Show Report: Obscene Extreme Asia 2014

Le légendaire festival Obscene Extreme roulait déjà depuis une bonne quinzaine d’années, avec un rassemblement annuel de freaks, de punks croûteux et de fans de metal extrême à Trutnov en République Tchèque, quand son fondateur Tchurby a décidé d’expérimenter et d’exporter son produit. C’est ainsi qu’au cours des années 2014 et 2015, ils ont organisé des versions en Australie, au Japon, en Indonésie, au Mexique, à Los Angeles et à Montréal, certains avec un grand succès, et d’autres qui ont viré au désastre total. Je vous laisse deviner lesquels. Quand j’ai appris qu’il s’en venaient au Japon, j’étais tout fébrile et j’ai tout de suite acheté un billet, même si l’affiche était peu remplie de noms que je connaissais. Ce genre de choses m’a jamais arrêté, surtout quand l’organisateur est une valeur sûre à qui je peux donner carte blanche pour assembler une belle ribambelle de groupes de qualité, vieux et jeunes, très underground et plus connus.

Donc après un vol budget de trois heures, j’arrive à l’aréoport régional d’Ibaraki, d’où je prends la navette vers downtown Tokyo. Mon vieux pote Jens est déjà à l’auberge et on se salue avec notre gros bro hug habituel suivi d’insultes mélangées en français, en allemand pis en anglais. On a peu de temps à tuer, parce que le fest commence en fin d’après-midi, dans une petite salle qui s’appelle le Asakusa Kurawood, située dans un petit quartier cute et tranquille. Comme d’habitude, approchant les lieux, on finit par juste suivre le monde avec des t-shirts noirs et des cheveux longs sales, et on croise trois grands tabarnaks qui s’avèrent être les grindeux de Jig-Ai, un des groupes européens qui seront de la partie. Tchurby est là avec son entourage, et on leur sert la main. Contrairement au OEF “normal”, qui est en plein air avec plusieurs milliers de festivaliers, cette fois on a droit à un petit fest en salle, plus intime, et donc plus d’accès aux musiciens et membres du staff.

Le premier groupe en ce beau vendredi est BUTCHER ABC, dont je suis déjà fan après avoir lu un entrefilet à leur sujet dans le magazine Ardénévie il y a une éternité de ça, qui les décrivait comme “empruntant au grind le côté double ration de frites avec mayonnaise et au death son impact, un croisement entre Bolt Thrower et Impetigo si vous voulez”. Intriguant n’est-ce pas? Et une comparaison très apte, un deathgrind groovy à souhait qui commence très bien le festival pour tout le monde présent! Leur chanteur porte un tablier plein de sang, et leur bassiste a un masque à gaz avec un micro duct-tapé dedans, pour rajouter un aspect visuel intéressant.

BRAIN CORROSION nous arrive de Taiwan, ce qui fait que je peux faire du heckling et gueuler des vulgarités en chinois entre les tounes, ce qui entraîne un back-and-forth avec le chanteur-bassiste qui me renvoie la pareille. Une excellente découverte, j’ai acheté leur EP sur le champ après le show, fans de Brutal Truth et autre grindcore caverneux à l’ancienne se doivent de checker ça.

JIG-AI sont des habitués du OEF, étant Tchèques et étant paf dans le milieu de la palette musicale de ce festival avec leur goregrind très, mais très groovy. En plus ils semblent plutôt obsédés par les cossins japonais, à lire leurs titres de tounes et voir leurs couvertures d’album, ce qui les rend d’autant plus pertinents pour cette mini-tournée au pays du soleil levant. Puis la claque finale survient avec CRIPPLE BASTARDS, les misanthropes à sens unique, un des groupes les plus prolifiques de tout le grindcore, étant actifs depuis la fin des années 80. Les Italiens menés par l’intimidant Giulio The Bastard donnent tout un esti de show, lâchant jamais la pédale de gaz. Jens et moi finissons la soirée dans un petit bar tranquille près de l’auberge, avec du saké et divers petits plats d’accompagnement.

Le groupe qui entame les festivités du deuxième jour à 13h tapantes est BROB, une autre de mes plus belles découvertes du week-end avec leur excellent grindcore sans flafla et entraînant. Les jeunots de MYOCARDIAL INFARCTION jouent un slam/brutal death qui apporte quand même une variation bienvenue à l’affiche dominée par les sons du punk extrême et du grindcore jusqu’à présent. INTESTINE BAALISM jouent un death mélodique très technique et tight comme une geisha recrue, en fait ils adoptent le stéréotype du Japonais trop gêné et trop poli alors qu’ils s’excusent entre les tounes pour pas être aussi brutaux et sanguignolents que les autres bands de l’affiche. Personne leur en veut, et c’est sous des applaudissements qu’ils finissent leur set, quelques minutes à l’avance en fait. Y a vraiment aucun niaisage, combinaison de l’autistique précision japonaise et de l’éthique d’efficacité du OEF en général, alors il y a peu de temps perdu entre les courts sets. Je le sais pas encore, mais tout ça va contribuer à ma descente imminente, plus à ce sujet quelques paragraphes plus bas.

NOISE A GO-GO’S est le side-project un peu niaiseux de Gore Beyond Necropsy, qui seront de la partie le lendemain. Cinq bonhommes dans la cinquantaine, habillés avec des vêtements flamboyants des années 50, genre Elvis et tout ça, et qui jouent un mélange bizarre de vieux rock n’roll de cette époque, de disco, avec tellement de distortion que ça en vient noise des fois. Un Obscene Extreme en est pas un sans bands loufoques, et GO-ZEN continuent dans cette veine, groupe de goregrind dont le guitariste a un costume de banane et une tête de chevreuil en rubber alors que le bassiste est habillé en écolier mais sans pantalons. Puis c’est le tour de FINAL EXIT, un groupe  qualifié de grind-noise, des tounes de 15 secondes garrochées à bout de bras avec un constant grichement et des paroles qui semblent juse consister de “Blablablablablaaaaaaahhh!!!” crié à plein poumons. C’est spécial, et assez intéressant de voir à quel point ils poussent leur son vers l’extrême et l’anti-musique, mais pas mon show préféré de la journée disons.

Comme j’ai dit plus haut, les sets durent entre 20 et 30 minutes, avec très peu de temps pour changer les instruments sur la scène. Bien que la bière sur les lieux soit buvable et pas trop chère, j’ai pris l’habitude d’aller faire un petit tour au dépanneur du coin à chaque intermission, où j’achète de quoi à boire et parfois une grignotine. J’ai vraiment pris goût à un espèce de jus de fruits alcoolisé, qui vient en grosses canettes et qui s’avère être 9% en alcool, et ils vendent aussi des shots de brandy. Avec mon moral haut, ma soif constante et mes nombreuses visites peu espacées, disons que je commence à en perdre des bouts, et c’est bin dommage, parce que COFFINS sont sur le stage, un band que j’adore depuis que je les aie vus au Maryland Deathfest 2008, avec leur doom-death écrasant qui alterne entre passages lourds et mid-tempos qui font aller de la tête à n’importe quel fan de death metal digne de ce nom.

Je me réveille dans la chambre que je partage avec Jens, une épaisse et écoeurante pâte noire acide couvrant mon oreiller et la moitié de mon matelas. Qu’est-ce que j’ai mangé (et régurgité) coudon?! Et pour ajouter à ma déhydratation, les draps sont trempes de sueur, j’imagine que la chaleur m’aurait réveillé si j’étais pas dans un coma éthylique profond. Il va sans dire que je me sens comme un jouet à chien tout mâchouillé. Bon, au moins c’est rassurant de savoir que je me suis rendu à bon port et dormi dans mon lit, et il reste une belle journée de musique, me dis-je alors que je prends une douche froide et cale un gallon d’eau.

Jens est en train de lire un livre dans la salle commune, et me regarde avec l’air d’une môman dont pas fière. Il arrivait pus à supporter l’odeur mais j’étais impossible à réveiller. On jase de la veille, il m’aide à reconstituer les bouts j’ai manqué, supposément chus allé le voir et ai dit “I need to schleep” et ai refusé qu’il m’accompagne, voulant pas être un fardeau et lui faire manquer des bands. En arrivant quelques heures plus tard, il était content de me voir au lit et de constater que mon mode pilote automatique m’ait ramené à la maison. Je suis juste en maudit d’avoir manqué UNHOLY GRAVE.

“De quoi tu parles sti? T’en as pas manqué une miette, t’es parti après. T’étais dans le pit tout le long!”

Il me montre des photos qu’il a prises, et il a évidemment raison, on m’y voit clairement en train de tripper dans le milieu du circlepit, d’autant plus que je porte un t-shirt blanc. D’où la question, est-ce que ça compte, quand tu as “vu” un groupe en show mais que ta mémoire a été effacée ensuite?

Tout ce que je peux faire rendu là est de maximiser le temps qu’il nous reste, donc je traîne mon lendemain de brosse vers le Asakusa Kurawood et dans un parterre clairsemé, j’assiste à la prestation endiablée de SELF-DECONSTRUCTION. Un grind strident à juste une guitare (maniée par une fille ou alors un gars habillé en Lolita avec des longs pigtails, les gens s’astinent sur le sujet, anyway on est au 21e siècle faut être acceptant envers ce genre de choses) et un assaut vocal double, un gars pis une fille. Chus un peu en tabarnak que le chanteur m’utilise comme support quand il grimpe en équilibre sur la barrière et étire le collet de mon t-shirt OEF tout neuf, mais je lui pardonne rapidement, parce que Self-Deconstruction joue un des tout meilleurs sets de toute l’affiche. Je me dis que c’est quand même spécial que mes groupes préférés de chaque jour furent les premiers à jouer (Butcher ABC, Brob et SxDx), d’où l’importance de se pointer tôt et pas juste être un laideron qui arrive juste à temps pour les headliners.

ISTERISMO jouent du crust punk, ça se voit (et se sent) juste avec leur habillement et coupes de cheveux, avant même qu’ils jouent une note. Mais moi j’ai surtout hâte pour FLAGITIOUS IDIOSYNCRASY IN THE DILAPIDATION, groupe qui a fait des vagues à son arrivée sur la scène grindcore mondiale pas juste à cause que c’est un quatuor exclusivement composé de filles, mais aussi parce que leur album éponyme est une estie de sacrament de simonaque de claque. Depuis, elles ont changé de guitariste et leur bassiste a pris le contrôle des compos, alternant drastiquement leur son du grindcore frénétique suraigu à quelque chose de plus sludgy, exemplifié sur leur album Wallow et les divers splits et EPs. C’est loin d’être mauvais, loin de là, mais je me dis avec une mini pointe de déception que j’ai manqué le bateau et que j’aurais bin plus aimé les voir en show en genre 2008.

SETE STAR SEPT est plutôt attendu, un duo jouant du noise-grind semblable à Final Exit la veille mais un peu plus structuré quand même. Reste qu’on parle de tounes de quelques secondes, d’un chaos inouï, garroché par le gros drummeur suintant en bobettes et la fille tout de jeans vêtue qui tape sur sa basse et hurle dans son micro. Un moment donné, un sans-dessein tend ses bras vers l’avant et lui pogne la poitrine, Jens le tire vers l’arrière et le crisse à terre. Le pervers avait fait la même chose avec F.I.D. juste avant, et je me rappelle soudainement que le même tabarnak avait taponné abusivement une fille qui faisait du body-surfing la veille. Y a des volées qui se perdent, ce genre de marde enfreint un paquet de règles d’étiquette de show. Pas que je me prends pour un badass ou rien, mais entre les sets, on va le confronter, ce qui est peu fructueux vu qu’on parle pas japonais, et surtout, on constate que le gars est clairement un handicapé mental quelconque. Alors on va voir Tchurby, qui semble s’en calisser royalement. Les Tchèques c’est pas les gens les moins bêtes du monde entier. “Aren’t we all a bit retarded?” répond-il, haussant ses épaules. “Look, quelqu’un va y casser la yeule si y continue de même, ce sera pas moi ou lui, mais quelqu’un certain, faque c’est ton call”

GORE BEYOND NECROPSY sont des vieux de la vieille pour ce qui est du goregrind, et à l’époque où ils ont sorti leurs premières cassettes, jamais rien du genre avait été fait, ils ont vraiment mais vraiment poussé ça loin, au point que ça en devienne juste des bruits de gargouillements avec quelques beats qu’on peut distinguer ici et là. Alors pour ça c’était quand même cool de les voir jouer. ABIGAIL nous arrivent dans un registre complètement différent, du black-thrash à l’ancienne, très evil mais aussi très enthousiaste avec pas mal de calage et de crachage de bière. Avec leur logo et leur nom, je pensais que SYSTEMATIC DEATH joueraient du death metal, mais non, c’est du hardcore punk des années 80, un chanteur et un drummeur avec des barbes grises, accompagnés par deux p’tits ‘heunes qui ont remplacé les membres originaux.

FRAMTID est un groupe qui apparaît souvent sur les vestes à patches malodorantes des punks croûteux, et bien que je sois pas le plus gros fan de crust, leur matériel me plaît quand même un peu plus, dû à son intensité qui me rappelle les autres groupes de crust avec des élément de metal dedans, comme Disfear et Skitsystem. Je peux vraiment pas dire la même chose des Britanniques de DOOM, qui bien qu’étant des bosseurs de la première heure méritant tout mon respect, font de la musique qui est très “Meh”. Je profite de leur set pour aller bouffer.

CRIPPLE BASTARDS jouent un deuxième set, cette fois plus axé sur le punk de leurs premières années. Ils embarquent sur le stage souriants et tendent leurs verres de bière vers la foule, avec des “Kampai!” avant de finir ce festival bin comme du monde, avec une heure de violence aurale. Un grand succès, ce Obscene Extreme édition japonaise.

Le calme après la tempête

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