Show Report: Putrid Pile, Lacerate, Gutslit, Intricated, Calamitous (Bangkok)

The Rock Pub, Bangkok, Thaïlande, 6 mars 2010

Alors que je remplis la fiche de demande d’absence pour pouvoir descendre de Chiang Rai, où je travaille, jusqu’à Bangkok, je me demande si je devrais pas cocher “sickness”, puisque ce show a en effet l’air très sick. C’est pas à tous les jours qu’un band de death metal connu vient jouer en Thaïlande, et dès que j’ai vu le flyer sur un forum internet obscur, je me suis dit que je manquerais pas ça.

Bon, quand je dis un “band connu”, c’est pas tout à fait vrai. Putrid Pile est même pas un band, juste un gars et un drum machine, et pour ce qui est d’être connu, il remplit pas des stades disons, mais dans le domaine du “gros death metal brutal et purulent” c’est quand même un nom assez reconnu qui roule sa bosse depuis longtemps. Quatre autres bands sont pour se joindre à la partie, et puisque ça fait 18 mois que je suis en Asie et que j’ai pas vu un seul concert depuis l’orgasmique Carcass/Suffocation/1349/Aborted/Rotten Sound au Medley en septembre 2008, je suis plutôt fébrile, même s’il faut d’abord que je me tape la moitié du pays en bus.

La salle est drette au centre-ville, juste à côté d’une station de SkyTrain. Je la trouve tout de suite, à cause de la petite foule de petits bonhommes bruns portant des gilets noirs avec des logos incompréhensibles et des images dégueulasses, quelque chose que j’avais jamais vu au pays avant. Y a même des chevelus avec des grosses bottes et des jackets en cuir, dans la chaleur collante de la métropole tropicale. Br00tal.

J’apprécie que le show commence tôt et finit tôt: portes à 13h, blasts et grognements à 14h. Le premier band se nomme CALAMITOUS, et nous garroche un death metal old-school à souhait, influencé par Death et les premiers albums de Morbid Angel. Même si la foule est homogènement thaïe à part moé, le chanteur s’adresse aux spectateurs en anglais, et de mon coin, je gueule “POOT PASA TAI!” (Parle en thaï!), ce qui fait marrer tout le monde. Ça me fait penser à ma jeunesse, quand j’allais voir des bands comme Martyr ou Neuraxis à Ottawa, et que tout le monde gueulait “Parle en frança tabarnak!” si Mongrain ou Campbell osaient parler à la foule en anglais. Après un bout, même les metalheads ontariens scandaient “Wee, pawlay la fwançaise!”

1

J’imagine que le frontman de Calamitous trouve que le thaï ça sonne pas assez brutal à son goût. Leurs gros riffs oui, cependant, et ils mettent la barre bien haute pour ce qui suit.

INTRICATED sont décrits comme étant du “Siamese hyper murderous brutal death” sur le poster, et les quatres jeunes zigotos font en effet de la musique plutôt violente et énarvée. C’est un peu hit or miss au début, clairement un band avec pas mal d’influences d’un peu partout et qui cherche son propre son. Certains bouts émulent les groupes ultra-techniques chaotiques bien populaires en cette année 2010 comme Beneath The Massacre et Malignancy, avec moins d’habileté instrumentale, et à d’autres moments, ils slamment et breakdownent comme si on était à Deathcoreland.

7

Ça reste quand même assez cohésif, et l’énergie est là, surtout au niveau du chanteur. Avec ses cheveux qui dépassent à peine ses oreilles et son look de petit jeunot imberbe, il a plus l’air d’un joueur de soccer ou d’un popstar que d’un freak de musique extrême, mais il saute partout et alterne entre cris stridents et gros death growls gutturaux. Il s’adresse aussi à la foule juste en anglais, mais dû à sa maîtrise inadéquate de la langue, il utilise le mot “motherfucker” beaucoup.

GUTSLIT nous arrive de Mumbai, en Inde, et comme à peu près tout le monde j’associe pas vraiment ce pays au deathgrind, alors je suis bien curieux de voir ce qu’ils ont à offrir. C’est un peu décevant, malheureusement. Comme ils m’expliqueront durant la pause dehors, alors que je vais leur faire un brin de conversation, leur drummer a dû canceller son voyage à la dernière minute à cause de problèmes de visa, donc ils ont juste programmé un drum machine à l’arrache. Certaines de leurs pièces avaient assez de groove pour nous faire secouer les cheveux, mais le son robotique et répétitif du drum machine enlèvent beaucoup de punch, sans compter les nombreux problèmes techniques qui les forcent parfois à arrêter au milieu d’une toune.

