelque chose d’assez ésotérique, inconnu par chez nous, et avec des aspects qui te font lever les sourcils en surprise.

Comme beaucoup de facettes de la culture brésilienne, le candomblé vient de l’Afrique de l’ouest, des Afro-Brésiliens qui se sont fait emmener là en esclavage et constituent une grosse partie de leur population à ce jour. Mon prof de capoeira (sport que je pratique depuis quelques années et est la raison principale pour ma première visite au Brésil en 2016) en est un adhérant, et un samedi soir, il nous invite à une cérémonie, ma copine et moi. On accepte avec plaisir.

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Donc on se rend au terreiro, la salle où les gens se rassemblent. Du dehors ça a l’air de rien du tout, juste un petit centre communautaire, et à l’intérieur, il y a un stage surélevé au fond, des chaises le long des murs, et une grosse pile de feuilles mortes et de fleurs agencées sur le sol. Les gens arrivent peu à peu, des Brésiliens de toutes les couleurs mais surtout blancs/européens, presque tous habillés avec des vêtements à l’africaine, plein de couleurs vives et de patterns détaillés. Les hommes ont des pantalons lousses et des boubous, les femmes des grosses robes aux chevilles et des foulards/turbans sur la tête. Il y en a aussi quelques-uns qui sont habillés “normal”, en jeans et t-shirts. Les musiciens, eux, sont en blanc de la tête aux pieds, même leurs souliers.

Mon prof de capoeira, Mestre Café (ouin, y s’appelle Maître Café, et y est aussi cool que son nom l’est) et quatre autres bonhommes prennent place sur le stage et commencent à jouer des percussions. Un rhythme endiablé, et tout le monde se met à marcher et danser en même temps, dans le sens anti-horaire, autour de la pile de feuilles et de fleurs. On dirait les espèces de danses des Amérindiens autour du feu, que je voyais dans les cartoons (probablement racistes) de mon enfance.

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Ça dure une éternité, ce qui va être plus ou moins le thème de la soirée. Le tout a commencé à 21h, et Mestre Café nous avait recommendé de faire une sieste avant, mais je me disais que c’était quand même pas pour durer toute la nuit? Non?

Éventuellement le parterre se claire un peu, et certains se déguisent. Un des gars, jeune et très musclé, se met en bédaine et avec un casque de légionnaire romain sur la tête, une petite épée à la main. On m’explique que son orisha, son dieu personnel/esprit, est un guerrier, et que donc lui pour entrer en contact avec l’orisha il se froque comme un guerrier aussi.

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Pendant ce temps-là, la musique continue, en fait elle arrête pas durant les heures que tout ça dure. Ils ont du stamina en maudit, ces percussionistes. Ils chantent, également, mais pas en portugais, en yoruba, une langue de l’Afrique de l’ouest parlée au Nigéria surtout.

J’imagine que certains ont comme orisha un boulanger ou un fermier, parce qu’un monsieur, en transe totale, les yeux fermés, fait le tour du cercle avec un panier plein de petits pains chauds. Il nous en offre, et vu que j’ai une fringale, c’est pas de refus. D’autres ont des paniers de fruits, je reçois une pomme et une banane, que je mange aussi.

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Ma copine se fait donner un melon. Elle trouve ça bin drôle, et me demande d’expliquer à nos nouveaux amis l’expression chinoise 吃瓜群众, ce qui veut dire littéralement “foule de mangeurs de melon” et est utilisé sur les forums internet pour parler du monde qui lurk mais qui participe pas aux conversations, comme qu’elle est en train de faire au moment présent, assise sur une chaise à regarder. Je doute que le monsieur de 70 ans qui lui a donné le melon connaît quoi que ce soit au slang internet chinois et qu’il ait fait exprès, mais bon. Vous m’auriez dit quand j’étais au Cégep qu’un jour je serais là, au milieu du Brésil, à essayer d’expliquer une expression d’internautes chinetoques avec mon portugais tout cassé, je me demande comment j’aurais réagi.

Tout ça dure, sans niaiser, jusqu’à quasiment deux heures du matin. Je dois avouer que je commence à trouver le temps long, mais on m’avait promis qu’il y aurait un après-party avec de la bouffe en masse. Finalement la cérémonie prend fin, quelqu’un balaie les feuilles mortes maintenant toutes éparpillées, et on aligne des tables au milieu de la pièce, qui bin vite deviennent un buffet, avec un énorme pot de feijoada (ragoût de fèves noires et toutes sortes de morceaux de porc), du riz, de la salade, et l’espèce de farine croquante que les Brésiliens aiment mettre sur leur riz. On se met en file et on empile ça sur nos assiettes.

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De la bière est également servie, en grosses bouteilles. Yesss! Pas trop friand des religions dry, moé. On est assis à la table de Mestre Café et sa famille, ainsi que le prêtre ou je sais pas trop c’est quoi son titre, en tout cas le gars qui dirigeait la cérémonie. Je me dis que je vais me comporter avec décorum vu que chus dans un endroit religieux, mais ils se mettent à faire des jokes de cul (genre, des moves vraiment infantiles avec des bananes, entre autres), ce qui me surprend quand même pas mal, et me fait me lâcher lousse un peu. Le fils adolescent de Mestre Café, surnommé Capuccino, raconte des histoires salées au sujet de mon séjour chez eux trois ans auparavant, et je suis content en mautadine que ma blonde comprend pas le portugais et qu’aucun de ces lurons parle un esti de mot d’anglais, comme 99.999% du monde au Brésil.

Faque j’agis comme interprète, traduisant les questions racistes habituelles, si elle aime manger du chien, si c’est vrai que les Chinois conduisent mal à cause que leurs yeux sont petits, si le Japon pis la Chine c’est le même pays. Les Brésiliens sont des bons vivants avec vraiment peu de filtre et qui connaissent pas grand chose à quoi que ce soit en dehors de leur pays, comme un peu les Chinois au fond, même si les deux ont aussi des différences culturelles à peu près à 180 degrés l’un l’autre, disons-le. Donc à force de voyager dans des coins reculés du monde où les Asiatiques sont rares, et que donc ma blonde se fait regarder fixement et/où poser des questions un peu connes, elle me dit qu’elle sympathise avec moi et le même genre de niaiseries qui font partie de ma vie depuis tout le temps que j’habite en Chine.

Une bouteille de cachaça arrive sur la table de nulle part, il est rendu tard en maudine pour faire des shots mais let’s go toé, le party continue. Peut-être que leurs orishas sont des saoulons? En tout cas le mien le serait, si je décidais un jour d’adhérer au culte du candomblé.

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