5

Ils se disent bien satisfaits de l’accueil des fans thaïs par contre, et du grand nombre qui sont venus au show, comparé à ce qu’ils peuvent avoir dans leur ville natale où ils sont le seul groupe de metal vraiment extrême, le reste de la (petite) scène étant dominée par du death mélo et du metalcore.

L’équipe technique a pas l’temps d’niaiser, et comme c’était le cas pour les autres groupes avant, ça prend juste 10 minutes avant que LACERATE soient prêts à blaster. J’aime ça, moé. Je connais Lacerate de nom, c’est un des groupes de death metal les plus actifs de la Thaïlande, et leurs membres organisent des shows et s’occupent des sites internet de metal du pays. Ils se font accueillir chaleureusement avant même qu’ils jouent une note, et dès qu’ils commencent, c’est que du headbanging, stage-diving, et un mosh pit mur à mur. Holy shit. J’ai assisté à des centaines de shows, incluant le Maryland Deathfest et le Obscene Extreme, et peu de bands peuvent rivaliser avec leur brutalité.

4

Ils me remplissent d’une joie euphorique quand au milieu de leur set ils jouent pas un, mais DEUX covers des rois du brutal death, Suffocation. Et deux de leurs meilleures: Catatonia et Infecting The Crypts! Durant cette dernière, le chanteur a vomi son lunch, laissant une flaque verdâtre au milieu de la scène, avant de continuer à gueuler. Lacerate c’est du sérieux!

Je dois être honnête ici, je suis pas le plus gros fan de slamming death metal à l’américaine. Je trouve que c’est un style répétitif, avec peu d’originalité et de différences d’un groupe à l’autre, et j’avais jamais vraiment porté attention à PUTRID PILE, surtout à cause des thèmes et titres de chansons, obsédés par le viol à un point que tu te demandes si le gars est vraiment un désaxé sexuel. Mais il faut avouer que le dude a des sérieux skills, et nous rince les oreilles bin comme du monde.

3

C’est sûr que le fait qu’il soit seul sur le stage (mon chum Dave Métras, organisateur du Earslaughter, décrira ça comme “J’ai pas d’amis!!!”) garantit une présence de scène plutôt statique, mais l’énergie sur et devant le stage compense pour ça. Les petits bonhommes bruns adorent ça, et le son puissant et impeccable qui sort des speakers évoque le fait d’être couché sur le plancher d’un abattoir, avec des morceaux de viande sanguignolents qui revolent partout. Et contrairement à Gutslit, dont la drum machine faisait un TAC TAC TAC TAC robotique, la sienne sonne comme une vraie batterie. Le gros nerd termine avec la démentielle Food For The Maggots, et sous les encouragements de la foule, il revient pour un rappel, un grand sourire dans face.

Je savais pas trop à quoi m’attendre de mon premier concert de metal extrême en Asie, et je dois dire que j’en suis sorti agréablement surpris. Le show s’est déroulé très bien, et les fans thaïs ont démontré une belle dédication et passion pour un style de musique qui même dans le monde du metal est considéré comme particulièrement ésotérique. Ils pourraient donner une belle leçon aux metalheads nord-américains, blasés et elitistes et pas sorteux. Quant aux étrangers, je pensais en croiser plusieurs, étant donné la grosse population expatriée à Bangkok et la chance que quelques-uns d’entre eux au moins soient friands de musique violente, mais non, les deux autres dans la foule sont des touristes qui ont appris l’existence du show par hasard, et moi qui me suis tapé un 11 heures de bus pour y aller.

6

Tout est terminé à à peine 18h, ce qui est merveilleux. Je m’assois dans l’escalier dehors pour piquer une jasette avec une gang de Thaïs et les deux autres blanchâtres présents, un Finlandais et un dude qui s’appelle Guillaume et qui vient de Boucherville. C’est quoi les chances?! Elles sont pas mal hautes en fait, mes expériences ultérieures à assister à des shows un peu partout dans le monde me diront que les chances d’y rencontrer des Québécois sont assez hautes. Je le reverrai plus de sept ans plus tard, au Earslaughter à Montréal, et un gros hug viril s’ensuivit.

On se claque plusieurs cannettes de Chang, on mange un bol de nouilles d’un carrosse sur le bord de la de rue, et ensuite, puisque c’est quand même Bangkok dont on parle et que la nuit est en train de tomber, on saute dans le SkyTrain et on se rend dans un environnement plus scénique mater des paires de totons nus bronzés comme les pervers que nous sommes.

9

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

Powered by WordPress.com.

Up ↑

%d bloggers like this: